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Énergie - Environnement

Engie attaqué aux prud’hommes par 2 800 salariés de son ex-filiale Equans

La directrice générale Catherine MacGregor avait refusé de verser aux employés de cette entité vendue à Bouygues fin 2022 la prime de 1 500 euros promise à tout le personnel du groupe.

Catherine MacGregor
Catherine MacGregor Alamy Stock Photo / Abaca

L’année 2024 s’annonce plus que chargée au tribunal des prud’hommes de Nanterre. Pas moins de 2 800 recours lui sont arrivés en une fois, ce vendredi 5 janvier, en lien avec un même dossier : le versement de la prime de 1 500 euros promise par la directrice générale Catherine MacGregor aux salariés d...

Faute de parvenir à faire fléchir la direction sur son rétropédalage, la fronde syndicale a pris de l’ampleur, sous l’impulsion de la CFTC. « Ces collaborateurs ont eux aussi contribué au succès d’Engie », s’indigne Ludovic Flacks, coordinateur CFTC d’Equans, à la tête de la contestation. Un argument rejeté par l’énergéticien, qui estime de son côté que les salariés de sa filiale « ne faisaient plus partie des effectifs du groupe au moment du versement de cette prime destinée aux salariés d’Engie ».

Après avoir tenté une conciliation avec la direction, puis saisi l’inspection du travail de la direction régionale et interrégionale de l’économie, de l’emploi, du travail d’Île-de-France, et la Direction générale du travail - en vain -, c’est devant la justice que le syndicat a finalement décidé de porter l’affaire. Avec l’appui du cabinet d’avocats Khatchikian, l’organisation a initié une action groupée. Entre juin et octobre 2023, les salariés ayant travaillé au sein de la filiale Equans France entre janvier et octobre 2022 ont donc été invités à rejoindre la procédure « pour obtenir réparation du préjudice » : 2 800 se sont manifestés. « Nous sommes conscients de notre bon droit, de la justice et de la justesse de notre action pour obtenir le versement de cette prime due, en droit et en équité », gage Olivier Khatchikian.

Vu son ampleur, l’imposant dossier déposé aux greffes du conseil des prud’hommes de Nanterre le 5 janvier 2024 devrait nécessiter plusieurs mois de traitement administratif. Il n’est pas sans conséquence pour Engie. Financièrement, une victoire de ces quelques milliers de plaignants s’avérerait plutôt indolore pour l’entreprise : elle lui coûterait moins de 6 millions d’euros. Mais elle ouvrirait la porte à une réclamation ultérieure - potentiellement plus massive et plus onéreuse - venant de collaborateurs n’ayant pas rejoint cette première action collective : si les salariés étrangers d’Equans auront plus de mal à se mobiliser, les 24 000 autres employés français de l’ex-filiale d’Engie pourraient à leur tour tenter leur chance devant le tribunal francilien. Sauf si le délai de prescription lié à cette réclamation vient sauver le groupe énergétique d’une telle perspective… Celui-ci est de trois ans après la date d’exigibilité du bonus, soit une échéance en novembre 2025. La direction d’Engie a évidemment tout intérêt à ce que le dossier s’enlise puisqu’une décision favorable aux salariés avant cette date motiverait tous les employés concernés à l’attaquer à leur tour.

Pour l’instant, l’entreprise reste droite dans ses bottes : « nous avons pris connaissance de la démarche contentieuse engagée et nous la regrettons. (...) Nous soumettrons nos arguments au tribunal, comme nous l’avons fait il y a quelques mois auprès de l’inspection du travail qui n’a d’ailleurs pas donné suite aux réclamations portées par les syndicats d’Equans », précise de son côté l’énergéticien, assisté dans cette affaire par l’avocat Jean-Sébastien Capisano. La célérité du tribunal de Nanterre à traiter le dossier pèsera donc lourd dans la balance.