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Énergie - Environnement

Emissions de CO₂ : La Poste bientôt attaquée sur son plan de vigilance

Le groupe a reporté son objectif de zéro émission nette de 2030 à 2040. En interne, cela ne passe pas.

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Adamov Dmitriy / Friends Stock - stock.adobe.com

Entre sa gigantesque flotte de vélos et voitures électriques à gogo, les investissements verts de la Banque postale ou les Fresques du climat assidûment suivies par ses salariés, La Poste fait plutôt figure de bon élève en matière de lutte contre le changement climatique. Les multiples labels d’éco responsabilité qu’elle a décrochés auprès d’organismes comme l’agence de notation Moody’s, Ecovadis ou du CDP témoignent d’ailleurs du sérieux de ses engagements. Tout récemment, le groupe a même fanfaronné sur le recul de ses émissions de CO₂ de 32 % entre 2013 et 2023…

Et pourtant ! Derrière cette image soignée, la réalité est plus complexe. Cette baisse d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre ne concerne que ses « activités historiques en France ». Au total, le volume de CO₂ produit par La Poste a explosé, de 2,39 millions de tonnes en 2022 à 5,6 millions en 2023. Un dérapage qui conclut toute une série de reculs sur le sujet. En 2021, la Poste promettait la « neutralité carbone » (soit zéro émission nette) pour 2030. En 2022, cette ambition ne concernait plus que les activités logistiques. En 2023, le périmètre a encore été réduit aux activités historiques de la Poste en France. Et en 2024, bouquet final : le groupe ne parle plus du tout de zéro émission nette pour 2030, et ce quel que soit le périmètre. L’objectif a, cette fois définitivement, été relégué à 2040.

Des objectifs climat amoindris tous les ans depuis 2020

Le souci est qu’il ne s’agit pas que de com’. Ces engagements avaient été gravés dans le marbre du plan de vigilance que La Poste, comme les autres entreprises de plus de 5 000 salariés, est tenue de publier chaque année depuis la loi de 2017. Selon nos informations, le syndicat Sud-PTT s’apprête à mettre le groupe en demeure pour manquement à ce sujet. Une habitude… La Poste avait été condamnée, en décembre 2023, après des poursuites du même syndicat, sur la base du devoir de vigilance. Elle avait fait travailler des personnels sans papier dans une de ses filiales. Le groupe a fait appel du jugement du tribunal judiciaire parisien.

Comment en est-on arrivé là ? Il y a d’abord un facteur méthodologique. En 2023, la société a pour la première fois comptabiliser la totalité de ses émissions dites de « Scope 3 », c’est-à-dire celles induites par tous ses processus en aval comme en amont. Le nouveau calcul comprend (enfin) l’intégralité des entités comprises dans sa consolidation financière, y compris les participations. La Poste a aussi ajouté de nouvelles informations, dont par exemple la pollution liée aux trajets domicile-travail des collaborateurs qui ne figuraient pas auparavant. Mais il n’y a pas que ça. Le groupe public est aussi plombé par ses acquisitions menées tambour battant ces dernières années, notamment de sa filiale Geopost, spécialisée dans la livraison de colis un peu partout en Europe. Car si les tournées des facteurs français s’avèrent plutôt vertueuses, celles de leurs homologues au fin fond de la Sicile ou de l’Argentine continuent de se faire à l’ancienne, c’est-à-dire aux énergies fossiles. Et l’envolée du e-commerce aggrave la situation au point que Geopost représente 63 % des émissions de dioxyde de carbone de l’ensemble.

Interrogé par l’Informé, La Poste préfère mettre en avant ses efforts. Pour 2030, elle s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre liées à son activité et aux émissions indirectes liées à l’énergie de 43,6 % (c’est-à-dire uniquement sur les scopes 1 et 2 ndlr), précise une porte-parole. Et d’ajouter à propos de l’objectif zéro émission nette : « L’horizon 2040 est déjà ambitieux, peu d’entreprises s’y engagent ». À sa décharge également, La Poste est loin d’être la seule entreprise à se fixer des objectifs climatiques qu’elle n’arrive pas à atteindre.