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Continuer la lectureQuand Arnaud Montebourg se fâche avec ses associés. Partie 2
Le tempétueux entrepreneur s’est retiré de cinq entreprises qu’il avait créées, souvent suite à des divergences de vues avec ses co-actionnaires. Seconde partie de notre enquête sur la nouvelle vie de l’ancien ministre.
« Quand je ne suis pas d’accord avec les dirigeants ou la stratégie, je préfère me retirer et céder ma participation. Je suis donc sorti de plusieurs entreprises pour des raisons de gouvernance. » Arnaud Montebourg assume : quand il n’est plus aligné avec ses associés, il claque la porte. Il l’a encore prouvé récemment avec un de ses produits les plus connus, la Mémère. Il avait lancé en 2020 cette marque de glaces bio aux côtés de David Wesmael, meilleur ouvrier de France, et de Nichifutsu Shoji, un groupe japonais spécialisé dans l’importation de la gastronomie française au pays du soleil levant. Ce dernier avait remis un demi-million d’euros au pot en 2022, valorisant l’entreprise à 3,2 millions d’euros… et vient finalement de racheter la totalité du capital. ” Nichifutsu Shoji et moi-même n’étions pas d’accord sur la stratégie, donc je leur ai revendu mes parts », explique l’ancien ministre. La gamme de crèmes glacées avait connu un bon démarrage, avec plus de 120 000 pots écoulés en 2021 comme en 2022, pour plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires. Mais les résultats ont ensuite reculé, ce que le fondateur met sur le compte de l’inflation. En 2024, la société a perdu 500 331 euros, et les ventes ont baissé à 690 401 euros.
Du miel au goût amer
Tout aussi discrètement, l’entrepreneur a aussi mis de côté son premier produit phare, le miel Bleu blanc ruche, lancé en 2018. Ici, il avait levé 650 000 euros auprès d’apiculteurs et d’hommes d’affaires : Hervé Vinciguerra (un éditeur de logiciels financiers, connu pour avoir financé l’association Anticor et le média Blast), Eric Dailey (propriétaire du maroquinier de luxe Le Tanneur), Olivier Pouvesle (patron de la société de travaux publics HP BTP), le banquier d’affaires Arié Flack, ou l’acteur-producteur Isaac Sharry. La jeune pousse avait été valorisée 3,4 millions d’euros lors de son dernier tour de table en 2019. En 2020, la société a vu ses revenus bondir de 47 % à 597 806 euros, pour une perte de 171 238 euros. « Le chiffre d’affaires a explosé lors du covid, mais a chuté ensuite, nous raconte Arnaud Montebourg. J’ai dû restructurer la société, et payer la totalité de ses dettes bancaires. Vu que je n’avais pas le temps de m’occuper de la relance de la marque, j’ai confié en 2022 l’activité à une nouvelle équipe innovante et dynamique via une location-gérance. » Les 4 salariés (3 CDI et une alternante) ont alors été licenciés pour motif économique. Et Arnaud Montebourg a déprécié à zéro son investissement de 95 000 euros. Dans un premier temps, le fonds de commerce a été confié pour trois ans à la société de maroquinerie Valet de pique de Marin Meunier. Puis, mi-2025, il a été transféré pour cinq ans à une entreprise toulousaine, Apis Nova, dirigée par un jeune spécialiste du numérique, Morad Lahlouh. Selon Arnaud Montebourg, la société est désormais à l’équilibre sur un chiffre d’affaires réduit.
Une fintech aux multiples revirements
L’ancien trublion du gouvernement Hollande s’est aussi retiré de deux initiatives lancées avec son vieil ami Preetam Ramdul, un ancien cadre du Crédit agricole. « J’ai décidé de désinvestir pour financer de nouveaux projets », explique-t-il. Le premier est une fintech créée en 2019 et baptisée BFR. À l’origine, l’idée était de lancer une banque en ligne octroyant des microcrédits aux artisans, commerçants et microentrepreneurs. Les marques « Rebel banque » et « Bastille banque » avaient ainsi été déposées. Mais cela nécessitait 20 millions d’euros de capitaux qui n’ont pu être réunis. La start-up a alors pivoté vers un autre concept : vendre à des banques en ligne un logiciel de notation des clients (scoring). « Mais nous n’avons pas réussi à convaincre des banques d’acheter notre technologie, ni les investisseurs de nous suivre », expliquait Arnaud Montebourg à l’Informé en 2024. La jeune pousse s’est alors repositionnée sur le financement des travaux de la rénovation énergétique… sans aller jusqu’à lancer une offre pour l’instant.
