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Énergie - Environnement

Dette, exécution des chantiers… EDF sous la pression de l’État

L’endettement du groupe et sa capacité d’exécution des grands projets restent scrutés à la loupe par les pouvoirs publics. De quoi animer le conseil d’administration qui était prévu aujourd’hui.

Luc Rémont, PDG d’EDF
Luc Rémont, PDG d’EDF LUDOVIC MARIN / AFP

L’accord trouvé mi-novembre entre le gouvernement d’Élisabeth Borne et Luc Rémont sur les prix de vente de l’électricité nucléaire a redonné un peu d’air au patron d’EDF. Mais ce compromis n’a cependant rien d’un blanc-seing pour le PDG. La pression des pouvoirs publics, et de Bercy en particulier, reste forte autour d’un point essentiel : la dette du groupe - dont l’État est actionnaire à 100 % - qui atteint 66 milliards d’euros. Le sujet tient à cœur à Alexis Zajdenweber, représentant de l’État au conseil d’administration, qui s’est réuni ce vendredi 15 décembre.

Deux lignes s’affrontent. La position de Luc Rémont ? Maîtriser la dette mais se laisser des marges de manœuvre suffisantes pour financer les multiples chantiers sur lesquels EDF doit s’engager, au-delà de la construction de la première série de six réacteurs EPR 2. Les besoins en capex (pour « capital expenditure », dépenses d’investissement) sont estimés par le PDG à 25 milliards d’euros par an. Plusieurs chantiers en cours, comme les EPR en construction à Hinkley Point au Royaume-Uni, en absorbent déjà une grande partie. En interne, les entités non nucléaires attendent aussi des financements pour développer les énergies vertes portées par EDF Renouvelables, ou adapter les réseaux de distribution d’électricité pilotés par sa filiale Enedis… Mais du côté de l’État, c’est un solide coup de rabot qui est demandé, avec une baisse de la dette d’une dizaine de milliards d’euros souhaitée. De quoi plonger dans l’expectative les différentes entités et filiales du groupe public qui ont établi leurs trajectoires financières à moyen terme et attendent les arbitrages du patron d’EDF.

En plus de ce volet financier, Luc Rémont est confronté à un autre défi majeur sur lequel la pression de l’État ne va pas faiblir : la capacité de l’énergéticien à exécuter le programme de construction des six EPR 2, désormais lancé. L’entreprise n’ayant rien érigé sur le sol français depuis plus de vingt ans, à l’exception du laborieux chantier de Flamanville, c’est là que le bât blesse. « Pour réaliser ce programme, il va falloir des gens avec de l’expérience en matière de grands projets et EDF n’en a plus suffisamment en interne, insiste un spécialiste du secteur. Il y a bien sûr tous ceux qui travaillent sur le programme de rénovation et de modernisation du parc existant « grand carénage », mais vu l’ampleur des besoins avec les nouvelles centrales, c’est auprès d’autres entreprises, habituées aux grands projets, comme Technip, Vinci ou Bouygues qu’il va falloir aller chercher. »

Lors du premier programme nucléaire [entre 1977 et 1999], le groupe disposait d’une impressionnante task force de spécialistes de l’exécution (chefs d’aménagements, chefs de projets, chefs de lots), véritables hommes d’orchestre, capables d’ordonnancer les contraintes entre les prestataires, les différentes ingénieries, les plannings de construction… Une profonde réorganisation et redéfinition des rôles internes entre maîtrise d’ouvrage (qui conçoit) et maîtrise d’œuvre (qui réalise le projet) a déjà été engagée il y a plusieurs mois par Luc Rémont.

La quête de nouvelles recrues a aussi déjà commencé. Au sein de la direction de l’ingénierie nucléaire et supply chain, qui reviendra à l’actuel délégué général à la qualité industrielle et aux compétences nucléaires Alain Tranzer, des cabinets de chasseurs de têtes ont été mandatés par les ressources humaines pour recruter. Le groupe aurait déjà trouvé sa future patronne de la supply chain chez Stellantis. « Cela apporte du sang neuf mais donne aussi le blues à la communauté des managers de l’entreprise qui se sentent évincés », analyse un observateur.