Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Finance - Conseil

Les mésaventures d’Arnaud Montebourg au pays des affaires. Partie 1

Agriculture, nucléaire, start-up… depuis qu’il a quitté la politique, l’ancien ministre a investi dans une vingtaine de sociétés. Mais sept ont déjà fermé.

Photo
CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Arnaud Montebourg est de retour. Depuis mi-mars, l’ancien ministre de l’économie anime et produit une émission chaque vendredi sur BFM TV baptisée Made in Montebourg et consacrée à son thème de prédilection, le "made in France". La première édition a réuni 347 000 téléspectateurs, au coude à coude av...

Quatre projets avortés avec Pierre-Édouard Stérin

Parmi ces revers, on trouve d’abord quatre projets menés avec Pierre-Édouard Stérin. L’ancien socialiste assure ne pas partager les idées politiques du milliardaire à droite de la droite, mais ils multiplient les initiatives ensemble depuis 2023. Un mariage de la carpe et du lapin… qui ne fonctionne pas à tous les coups, tant s’en faut. Une seule de leurs collaborations a abouti : Alfeor, une société qui veut fédérer les sous-traitants de la filière nucléaire sur le modèle de Valeo dans l’automobile : l’entreprise vise même 250 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2030. Arnaud Montebourg est président du comité de surveillance. Il y côtoie notamment François Durvye, bras droit de Pierre-Édouard Stérin et parallèlement conseiller officieux du Rassemblement national (il vient finalement de rejoindre officiellement le parti en tant que conseiller spécial de Jordan Bardella).

Pour le reste, c’est une succession de loupés. D’abord, en 2024, l’ancien ministre de François Hollande a soutenu la tentative de reprise de Marianne par l’homme d’affaires exilé en Belgique, acceptant de devenir administrateur indépendant. Mais leur offre a été rejetée par la rédaction de l’hebdomadaire.

La même année, le duo a travaillé sur un fonds baptisé Oxymore, qui devait financer des projets de restauration de la biodiversité. « Une personne a été recrutée pour étudier le projet, explique Arnaud Montebourg à l’Informé. Mais finalement le comité d’investissement d’Otium [le fonds de Pierre-Édouard Stérin] a jugé que ce n’était pas viable. »

L’idée la plus ambitieuse des deux hommes – révélée à l’époque par l’Informé- était un fonds destiné à investir dans l’industrie française. Une société baptisée Utenda Capital a été créée en ce sens mi-2023, avec pour objet « la constitution et la gestion de fonds d’investissement alternatifs ». La structure devait être agréée par l’AMF, indiquent ses statuts. La holding de l’ex- politique, les Équipes du made in France en détenaient 17,1 %, le solde était aux mains d’Otium, le fonds de Stérin (dont les porte-parole ne nous ont pas répondu). La gouvernance se partageait entre un conseil de surveillance (avec pour président Arnaud Montebourg et vice-président François Durvye) et un directoire (dirigé par Benjamin Wainstain, un polytechnicien qui avait travaillé pour plusieurs fonds de capital-risque). « Des accords avaient été conclus pour lever près de 200 millions d’euros, dont 67 millions auprès d’Otium, le reste auprès de banques, se souvient Arnaud Montebourg. Et de premières cibles avaient été identifiées. » Mais le projet a tourné court, et tout le management est parti au bout d’un an. « Il y a eu rapidement des désaccords sur la gouvernance, entre le directoire et le conseil de surveillance où siégeait Otium, chacun ayant des logiques différentes, raconte l’ancien ministre. Otium est un family office, habitué à être maître chez lui, tandis que le directoire voulait agir de manière indépendante, en s’appuyant notamment sur les règles édictées par l’AMF pour ce type de fonds. Face à ces divergences insurmontables, le projet a été arrêté. »

Enfin, vers 2023, Bad 21, la holding belge de Pierre-Edouard Sterin, a discrètement investi 2 millions d’euros dans la Compagnie des amandes, devenant un des principaux actionnaires avec 20 % du capital. « C’était avant que ses projets politiques soient connus de nous, explique Arnaud Montebourg. Sa présence pose aujourd’hui un problème compte tenu de ses prises de position sur des valeurs qui ne sont pas les nôtres. Pour sortir de cette situation, nous sommes sur le point de racheter ses actions dans les prochains jours afin qu’il ne soit plus actionnaire de la Compagnie des amandes ».

Trois projets agricoles

Sans Stérin aussi, l’entrepreneur enregistre des ratés. Parmi ses échecs, figurent trois projets agricoles. Son école des hautes études en apiculture (EHEA) a dû s’arrêter fin 2020, au bout de deux ans, incapable de boucler son budget (163 500 euros en 2019).

Pas abattu, notre serial entrepreneur a lancé deux nouveaux projets cette même année. D’une part, Co²responsables, avec l’ambition de « participer à la trajectoire climat de la France ». Cette jeune pousse voulait se poser en intermédiaire entre agriculteurs et entreprises désirant réduire leur bilan carbone : elle se proposait de revendre les crédits carbones des cultivateurs, dans le cadre du label « bas carbone ». Mais elle a fermé quatre ans plus tard.