Face à 3 millions d’euros de pertes cumulées fin 2023, les investisseurs ont fini par s’impatienter. Le principal d’entre eux, Hervé Vinciguerra, avait apporté 1,5 million d’euros. On trouve aussi le fonds Twenty First Capital de Stanislas Bernard (350 000 euros), l’ancien dirigeant du Crédit lyonnais Jean-François Hénin (420 000 euros dépréciés de moitié), le boulanger Eric Kayser, l’Association française d’épargne retraite (Afer)… Finalement, il y a un an, Arnaud Montebourg a démissionné du conseil de surveillance. Preetam Ramdul a ensuite été révoqué de son poste de directeur général, pour être remplacé par un ancien collaborateur d’Hervé Vinciguerra, André Paulin. L’ancien ministre explique : « le lancement a subi beaucoup de retard, faute de cash. Cela a suscité le mécontentement d’un groupe d’actionnaires, qui ont changé avec mon accord toute la gouvernance. Je soutiens la nouvelle équipe, et j’ai voté en faveur de leurs propositions ». Il ajoute vouloir céder les 24 % qu’il détient encore au capital. Contactés, ni Hervé Vinciguerra ni Stanislas Bernard ne nous ont répondu sur la date de lancement du service, ou autre.
Arnaud Montebourg compte aussi céder les 47,6 % qu’il détient dans Jouxt, autre projet lancé en 2019 avec Preetam Ramdul. Cette start-up était destinée à construire des résidences de colocation. Elle avait alors été valorisée 10 millions d’euros en levant 500 000 euros auprès d’un mystérieux investisseur, la SARL Saint-Julien, « qui ne souhaite pas se manifester », selon Arnaud Montebourg. La gestion des résidences devait être confiée à Sergic, qui y avait apporté 200 000 euros supplémentaires. Selon le site des Équipes du made in France, le projet devait être financé par Swiss Life, avec pour promoteur Linkcity, une filiale de Bouygues. Une première résidence de 6 000 mètres carrés devait ouvrir à Dijon cette année. Amiens, Montpellier, Créteil, Aubervilliers, Pantin et Paris devaient suivre, selon le site. Finalement, Bouygues indique s’être désengagé. « Le projet est à l’arrêt, mais sera poursuivi par l’entreprise », assure Arnaud Montebourg.
Des enchères de chevaux
Autre aventure qui a tourné court : les ventes aux enchères. En 2023, l’ancien ministre s’était associé avec deux commissaires-priseurs, Alexandre Landre et Richard Bédot. Ce trio a repris pour 70 000 euros Pierre Bergé & Associés, la maison de l’ancien compagnon d’Yves Saint Laurent, alors en dépôt de bilan. Sept mois plus tard, Arnaud Montebourg a démissionné de la présidence – ses associés ont même envisagé de le révoquer. « J’étais peu impliqué. Et les désaccords se sont multipliés avec Alexandre Landre, donc je suis parti », nous raconte le serial entrepreneur. Il a revendu ses parts à Alexandre Landre (qui ne nous a pas répondu) pour 39 975 euros, soit deux fois sa mise.
Durant son bref passage, Arnaud Montebourg a eu l’idée d’organiser à l’été 2023 une vente aux enchères de chevaux de sport lors du festival Jura Rock’n Horses, qui mêle spectacles équestres, concours de jump et concerts de rock. « Il s’agit, pour les défenseurs du made in France, de valoriser le travail de nos éleveurs, si importants pour l’économie de nos territoires », assurait-il. Problème : Pierre Bergé & Associés a laissé une jolie ardoise à l’organisateur du festival, qui l’a attaqué en justice. Il y a un an, le tribunal de commerce de Lons le Saulnier a condamné la maison d’enchères à payer 18 854 euros, dont 5 000 euros de dommages pour « résistance abusive et injustifiée », soit la quasi-totalité des sommes réclamées (20 174 euros).
