L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureEngie, Crédit Agricole, TotalEnergies… les entreprises les plus généreuses avec leurs actionnaires. Partie 1.
Avec plus de 68 milliards d’euros, les dividendes des sociétés du CAC 40 ont crû de 18 % cette année. Familles dirigeantes, fonds d’investissement, État… dans une série de trois articles, l’Informé dresse la liste des gagnants et des perdants. Aujourd’hui : le palmarès des entreprises les plus généreuses.
La guerre en Ukraine et l’inflation n’ont pas prise sur le CAC 40. Les entreprises françaises de l’indice phare de la Bourse de Paris ont fait preuve d’une grande largesse en versant 68,1 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires cette année au titre de leurs résultats 2022. Un nouveau record, selon les données compilées par l’Informé, de 18 % supérieur aux 57,7 milliards d’euros, du jamais vu déjà à l’époque.
Pour rappel, ces grands groupes ne sont pas obligés de distribuer un dividende. C’est un choix de la société indépendant de son niveau de rentabilité, même s’il est évidemment plus facile d’en partager quand on gagne de l’argent. Elle peut vouloir conserver les fonds pour investir, les placer en réserve ou racheter ses propres actions (afin d’en augmenter le cours). Ou au contraire récompenser ceux qui ont cru en elle. Apple n’en a par exemple donné aucun de 1995 à 2012, son patron de l’époque Steve Jobs considérant que la hausse du cours de l’action suffisait à faire le bonheur de ses actionnaires. À l’inverse, Renault a choisi de verser 72,8 millions d’euros à ses actionnaires alors que le constructeur perdait 338 millions.
Une somme très loin des sommets. Au sein du CAC 40, cinq sociétés se détachent par leur prodigalité. Ensemble, elles ont versé 29 milliards d’euros. On trouve en première position TotalEnergies (9,45 milliards d’euros) suivi de LVMH (6 milliards d’euros), BNP Paribas (4,87 milliards d’euros), Sanofi (4,46 milliards) et enfin Stellantis (4,23 milliards).
Au-delà de ces cas particuliers, deux secteurs, le luxe et l’énergie, se sont particulièrement distingués l’an dernier. Le premier, porté par les bonnes performances des Kohl (Kering, l’Oréal, Hermès et LVMH), a distribué 12,3 milliards d’euros. Cette bonne santé s’explique, notamment, par la réouverture du marché chinois après la crise du Covid mais aussi par la clientèle aisée de ces sociétés, peu touchée par la reprise de l’inflation. Elle a puisé dans de « vastes réserves d’épargne excédentaire accumulées pendant la période de confinement de Covid », note Edmund Shing, Global Chief Investment Officer chez BNP Paribas Wealth Management.
Le deuxième secteur, celui de l’énergie, a été porté par TotalEnergies et Engie. Le duo a profité de la hausse des prix des hydrocarbures avec la guerre en Ukraine. À eux deux, ils ont donné 12,8 milliards d’euros à leurs actionnaires.
Précisons toutefois qu’il n’y a pas toujours de lien direct entre profits encaissés et dividendes distribués. Au-delà du montant en valeur absolue, l’Informé a voulu identifier les entreprises qui rémunèrent le plus leurs actionnaires en proportion de leur bénéfice. C’est ce qu’on appelle le payout ratio dans le jargon boursier. À ce petit jeu -sans compter les entreprises qui ont choisi de distribuer de l’argent alors que leur résultat net était négatif- les vainqueurs se nomment Veolia, Danone, le Crédit Agricole et Engie. Ces quatre sociétés ont même versé un montant supérieur à leur résultat net.
Sans aller jusque-là, Orange a tout de même versé plus de 86 % de son bénéfice, soit 1,8 milliard d’euros. Un taux très élevé qui n’est pas du goût de tous. Cette générosité a été critiquée par son syndicat CFE CGC qui y voit un niveau « particulièrement imprudent alors que l’entreprise n’a pas terminé les déploiements de la fibre optique et de la 5G sur l’ensemble des territoires où elle opère ».
Le syndicat d’Orange n’est pas le seul à regretter le niveau élevé des dividendes versés au moment où les Français voient leur pouvoir d’achat érodé par la hausse de l’inflation. « Les entreprises ont profité du chaos géopolitique pour nettement augmenter leur marge, entretenant ainsi l’inflation, au détriment des salaires réels qui ont baissé pour la première fois en Europe depuis 2000, souligne Laurent Babikian, directeur monde des marchés de capitaux chez CDP. Il serait plus éthique d’augmenter les salaires afin de ne pas perdre de pouvoir d’achat. »
Finalement, en mars, le président de la République, Emmanuel Macron, a préféré ouvrir la voie à un dividende salarié. Une loi a été adoptée fin juin afin de les intéresser davantage aux bénéfices sous réserve d’un accord entre la direction et les élus. Reste à savoir dans quelle proportion.
À suivre : les sociétés les plus radines avec leurs actionnaires