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Énergie - Environnement

L’usine Renault de Douai et Engie abandonnent leur projet de géothermie profonde

Le constructeur automobile et l’énergéticien avaient pourtant obtenu toutes les autorisations administratives et aides financières nécessaires.

La R5 électrique est fabriquée à l’usine de Renault de Douai
La R5 électrique est fabriquée à l’usine de Renault de Douai JeanLuc - stock.adobe.com

« À Douai, nous sommes fiers de lancer avec Engie l’un des projets de décarbonation les plus ambitieux sur un site industriel européen : l’installation d’une géothermie profonde », se rengorgeait Luca de Meo, PDG de Renault, le 25 novembre 2022. Mais le plus gros projet géothermique profond des Hauts-de-France ne verra finalement pas le jour. Selon nos informations, les deux partenaires industriels, Renault et Engie, ont arrêté l’aventure qui devait permettre de réduire de 70 % les émissions de CO2 de l’usine nordiste qui produit les R5, Scenic et Megane électriques, en réduisant sa consommation de gaz naturel. Les travaux étaient sur le point de démarrer avec le forage de deux puits de 4 000 m de profondeur donnant accès à une eau à 130 degrés. Celle-ci aurait permis de chauffer l’usine et d’alimenter des process industriels mais aussi de produire de l’électricité notamment l’été. Au total, la production énergétique renouvelable dégagée aurait dû représenter 40 MW.

Le constructeur avait inscrit cette source d’énergie dans son projet de réduction d’émissions ciblant le « Net Zéro » dans ses installations produisant des voitures électriques. Mais voilà, « il est apparu que les conditions étaient moins favorables que ce qui était prévu au départ, regrette une source proche du dossier. L’étude technique qui a été menée a conclu que les objectifs concernant la performance énergétique du projet n’étaient pas atteints pour que cette production d’énergie soit satisfaisante pour les deux parties. » Engie Solutions et Ampere Electricity, la filiale de Renault qui produit ses véhicules électriques à Douai, Maubeuge et Ruitz (Nord), ont activé la clause de résiliation prévue dans le contrat de 2022. À l’époque, le prix du gaz avait atteint des sommets à cause de la guerre en Ukraine et des problèmes du parc nucléaire français. Le recul des prix sur le marché de gros en fait une énergie beaucoup plus accessible désormais… » Avec le marché de l’automobile en berne, la motivation des industriels pour investir dans une énergie décarbonée pour le long terme est faible » regrette un intervenant du dossier.

L’Ademe, qui avait déjà contribué aux études préalables, s’était engagée fin 2023 dans le cadre d’une convention à financer 40 millions d’euros pour mener à bien le projet. La subvention n’a pas été versée aux deux industriels. Les fonds seront réalloués ailleurs.

Depuis un an, le projet à l’usine de Douai avait tout de même mobilisé de nombreuses expertises, de l’Autorité environnementale au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) qui s’était penché sur les conséquences sismiques potentielles. La Préfecture du Nord avait également organisé une enquête publique sur les 16 communes alentour potentiellement affectées par l’installation. Le 1er octobre, le commissaire enquêteur venait de donner toutes les autorisations nécessaires à l’avancée du chantier. Malgré l’échec du projet, Renault ne remet toutefois pas en cause son objectif Zéro carbone en 2025 pour les usines d’Ampere Electricity. Pourtant, un autre volet de son plan de décarbonation dans le Nord a aussi été annulé il y a plusieurs mois : Renault et Dalkia (groupe EDF) ont en effet abandonné le projet de chaudière à biomasse qui devait remplacer 65 % de la consommation en gaz du site de Maubeuge.  « D’autres pistes sont à l’étude pour maintenir l’objectif de décarbonation », répond seulement l’industriel aujourd’hui.