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Continuer la lectureEiffage remporte le marché des deux premiers EPR 2 à Penly
Le groupe de Benoît de Ruffray rafle le contrat de génie civil estimé à plus de 4 milliards d’euros des deux premiers réacteurs que doit construire EDF en Normandie. Il devance le groupement réunissant Bouygues, Vinci et Razel-Bec.
C’est LE contrat de la décennie pour Eiffage… Selon nos informations, le groupe présidé par Benoît de Ruffray a été choisi par EDF pour construire les bâtiments principaux des deux tranches de réacteurs de type EPR2 qui doivent être mis en service à Penly en Normandie vers 2035-2037. Le match était serré : l’offre d’Eiffage faisait face à celle portée conjointement par Bouygues, Vinci et Razel-Bec, une filiale du bordelais Fayat, ainsi que l’avait annoncé l’Informé en juin. C’est donc l’offre du numéro 3 du secteur qui l’emporte sur ce trio massif réunissant pourtant les numéros 1 et 2 du BTP. Le contrat passé par le groupe présidé par Luc Rémont a de quoi faire rêver : son montant devrait dépasser les 4 milliards d’euros. Les opérations de génie civil représentent au moins un quart de la facture des deux réacteurs normands, estimée à un total de 17 milliards.
En sélectionnant Eiffage, qui postulait seul à cette offre, le groupe présidé par Luc Rémont fait un choix inattendu. « EDF a plutôt privilégié le prix à l’expérience », estime un proche du dossier. C’est en effet Bouygues qui avait été choisi par l’énergéticien pour le génie civil de ses trois précédents projets de centrales nucléaires : l’EPR de Flamanville, dans la Manche, et les deux tranches des EPR britanniques d’Hinkley Point. C’est aussi Bouygues qui a travaillé sur l’EPR finlandais d’Areva à Olkiluoto. Et lui encore qui a construit l’enceinte de confinement du réacteur accidenté de Tchernobyl dans les années 2010, avec Vinci. Quant à Razel-Bec, troisième partenaire du trio éconduit, il peut se targuer d’une expérience de construction de réacteur nucléaire avec le Réacteur de recherche Jules Horowitz (RJH) du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), sorti de terre à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône. Moins implanté dans le nucléaire, Eiffage reste cependant un partenaire régulier d’EDF sur divers projets tricolores : il a par exemple achevé fin 2022 une vaste digue de protection autour de la centrale de Gravelines (Nord). Mais Penly est un chantier d’une autre ampleur.
Au-delà de supporter seul le risque industriel d’un tel projet, l’autre défi majeur auquel va être confronté Eiffage sera sa capacité à aligner des effectifs suffisants pour tenir les délais. Le challenge sera d’autant plus grand que l’entreprise devra construire non pas un, mais deux réacteurs, quasi simultanément [la tranche 3 et la tranche 4 sont lancées à 18 mois d’intervalle]. Et ce dans un contexte de fortes tensions de main-d’œuvre dans les métiers du bâtiment. La bonne implantation d’Eiffage en Normandie, où il a noué des partenariats avec la CCI business Normandie et les sous-traitants, devrait toutefois l’aider à enrichir son vivier de compétences. Le volet « ressources humaines » avait largement empoisonné Bouygues lors du chantier de Flamanville. Le groupe avait recouru, à l’époque, à plusieurs centaines des travailleurs dissimulés. Condamné en première et deuxième instance en 2015 et 2017, il s’en était cependant bien sorti : il avait écopé d’une amende inférieure à 30 000 euros, seuil au-delà duquel il aurait été privé d’accès à la commande publique.
Si le pari est risqué, EDF réalise aussi un coup habile avec cette sélection. Au-delà d’écarter le groupe Bouygues - qui n’a pas bonne presse en interne et est considéré comme en partie responsable de l’allongement des délais de Flamanville -, ce chantier permet à Eiffage de monter en compétence en tant que génie civiliste nucléaire. « De quoi en faire un lièvre capable de challenger ses concurrents lors des appels d’offres pour les deux paires d’EPR2 suivantes qui doivent être construites à Gravelines et à Bugey », pointe un spécialiste du secteur.
Sollicitée, EDF explique à l’Informé ne « pas commenter les processus en cours ». L’entreprise Eiffage précise pour sa part « n’avoir pas de commentaires particuliers » au sujet de ce contrat.
Le chantier pharaonique du génie civil se prépare à Penly
La centrale nucléaire de Penly se prépare activement à accueillir les futurs réacteurs EPR2, à côté des deux tranches de 1300 MWe qui y sont en service depuis 1990 et 1992. Les premières étapes vont consister en la préparation géotechnique du terrain (installation des routes d’accès, de la centrale à béton…) sur les dizaines d’hectares réservés aux nouveaux réacteurs. Les travaux de terrassement de la plateforme, dont des travaux maritimes sur la falaise, pourraient démarrer l’été prochain, une fois les autorisations administratives obtenues. Pour l’ensemble de la phase de chantier, plus de de 2 millions de tonnes de granulats (soit 8 fois la masse de l’Arche de la Défense) et 170 000 tonnes de ferraillage vont être nécessaires - l’équivalent de 17 fois la Tour Eiffel. A titre de comparaison, 50 000 tonnes d’armatures avaient été nécessaires pour l’EPR de Flamanville.