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Continuer la lectureRenault, Orange, Thales... les industriels français veulent leur école d’ingénieurs cyber
L’écosystème Software République veut lutter contre la pénurie d’experts diplômés.
Alors que les industriels français cherchent désespérément des ingénieurs cyber, Software République prend les choses en main. Créée pour « façonner la mobilité de demain », cette alliance hétéroclite de six grands acteurs de la tech - Renault Group, Orange, STMicroelectronics, Thales, Dassault Systè...
Toutes ces entreprises déplorent une pénurie d’ingénieurs particulièrement criante aujourd’hui. L’économie française a besoin de 50 000 à 60 000 nouveaux diplômés par an, alors que les écoles n’en forment que 40 000, se plaignait le Syntec-Ingénierie. Sur le volet cyber, ce sont plusieurs dizaines de milliers de nouveaux diplômés qui sont aujourd’hui nécessaires pour répondre à la transformation de l’économie et en assurer la sécurisation. Orange, qui compte déjà 1 500 experts en cybersécurité, augmente ses recrutements de 20 % chaque année. Il a déjà mis sur pied son propre campus qui délivre une formation à destination de ses salariés et d’alternants, avec un diplôme délivré par le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam).
« En travaillant tous les jours ensemble, nous avons rapidement partagé nos difficultés de recrutement, convient Eric Feunteun, un des dirigeants historiques de l’activité Voitures électriques chez Renault qui dirige les opérations de Software République. Chaque entreprise est dans une compétition pour attirer les meilleurs talents, mais ce n’est pas une raison pour ne pas travailler ensemble à augmenter le nombre d’experts en cybersécurité. » Parmi les initiatives déjà engagées, la Software République participe par exemple à intéresser les jeunes, dès le collège, aux carrières d’ingénieur. Notamment les jeunes filles, les femmes étant sous-représentées dans ces métiers.
Pour ces six industriels - qui seront très bientôt rejoints par un septième acteur selon nos informations - l’étape d’après est logiquement de réunir leurs forces pour créer une véritable école L’objectif serait de former plusieurs milliers d’étudiants en cyber chaque année. Sous le nom de code de « European Cyber Institute », le nouvel établissement a vocation à délivrer des enseignements diplômants et des certifications professionnelles. Il veut aussi déployer un nouveau modèle d’école supérieure. « Les entreprises partenaires du projet pourront valoriser leurs métiers et leurs experts au sein des enseignements, indique Eric Feunteun. L’objectif est aussi que les étudiants une fois formés soient directement employables dans les entreprises sur les tâches les plus complexes. »
Il s’agit, en outre, de concurrencer la certification américaine du Sans Institute. Ce dernier a créé une formation diplômante devenue la première source d’alimentation d’un fichier d’ingénieurs cyber. Les industriels américains n’hésitent pas à y piocher pour recruter… des experts français ! Face à ces enjeux de souveraineté industrielle et technologique, le projet d’European Cyber Institute n’est d’ailleurs élaboré sans la puissance publique, qui a mis sur pied en 2022 une feuille route au niveau européen sur le sujet.
Le futur institut devrait en effet se rapprocher du Campus Cyber, le cluster industriel inauguré il y a deux ans par le ministre de l’économie Bruno Le Maire. Occupant une tour à La Défense, ce pôle français de la sécurité numérique accueille des grandes entreprises (Capgemini, Airbus, Axa), des start-up mais aussi des centres de recherche (CNRS, CEA) et des services de l’État (DGSE, DGSI, Anssi). La Software République vise aussi un soutien de l’UE, notamment pour obtenir la reconnaissance du programme d’enseignements dispensé par le futur institut et ses certifications. Une délégation va d’ailleurs présenter cette semaine le projet devant la Direction générale Emploi de la Commission européenne. Ouverture prévue en 2026.