D’autre part, Bleu Blanc Ruche Biodiversité, un bureau d’études qui voulait développer les champs de plantes mellifères (produisant du pollen). Dans un premier temps, l’entreprise avait séduit plusieurs installateurs de panneaux photovoltaïques, et reconverti une ferme de 130 hectares au sud de la Bourgogne. « Mais nous n’avons pas réussi à convaincre suffisamment de clients potentiels, donc nous avons arrêté l’activité », explique Arnaud Montebourg.

Deux start-ups qui tournent mal

Deux investissements dans des start-up ont aussi tourné au vinaigre. L’un concerne mon-pain.fr, un site qui permettait de réserver son pain chez son boulanger. Cette société avait été créée par Florian Maïly, un militant socialiste bourguignon qui avait soutenu différentes campagnes électorales d’Arnaud Montebourg. Ce dernier avait pris 40 % du capital pour 40 euros, puis prêté 10 000 euros. Mais le site a fermé au bout de deux ans. L’entreprise a été liquidée, laissant un passif de 36 772 euros. Florian Maily (qui ne nous a pas répondu) a finalement été condamné à une interdiction de gérer de 7 ans pour ne pas avoir tenu de comptabilité. « J’étais un simple investisseur passif, et je n’ai jamais revu mes 10 000 euros », souffle l’actionnaire malheureux.

L’autre investissement est le tout premier tenté par Montebourg, en octobre 2015 après sa sortie du gouvernement. L’ancien ministre avait mis 36 144 euros dans une start-up baptisée New Wind, qui avait inventé « l’arbre à vent », un arbre métallique avec des mini-éoliennes à la place des feuilles. Arnaud Montebourg avait pris la présidence du conseil de surveillance, et convoqué une conférence de presse enthousiaste. « On peut changer le monde avec une telle innovation », s’exclamait-il alors. Il expliquait que sa mission était de lever 2 à 3 millions d’euros. Mais il n’a pas réussi et a démissionné un an plus tard pour se lancer dans la course à la présidentielle. Lors de son départ, il a expliqué « ne pas avoir ménagé sa peine pour solliciter des fonds d’investissement, private equity, family office, ou capital risqueurs, mais sans succès ». La start-up a déposé le bilan deux mois après, et a été liquidée trois mois plus tard, laissant un passif de 2,7 millions d’euros. En 2020, le patron fondateur Jérôme Michaud-Larivière (qui s’est refusé à tout commentaire) a été interdit de gérer pendant dix ans pour avoir déposé le bilan trop tardivement.

La liquidation de New Wind a donné lieu à une étrange affaire. Les brevets et les marques de la start-up ont été revendus aux enchères à son fournisseur de branches en acier, la société Ateliers Travaux Conception (ATC), pour 12 850 euros. Bizarrement, ATC venait d’engager sa dissolution une semaine plus tôt. Plus bizarrement encore, ATC, juste après cette acquisition, a concédé les droits d’exploitation à une nouvelle société baptisée New World Wind, et détenue à 48 % par Jérôme Michaud-Larivière. Ce dernier s’est présenté ensuite comme « cofondateur » ou « CEO » (directeur général) de New World Wind.

Michel Fabre, un petit actionnaire de la première structure, New Wind, a trouvé ce montage suspect. Il a soupçonné Jérôme Michaud-Larivière d’avoir contourné les interdictions imposées par le code du commerce. En effet, selon la loi, le dirigeant d’une société en liquidation n’a pas le droit d’acquérir les biens liquidés, ni d’être actionnaire d’une entreprise détenant les biens liquidés, durant une période de 5 ans. Ce petit porteur a donc décidé de saisir le tribunal de commerce, qui lui donne raison. Les juges consulaires ont estimé que New World Wind « avait interdiction d’acquérir, et encore moins d’exploiter les brevets durant 5 ans ». Ils ont donc interdit à la nouvelle structure d’exploiter les actifs de l’ancienne.

New World Wind a alors saisi la cour d’appel, qui a confirmé que le montage reposait « sur une interposition de personnes visant à permettre à M. Michaud-Larivière d’acquérir des parts d’une société ayant les brevets ». Mais les juges d’appel ont cassé la décision de première instance pour des raisons de forme, et laissé New World Wind exploiter les brevets, ce qu’elle continue à faire aujourd’hui. Entretemps, Jérôme Michaud-Larivière est sorti du capital, désormais détenu en totalité par Luc Eric-Krief, par ailleurs propriétaire d’ATC, l’entité ayant servi d’intermédiaire entre New Wind et New World Wind.

Mais l’histoire a aussi failli mal se terminer pour Luc-Eric Krief (qui ne nous a pas répondu). Le parquet a demandé qu’il soit interdit de gérer pour dix ans, suite à la liquidation d’ATC qui a laissé un passif de 483 291 euros. En septembre dernier, le tribunal de commerce d’Annecy a finalement jugé que « M. Krief a fait obstacle au bon déroulement de la procédure et n’a pas tenu de comptabilité conforme ». Mais il a exonéré ce spécialiste de la reprise d’entreprises en difficulté de toute sanction, car il avait de lui-même dissous puis radié ATC, avant que le tribunal de commerce n’engage de procédure de liquidation.

