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Énergie - Environnement

Enedis : des fournisseurs liés à Linky au cœur de l’enquête pour corruption

La fraude organisée par des salariés du groupe avec certains sous-traitants informatiques est dans le viseur du parquet national financier. Elle aurait duré plusieurs années.

Un compteur Linky d’Enedis
Un compteur Linky d’Enedis JEAN-MARC BARRERE / Hans Lucas via AFP

Deux semaines après les perquisitions opérées par la brigade de répression de la délinquance économique de la préfecture de police de Paris (BRDE) dans ses locaux, le sujet est sur toutes les lèvres dans les couloirs d’Enedis : une enquête a été ouverte par le Parquet national financier (PNF) pour des faits de corruption, escroquerie en bande organisée, détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêts, favoritisme, recel et blanchiment, imputables à des salariés du distributeur d’électricité. Le 25 juin, ainsi que l’avait révélé l’Informé, des officiers de la police judiciaire avaient procédé à des perquisitions dans plusieurs de ses bureaux et notamment ceux abritant l’une des entités de sa direction des systèmes d’information (DSI), basés à Nanterre.

Si en interne le sujet alimente les conversations de machine à café, la parole est en revanche comptée vers l’extérieur : motus et bouche cousue du côté des organisations syndicales et de la direction. « Nous ne souhaitons faire aucun commentaire compte tenu de l’enquête pénale en cours », fait savoir l’entreprise. La direction de la filiale d’EDF, présidée par Marianne Laigneau, s‘efforce de montrer sa détermination à faire la lumière sur le dossier. Contactée par le fisc en début d’année sur l’existence d’une fraude concernant certains de ses fournisseurs, l’entreprise a porté plainte auprès du parquet, donnant lieu à l’ouverture d’une enquête préliminaire. En plus d’une procédure disciplinaire engagée à l’encontre des collaborateurs soupçonnés, le groupe va aussi diligenter un audit interne. Le PNF a également reçu un signalement de l’administration fiscale au titre de l’article 40 sur les sous-traitants impliqués.

Mais la gêne est manifeste : la fraude, qualifiée « d’ampleur » par le groupe lui-même, n’a rien d’anecdotique. « Beaucoup d’argent a été détourné. C’est très grave », raconte une source proche du dossier. Les malversations se sont concentrées au sein du pôle Nex’Us. Autrefois appelée pôle SOC, cette entité est spécialisée dans l’expertise et la maintenance des systèmes communicants opérés par Enedis, comme le compteur Linky. Selon les éléments rassemblés par l’Informé, des sociétés auraient par exemple été créées pour facturer des prestations fictives ou superflues à Nex’Us.

Baisse de vigilance

« Le déploiement de Linky et de ses fonctionnalités est un sujet très politique, rappelle une source interne. Il y avait ces dernières années une forte pression pour respecter les échéances et tenir les délais, incitant à une forme d’obligation de résultat, propice à une baisse de vigilance sur les processus de contrôle dans les relations avec les prestataires et les achats. » « Il était assez connu en interne que certains choix de fournisseurs de conseil informatique par le pôle Nex’Us pouvaient être borderline, complète un autre. D’autant que sur des sujets techniques SI très pointus, il est facile de faire croire à la nécessité de recourir à un prestataire particulier plutôt qu’à un autre. » Malgré l’existence d’un code anticorruption mis en place sous l‘ère du précédent président du directoire Philippe Monloubou, les règles de contrôle auraient été défaillantes pendant plusieurs années. Les enquêteurs devraient donc ratisser large.

De quoi mettre la pression sur le secrétariat général du groupe, chargé de la supervision de l’éthique, piloté depuis 2019 par Jean-François Vaquieri. Car l’affaire pourrait finir par retomber en pluie fine sur le top management : selon nos informations, les malversations au sein du pôle Nex’Us auraient fait l’objet d’alertes internes plusieurs semaines avant que l’administration fiscale ne les signale à Enedis.

Même si Enedis dispose d’une indépendance de gestion par rapport à EDF, conformément au code de l’énergie, le dossier n’est pas pris à la légère par sa maison mère : le secrétaire général d’EDF Brice Bohuon regarde de près le sujet.