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Énergie - Environnement

Nouveau nucléaire : EDF accroît la pression sur ses fournisseurs

Pour réduire le coût des six prochains réacteurs nucléaires, l’énergéticien a suspendu provisoirement certains contrats passés avec ses prestataires pour les renégocier.

Luc Rémont, PDG d’EDF
Luc Rémont, PDG d’EDF Blondet Eliot / Blondet Eliot/ABACA

Il n’y a pas que les consommateurs d’électricité qui cherchent à réduire leur facture. Le PDG d’EDF Luc Rémont partage cette obsession sur le coût global du programme de construction des six futurs EPR 2 prévus à horizon 2043. Alors que le lancement des travaux préparatoires des deux premiers réacteurs doit démarrer cette année sur le site normand de Penly, le patron du groupe public a décidé il y a quelques semaines de mettre en pause la signature de certains contrats avec ses fournisseurs, pour en revoir les contours. Objectif : tenter de réduire, en discutant avec ses prestataires, le coût de ce programme. En 2021, il avait été estimé à 52 milliards d’euros, dont 17 milliards pour les deux réacteurs normands, mais il s’annonce déjà plus élevé. Le Directeur exécutif en charge de la direction ingénierie et projets Xavier Ursat l’a expliqué - le 8 février dernier - devant la commission d’enquête du Sénat sur le tarif de l’électricité. Ce chiffre - qui ne comprend que la construction - n’intègre ni certains coûts annexes, ni les retours faits par les fournisseurs sur les prestations demandées, ni l’inflation ou la hausse du prix des matières premières.

Challenger le programme d’achats

Le plan de compétitivité sur les contrats EPR 2 dévoilé par Luc Rémont en fin d’année aux dirigeants du secteur a un but clair : « challenger le programme d’achats » pour « atteindre les objectifs financiers du programme », confirme l’entreprise à l’Informé. La feuille de route prévoit notamment de simplifier les spécificités techniques, de préciser l’organisation du schéma industriel, de revoir les conditions d’exécution des contrats ou encore de faire évoluer les modalités commerciales et contractuelles liant le groupe public à ces entreprises. Toute la supply chain est concernée par cette revue de détail, depuis les fournisseurs de rang 1 comme le groupe de construction Eiffage, chargé du génie civil des réacteurs de Penly (voir notre article), jusqu’aux grands équipementiers. Conséquence, les contrats signés ont pour l’instant été mis en attente.

Nul doute que les entreprises du nucléaire risquent de faire la sourde oreille à des demandes de ristourne : les sociétés de la filière réalisent des marges deux fois moins importantes que dans le reste de l’industrie. Sans compter que les volumes commandés y sont en général faibles, alors que les exigences en termes de sécurité et de normes y sont particulièrement élevées et contraignantes. « Mais le groupe public dispose de leviers pour convaincre, gage un spécialiste du secteur. Il peut par exemple assouplir les termes de ses conditions générales d’achat, en diminuant les pénalités qu’il leur impute en cas de retard ou en limitant l’impact financier de certains risques qui les oblige à provisionner massivement. » De telles inflexions pourraient aussi inciter d’autres entreprises hésitantes à répondre aux marchés proposés par l’énergéticien. « Certaines sociétés, notamment celles détenues par des groupes étrangers, reculent parfois en voyant les conditions imposées par EDF », confirme cette source.

Si le calage des relations entre le donneur d’ordres EDF et ses prestataires est indispensable à la réussite industrielle du programme « nouveau nucléaire », la renégociation des contrats en cours n’en demeure pas moins une source d’inquiétude pour les fournisseurs, qui ont d’ores et déjà commencé à investir dans de nouvelles capacités de production et à recruter des ressources supplémentaires, après trois décennies de sous charge. « Il est difficile pour ces sociétés de se projeter et de se préparer s’ils ont l’impression que la période de “stop-and-go” n’est pas finie », juge un observateur du secteur.

En interne, la mise en place de ce plan de compétitivité a secoué dans les étages. L’architecte du projet industriel EPR 2, Laurent Arnold, chargé notamment de la politique d’approvisionnement et de la gestion des contrats pour les futurs réacteurs, a été écarté il y a quelques semaines.

Cette suspension provisoire des contrats a un avantage pour EDF : elle lui permet de reculer les premiers paiements auprès des fournisseurs. Un sursis loin d’être anecdotique puisque les dépenses engagées par le groupe sur le programme approchent 5 milliards d’euros. Étranglé par une dette s’élevant à plus de 64 milliards d’euros et contraint de poursuivre les travaux de modernisation et de rénovation de son parc actuel en plus de ses investissements dans les renouvelables, l’énergéticien manque cruellement de marges de manœuvre. Et il va lui falloir encore attendre pour en avoir plus : les scénarios de financement du nouveau nucléaire sont toujours à l’étude avec l’État, son actionnaire à 100 %…