La valeur créée par Arnaud Montebourg

En 2015, Arnaud Montebourg avait investi toutes ses économies (200 000 euros) dans une structure baptisée les Équipes du made in France. Depuis, il a levé 1,8 million d’euros en deux levées de fonds successives :

– En 2021, il a réuni un million d’euros auprès d’Olivier Pouvesle (patron de la société de travaux publics HP BTP), plus 400 000 euros auprès d’Emmanuel Goldstein (directeur général de Morgan Stanley France). Le capital est alors valorisé 8,9 millions d’euros

– En 2025, il a levé 200 000 euros auprès d’Eric Dailey (propriétaire du maroquinier de luxe Le Tanneur), et autant auprès de Patrick Levy-Waitz (président du groupe de services aux indépendants Freland). Le capital est alors valorisé 8,7 millions d’euros, après une évaluation d’un expert.

Entre-temps, il a aussi fait rentrer au capital (par échange d’actions) François Moulias, directeur général de la Compagnie des amandes, sur une valorisation de la holding de 15,5 millions d’euros.

Après toutes ses opérations, l’ancien ministre conserve 75 % du capital. La quasi-totalité de l’argent levé a été investie dans des participations, qui valent au bilan 1,9 million d’euros. Aucun dividende n’a encore été distribué. En 2021, Arnaud Montebourg indiquait à Capital se rémunérer 9 200 euros par mois.

Les entreprises d’Arnaud Montebourg

La Compagnie des amandes

. Culture d’amandiers
. Création : 2018
. Actionnaires principaux : Bad 21 (20 %), Réalités (20 %*), Daco France (11 %*), coopérative Arterris (5,7 %), Cofram (30 %), cette dernière étant détenue par même détenue par les Équipes du made in France (36 %), Financière SAF de Claude Soler (55 %), Mireolian de Michel Charrier (4,5 %), Holland Coordinator and Service Co Spa de Tarak ben Ammar (4,2 %)
. Chiffre d’affaires : 1,3 million d’euros en 2024**
. Résultat net : - 1,5 million d’euros en 2024**
. Fonds levés : 18 millions d’euros en capital et dette
. 230 hectares plantés, 500 hectares en cours d’instruction

*à fin 2022

** en incluant la casserie

Société d’Ingénierie, de Conception et d’Exploitation de la Ferromobile (SICEF)

. Transport public via une automobile électrique circulant sur route et sur rail . Création : 2021
. Actionnaires : les Équipes du made in France (100 %)
. À l’origine, la société de services informatiques Akka détenait 79 % mais s’est retirée suite à son rachat par Adecco. En 2025, Akka a cédé sa participation pour un euro symbolique au groupe Impact Holding de Jean-Luc Schnoebelen, qui vient de revendre ses parts aux Équipes du made in France. Des discussions sont en cours pour l’entrée au capital « d’un acteur majeur du ferroviaire »
. Fonds levés : 10,5 millions d’euros auprès d’Akka
. Chiffre d’affaires : 417 euros en 2024
. Résultat net : - 2,6 millions d’euros en 2024
. Tests techniques entre 2023 et 2024 dans le Grand Port Maritime de Bordeaux. Première expérimentation en février 2026 en Auvergne

Société Technologique d’Echangeurs Membranaires (Stem)

. Membrane utilisable dans la condensation et l’évaporation de l’eau, pour la déshumidification de l’air ou le dessalement de l’eau.
. Création : 2020
. Actionnaires : les Équipes du made in France (17,6 %), fondation Mines ParisTech, dirigeants
. Fonds levés : 1,4 million d’euros
. Valorisation : 4,9 millions d' euros
. Unité pilote en fonctionnement depuis janvier 2024

Horizom

. Culture de bambou
. Création : 2022
. Actionnaires : les Équipes du made in France (1,82 %), dirigeants, business angels
. Chiffre d’affaires 2024 : 1,1 million d’euros en 2024
. Résultat net : 2024 : -294 601 euros en 2024
. Fonds levés : 2,1 millions d’euros
. Valorisation : 8,5 millions d’euros

Lithium de France

. Création : 2020
. Actionnaire : Arverne (62 %), Equinor, Norsk Hydro. En 2023, des actionnaires minoritaires ont échangé leurs titres Lithium de France contre des actions Arverne. Les Équipes du Made in France ont hérité ainsi de 0,3 % d’Arverne
. Fonds levés : 52 millions d’euros, dont 225 000 euros pour les Équipes du Made in France
. Valorisation : 121,8 millions d’euros en 2023

Alfeor

. Équipementier pour la filière nucléaire
. Actionnaires : Les Équipes du Made in France (4,2 %), dirigeants (20 %), Otium (75 %)
. Fonds levés : 25 millions d’euros
. Chiffre d’affaires consolidé : 40 millions d’euros en 2025

NB : l’article a été mis à jour le 22 avril avec l’investissement de Pierre-Edouard Stérin dans la Compagnie des amandes.