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Continuer la lecturePourquoi Kretinsky pourrait être forcé de fermer sa centrale à biomasse
Le rapporteur public du Conseil d’État vient de donner raison à plusieurs associations qui contestent l’autorisation d’exploitation de ce site provençal.
Les organisations environnementales auront-elles la peau de la plus grande centrale à biomasse française ? Depuis plus de 10 ans maintenant, plusieurs associations remettent en cause l’autorisation d’exploitation du site de Gardanne dans les Bouches-du-Rhône, aujourd’hui détenu par le milliardaire Daniel Kretinsky, investisseur touche-à-tout dans l’Hexagone (Marianne, Le Monde, Fnac Darty...). Ce lundi 6 mars, les opposants à la centrale ont reçu un solide soutien du rapporteur public du Conseil d’État : celui-ci juge bien maigre l’étude d’impact qui a permis le lancement du projet en 2012, et conseille un renvoi du dossier devant la cour administrative d’appel de Marseille. Un scénario probable - la juridiction suit le plus souvent les conclusions de son rapporteur - qui pourrait, à terme, déboucher sur la mise à l’arrêt du site.
Une vieille machine à faible rendement
Créée en 1953, cette centrale à charbon a d’abord été reprise par la société allemande E.ON en 2012 puis par Uniper. À grand renfort de subventions, ils l’ont transformée en centrale à biomasse, capable de produire de l’électricité en brûlant des matières végétales. Au total, au moins 300 millions d’euros ont été engloutis, principalement des fonds publics. La holding tchèque EPH de Daniel Kretinsky a ensuite repris ce dossier en 2019, via sa filiale française Gazel Énergie. Avec des résultats pour le moins mitigés. Les turbines sont restées totalement à l’arrêt en 2020 et 2021, et n’ont que très peu tourné en 2022 selon les données RTE. En plus des grèves du personnel, inquiet pour l’avenir d’un site dont le projet ne cesse d’évoluer, la centrale a rencontré des problèmes techniques. « C’est une vieille machine, qui a été vendue et revendue par des actionnaires dont l’objectif est de faire de l’argent, pas de l’entretien » estime Jean-Luc Debard, membre de l’association Convergence Écologique en Pays de Gardanne. Le rendement des équipements est au final très faible : seulement 30 à 35 % de l’énergie consommée sont transformées en électricité.
Une étude d’impact sans étude des conséquences climatiques
Aujourd’hui, le rapporteur public conteste les conditions mêmes dans lesquelles cette activité a été lancée. En cause ? Une étude d’impact jugée trop légère. Alors que l’unité de Gardanne est censée brûler chaque année 600 000 tonnes de biomasse, le juriste estime qu’il aurait été normal d’évaluer l’impact climatique des besoins en bois, ce que ne fait pas l’enquête. « Ne pas s’interroger sur les conséquences environnementales de l’exploitation de ce combustible conduit à vider de son intérêt l’étude d’impact » a jugé le rapporteur. En passant sous silence les niveaux de dioxyde de carbone évités ou au contraire émis avec le lancement de cette centrale, l’étude serait passée à côté du sujet. « Doit-on laisser en place des arbres qui constitueront des puits de carbone ? » s’interroge le rapporteur public. C’est ce que les plaignants, riverains, ONG et parcs naturels défendent depuis le début du dossier.
Des conséquences potentielles pour la raffinerie de TotalEnergies à La Mède
Si le Conseil d’État suit l’avis du rapporteur, la cour administrative d’appel de Marseille pourra ensuite suspendre l’autorisation d’activité ou exiger une nouvelle étude d’impact. « Ce qui est intéressant, c’est que le Conseil d’État demande de prendre en compte les conséquences directes et indirectes du recours à la biomasse, sur le territoire français et hors de France souligne Mathilde Goueffon, responsable juridique de l’antenne régionale de France Nature Environnement, une des associations qui a engagé la procédure. C’est un sujet qui pose aussi question pour la raffinerie de La Mède opérée par TotalEnergies. » Celle-ci, située dans le même département, de l’autre côté de l’étang de Berre, avait vu son autorisation partiellement remise en cause par le tribunal administratif en 2021 en raison, là aussi, d’une étude d’impact insuffisante. Les associations ont fait appel. L’arrêt du Conseil d’État dans le cas de Gazel Énergie sera une source d’inspiration pour la suite de la procédure.