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Grande conso

Malgré la débâcle, le joli train de vie de l’ancien dirigeant de Bio c’Bon - Partie 3

Soupçonné d’avoir floué des milliers de petits porteurs, Thierry Brissaud, le fondateur et principal actionnaire de la chaîne bio, continue de profiter d’un joli patrimoine.

Le château de Bérengeville-la-Campagne dans l’Eure, propriété de Thierry Brissaud L’Informé
Le château de Bérengeville-la-Campagne dans l’Eure, propriété de Thierry Brissaud L’Informé

« Depuis le temps qu’ils cherchent, tous, ils auraient pu trouver quelque chose ! Ils n’ont rien. » Alors que se profile en mai prochain le procès de l’affaire Bio c’Bon (lire l’épisode 1 et l’épisode 2 de notre enquête), Thierry Brissaud se montre très confiant auprès de l’Informé. Mieux, le fondateur et principal actionnaire des structures mises en cause, espère encore faire capoter la procédure. Il poursuit en effet la DGCCRF devant le tribunal judiciaire de Nanterre pour obtenir l’annulation de certaines perquisitions.

En attendant que la justice aille au bout de son processus, l’enquête de l’Informé révèle que notre homme jouit toujours d’un niveau de vie hors du commun, évoluant entre Paris et les vertes prairies normandes. Et ce alors que certains petits investisseurs ont perdu toutes leurs économies dans l’aventure.  « Il vit comme un nabab » assure carrément un de ses proches à l’Informé.

Sa passion pour la campagne est récente : lorsqu’il parvient, en 2018, à convaincre le groupe de distribution japonais AEON de prendre 17,82 % du capital de sa chaîne de distribution Bio c’Bon, le fondateur récupère 27 millions d’euros. « Je les ai alors réinjectés dans la société, en partie, précise-t-il aujourd’hui. Et je l’ai en partie réinvesti dans un nouveau business avec ma société Valorisation du Patrimoine Historique Bâti, en profitant de la défiscalisation autorisée par la loi Malraux ».

Ce « nouveau business », c’est le château de Bérengeville-la-Campagne, dans l’Eure. Alors que des épargnants attendaient déjà à l’époque le remboursement promis de leur apport et des intérêts, Thierry Brissaud met la main sur cette demeure historique d’une vingtaine de pièces. Avec l’ambition de la revendre par appartement, assure-t-il désormais. Elle est dotée d’un parc de 21 hectares comprenant une piscine extérieure, des écuries, un pigeonnier, un bassin, des dépendances et un grand parc arboré » niché au cœur d’une campagne apaisante, à l’abri des regards indiscrets « selon l’agence Belles Demeures. L’opération de démembrement ne se fera jamais. Acheté 2,6 millions d’euros, le château est aujourd’hui en vente pour 2,7 millions - une piscine intérieure a été ajoutée dans les communs depuis 2019. Le site est géré par un gardien et une gouvernante, tous deux salariés à plein temps.

Le chef d’entreprise entretiendrait aussi plusieurs salariés en Turquie, par le biais d’un échafaudage financier complexe. Parmi la myriade de sociétés dont il a toujours le contrôle, la société de droit britannique Portsmart Ltd, sise à Merseyside au Royaume-Uni, envoie de l’argent à une structure off-shore, Morning Star Holding Limited, installée à Saint-Christophe-et-Niévès, une île néerlandaise des Antilles. De ce paradis fiscal partent les fonds qui financent l’entretien mais aussi l’équipage d’un bateau baptisé « Boumeye », amarré à Marmaris, sur la côte sud-ouest de la Turquie. Il s’agit d’un « fifty-fifty », soit un voilier à voile et à moteur doté de deux-mâts.

Des appartements parisiens loués par Marne et Finance

Les enquêteurs se sont aussi interrogés sur les loyers de ses appartements parisiens, systématiquement acquittés par ses sociétés. Entre 2017 et 2022, la société Marne et Finance a financé pour lui le bail à 7 900 euros par mois d’un appartement situé rue de Murillo à Paris. Total de l’addition : 537 200 euros ! Mais ce n’est pas tout : il aurait aussi fait louer par la même entreprise deux appartements pour des proches de sexe féminin, selon des éléments de l’enquête. Aujourd’hui, selon nos informations, l’homme d’affaires continue d’être hébergé dans un appartement loué par une autre de ses sociétés, dénommée CIPA, dans le 7°arrondissement cette fois.

Mais pourquoi ne peut-il pas payer lui-même son logement ? « C’est à cause de cette vieille histoire de Nasa Electronique » a-t-il raconté aux enquêteurs étonnés, assurant qu’il était « triple zéro à la Banque de France ». La faillite de la chaîne de magasins Nasa en 1986 s’était soldée par une condamnation de près d’un demi-milliard de francs pour lui et les administrateurs des 94 sociétés de l’entreprise…

Toujours pour sa défense, Thierry Brissaud assure utiliser les comptes en banque de ses sociétés « en compte courant d’associé ». Ce qui passe mal à la DGCCRF : « un compte courant d’associé ne saurait s’assimiler à un compte personnel dans lequel l’associé peut puiser pour assurer son train de vie » ont cru bon de rappeler les experts de la concurrence. « J’ai remboursé les loyers » rétorque le principal intéressé à l’Informé. Problème : la myriade de sociétés qu’il gère rend la confirmation de ce propos complexe.

Autre élément que la DGCCRF trouve suspect : l’homme d’affaires s’est parfois fait appeler Thierry Montbailly, y compris devant une inspectrice des impôts, ou lors de rencontres avec des investisseurs. Il utilise également une adresse électronique à ce nom, qu’il inscrit aussi sur la porte de son appartement. Volonté de camoufler son parcours ? Interrogé au cours de l’enquête, un conseiller financier raconte. « Je me suis intéressé à lui, et j’ai vu qu’il avait un passé un peu sulfureux. Si j’avais eu affaire à lui au début de mes relations avec Marne et Finance, je me serais sérieusement posé la question de distribuer les contrats ».

Jamais aussi actif, Thierry Brissaud a acquis la biscuiterie bretonne Le Goff à Morlaix en 2022. Il se félicite aujourd’hui de l’avoir sorti du redressement judiciaire et de « vendre des gâteaux aux quatre plus gros acteurs de la grande distribution ». En décembre 2022, il a aussi créé un fonds abrité dans une fondation, destiné selon lui à « aider des dirigeants d’entreprises qui n’ont parfois pas eu de chance et qui méritent d’être aidés ». Intitulé « Fonds de dotation pour la fondation aide aux victimes des aléas économiques », la structure a l’avantage d’être exonérée de taxations en cas d’héritage. La suractivité de Thierry Brissaud tranche avec celle de son ancien compère Thierry Chouraqui. L’ancien directeur général de Bio c’Bon, qui n’a pas répondu aux demandes de l’Informé, ne s’est pas présenté à l’audience de mise en état de son procès, le 18 décembre. Les défenseurs des petits porteurs potentiellement floués se demandent s’il n’organiserait pas son insolvabilité. En juillet, il a cédé son principal bien immobilier, une maison à Antony.