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Continuer la lectureInterpol, drogue, menaces… le fonds Oaktree empêtré dans une rocambolesque affaire pénale en France. Partie 2
Le litige entre Nicolas Desjouis, l’ex-propriétaire du groupe immobilier Trimax, et ses repreneurs Oaktree et Arpent Capital a dégénéré. Second volet de nos révélations.
Nicolas Desjouis n’en revient toujours pas. Nous sommes en juin 2022. Alors que ce promoteur vient d’assister impuissant à la prise de contrôle de sa principale filiale, Trimax Développement, par le fonds Arpent Capital, allié au géant américain Oaktree (voir le premier épisode de notre enquête), il ...
Un trafic de drogue démantelé par… Interpool
L’Informé a pu consulter ces documents rédigés par une traductrice assermentée brésilienne. Ils relatent une enquête baptisée « Operacao Portao », concernant une affaire de trafic de drogue et d’escroquerie entre le Portugal, les Pays-Bas, la France, Dubaï et le Brésil. Après vérification, l’enquête portant ce nom est bien réelle et documentée par la police brésilienne. Elle cite par ailleurs de vrais trafiquants de drogue reconnus. Suivront des vidéos, tournées au Brésil, montrant le prétendu mandat d’arrêt affiché à l’écran du site internet d’Interpol.
L’ « agent d’Interpol » presse Nicolas Desjouis de produire ces documents devant la justice pour mettre en cause son adversaire. Flairant le cadeau empoisonné, le promoteur mandate un cabinet d’avocats au Brésil pour vérifier ces étranges informations. Et là, patatras : les documents s’avèrent bidonnés. Aucun nom français n’apparaît dans l’enquête. Et sur les vidéos, le site Internet n’est pas celui d’Interpol, mais « Interpool » ! Après ces vérifications, Nicolas Desjouis ne produit évidemment pas ces « faux » devant la justice. À l’inverse de Benoit Vernerey et de deux représentants du fonds Oaktree, Hugo Neuman et Thomas Georges, qui déposent une première plainte pénale le 7 décembre 2022, pour confusion avec des actes officiels et escroquerie. Ils se présentent comme victimes : « Le préjudice ne fait pas débat, tant pour M. Vernerey, que pour OCM (le véhicule monté par Oaktree pour l’opération - ndlr) dont on tente gravement de déstabiliser l’organisation », avancent les avocats pénalistes engagés par les fonds.
Mais pour qui roule le faux agent d’Interpol et dans quel objectif ? Début 2025, une instruction judiciaire a été ouverte par le tribunal judiciaire de Paris pour tenter de résoudre cette énigme, après une plainte de Nicolas Desjouis qui estime aujourd’hui que cette machination était destinée à le décrédibiliser. Les chefs d’accusation potentiels sont faux, usage de faux, tentative d’escroquerie, association de malfaiteurs, abus de confiance et abus de biens sociaux. L’enquête a été confiée à la brigade financière de Versailles, qui a déjà eu maille à partir avec le fameux Arthur Sendin dans une affaire de fraude et de travail dissimulé. Ce dernier officie également en tant que conseiller honoraire de la « Diplomatic Mission Peace and Prosperity », une étrange association-think tank installée à Tirana en Albanie. Il semble avoir tissé des liens de longue date avec Benoit Vernerey et Arpent Capital. Il est par exemple cité comme apporteur d’affaires de ces derniers dans une affaire en cours au tribunal des activités économiques de Paris.