Enfin, de manière plus anecdotique, notre homme a aussi revendu le petit ticket qu’il avait pris dans Netframe, une start-up qui a développé une plate-forme collaborative rivale de Teams. Cette jeune pousse a été créée par Valentin Przyluski, qui avait été conseiller technique au cabinet d’Arnaud Montebourg au ministère du redressement productif, puis président de son petit parti baptisé l’Engagement.
Des amandes et bientôt des framboises
Réimplanter en France la culture des amandes au lieu de les importer de Californie. C’est le projet le plus ambitieux d’Arnaud Montebourg. Lancée en 2018, sa Compagnie des amandes a planté ses premiers arbres en 2020, devenant rapidement est le premier producteur français de ce fruit si populaire. Mais l’entreprise a dû surmonter moult obstacles, et revoir ses investissements à la baisse par rapport aux 60 millions d’euros initialement envisagés.
D’abord, le chantre du made in France projetait d’investir 12 à 15 millions d’euros dans une casserie, une usine où les amandes sont cassées. Il avait jeté son dévolu sur le site de Signes dans le Var. Il avait reçu des aides de l’État (2,3 millions d’euros dans le cadre du programme France 2030), de la région Sud (1,3 million), et de la Banque des territoires (1,8 million). Mais, pour boucler le budget, il manquait 5 millions de prêts, qu’aucune banque n’a voulu accorder. L’ancien ministre a donc dû revoir son investissement, finalement abaissé à 1,5 million d’euros financé par des banques solidaires (La Nef, Crédit Coopératif) et le plan France 2030. Il est devenu locataire au lieu de propriétaire. La surface a été réduite de 7 500 à 1 750 mètres carrés, et la capacité de 3 000 à 2 000 tonnes. Signes a été délaissé au profit d’une autre commune varoise, Brignoles. Le lieu a finalement été inauguré ce 13 avril, avec deux ans de retard.
Les fonds levés hors casserie ont aussi été revus à la baisse. Initialement, l’ambition était de trouver 33 millions d’euros de capital et d’obligations. À date, seuls 15 millions ont été réunis. « Nous avons réduit nos besoins de financement en cessant de planter de nouveaux vergers, indique le directeur général François Moulias. Le dernier de 10 hectares a été planté en février 2025 [pour atteindre 230 hectares]. Il est inutile de pousser les plantations, car le verger français d’amandiers atteint déjà 3 000 à 3 500 hectares [tous exploitants confondus], beaucoup plus que notre objectif initial de 2000 hectares. »
Plusieurs problèmes ont été rencontrés avec les investisseurs. Le promoteur immobilier nantais Réalités, qui avait investi 2 millions d’euros en 2020-21, a ensuite déposé le bilan. Le groupe Pacifico de Jean-François Hénin, qui avait apporté 730 000 euros, a préféré se retirer en 2020. Quant à Pierre-Edouard Sterin, qui avait acquis vers 2023 20 % pour 2 millions d’euros, il est en train d’être sorti du capital en raison de divergences politiques, comme expliqué dans le premier épisode. Enfin, la coopérative agricole Arterris, qui a injecté 1,5 million d’euros, a déprécié cet investissement de moitié. La société a aussi eu recours au crowdfunding, via les plate-formes Lita et Crowdcube. Cette dernière a été utilisée pour une campagne l’an dernier, qui n’a récolté que 142 310 euros, loin des montants espérés (500 000 à un million d’euros). François Moulias indique qu’une « dernière et forte » augmentation de capital est « en cours de discussion ». Un chiffre d’affaires de 3,7 millions d’euros et de premiers bénéfices, devraient être atteints cette année, ajoute François Moulias, avec un an de retard sur ce qu’avait promis Arnaud Montebourg
Désormais, l’ancien ministre veut répliquer ce modèle avec une Compagnie des framboises, autre fruit dont la culture est largement délocalisée. Pour cela, il veut s’associer avec un industriel pour développer un nouveau modèle de robot cueilleur. « Le robot n’a pas de concurrent sérieux, et disrupte l’ancien modèle grâce à des gains extraordinaires de productivité », s’enthousiasme-t-il. Encore une fois.