Nicolas Desjouis en est de plus en plus convaincu : dans un montage machiavélique, Vernerey aurait missionné le faux agent d’Interpol pour que le promoteur utilise des documents bidon devant la justice et se retrouve ensuite décrédibilisé, une fois leur falsification découverte. Une affaire parallèle, qu’il découvre par une relation personnelle, va venir étayer sa thèse. Nous sommes cette fois le 8 février 2022, en plein Covid dans un immeuble en construction rue Armand Carrel à Montreuil près de Paris. Les représentants du promoteur, Arpent Capital, viennent à la rencontre de ceux de l’Atelier des compagnons, en charge des travaux, pour une très classique réunion de fin de chantier. Comme il est d’usage, un huissier est aussi prévu pour dresser un PV de réception des travaux. Rapidement, l’entrevue tourne au vinaigre. Le donneur d’ordre voit des malfaçons partout. Malgré les contrôles réguliers réalisés durant le chantier, il conteste la qualité de l’ouvrage pour lequel il s’était engagé à payer 3 millions d’euros. Le ton monte. Le représentant d’Arpent Capital passe un coup de fil et, à la surprise générale, deux hommes débarquent d’un gros Range Rover. Dont le fameux Arthur Sendin. Ils se présentent comme des agents d’Interpol et se révèlent assez menaçants. « Ces agents d’Interpol appelés par nos clients avaient pour seul objectif d’intimider nos opérationnels », assure dans un email interne un cadre de l’Atelier des compagnons. Sur les photos prises lors de cette drôle de réunion par l’huissier, l’immeuble flambant neuf semble terminé. Mais pas selon Arpent Capital, qui résilie le contrat de son prestataire : ce dernier ne sera jamais payé.
Quand le tribunal de commerce enterre une plainte pénale
Suite à cette affaire, l’Atelier des compagnons a déposé une plainte pénale au tribunal de Bobigny fin 2023 pour extorsion, escroquerie et participation à une association de malfaiteurs. Potentiellement de quoi inquiéter Arthur Sendin et par ricochet Benoit Vernerey et Oaktree. La plainte est déposée par le mandataire judiciaire Marc Sénéchal puisque la société a été placée en redressement judiciaire entre-temps. Mais surprise : quelques semaines plus tard, la procédure subit un enterrement de première classe. Sénéchal retire sa plainte début 2024. « C’est le tribunal de commerce de Paris qui lui a demandé de la retirer car elle relevait d’une manipulation », avance un avocat bien au fait du dossier. « Les faits que vous exposez, s’ils sont avérés, ce dont je doute, me sont parfaitement inconnus », assure Patrick Sayer, président du tribunal des activités économiques (TAE, ex-tribunal de commerce) de Paris. Une telle intervention serait de fait fâcheuse puisque le TAE n’est pas supposé interférer dans d’éventuelles plaintes pénales, quand bien même les sociétés se trouvent en redressement judiciaire. Quant à la prétendue « manipulation », elle viendrait du fait que Nicolas Desjouis a joint la plainte d’Atelier des compagnons à la sienne, en raison de la présence d’Arthur Sendin dans les deux dossiers. Et que la même pénaliste, Me Margaux Durand-Poincloux, défend le promoteur et l’entreprise de construction, une double casquette douteuse aux yeux du clan Oaktree. « Mais c’est comme quand on reproche aux victimes de crimes sexuels d’avoir la même avocate, ça n’a aucun sens ! », balaie celle-ci.
Vols, menaces et intimidations
Dans sa plainte pénale, Nicolas Desjouis, assure « faire l’objet de multiples agressions et intimidations qui demeurent inexpliquées et dont la temporalité concorde avec les échéances importantes des contentieux commerciaux, laissant également suspecter une stratégie coordonnée de manœuvres de déstabilisation ». À l’appui de ses accusations, il évoque le vol de plusieurs motos à son domicile normand, des menaces écrites sur les murs d’une de ses maisons et des chevaux libérés de leur enclos. Nicolas Desjouis appelle aussi les magistrats à éclaircir le rôle, le cas échéant, du fonds Oaktree. Aurait-il, comme il se murmure dans le monde de l’immobilier, promis un montant conséquent aux dirigeants d’Arpent Capital s’ils parvenaient à mettre la main sur le groupe Desjouis, plutôt que de se contenter d’un simple prêt obligataire comme initialement prévu ? De son côté, Benoit Vernerey aurait aussi déposé une nouvelle plainte pénale pour des menaces et craindrait pour sa sécurité. Une ambiance plus proche des « Tontons flingueurs » que du business feutré dans lesquels s’aventurent d’ordinaire les fonds d’investissement.
Contactés, Marc Sénéchal, Benoit Vernerey, Arthur Sendin, Oaktree et White & Case (le cabinet d’avocat de Oaktree) n’ont pas souhaité répondre officiellement à l’Informé.