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Continuer la lectureComment le lobby de l’eau en bouteille influence le gouvernement
Les recycleurs et les fabricants de boissons compliquent l’application de la loi AGEC. Avec des soutiens de poids.
Voilà qui a dû satisfaire plus d’un fabricant de boissons… Ce mercredi 7 février, Christophe Béchu participait au lancement d’une expérience de la start-up Petrel, visant à récupérer sur 14 magasins U ou Leclerc des bouteilles plastiques pour mieux les réemployer. Sans sourciller, le ministre de la T...
De quoi soulager tout un petit monde, des recycleurs jusqu’aux fabricants d’eaux et de sodas, pas franchement pressés d’organiser tout un système de récupération de leurs emaballages et de contraindre leurs clients au passage. L’article 66 de la loi antigaspillage pour une économie circulaire (dite loi AGEC) est pourtant clair : la consigne des bouteilles en plastique peut être imposée aux producteurs si les objectifs de réduction ne sont pas atteints. Or on en est loin : « le nombre de bouteilles consommées augmente (+4% en 2022) alors qu’il est censé baisser de 50 % d’ici 2030 » tempête Muriel Papin, de No Plastic In My Sea. Notamment parce que les industriels ne jouent pas du tout le jeu, au contraire. »
En 2021, la HATVP avait souligné le poids énorme des lobbys autour de la loi AGEC, en répertoriant leurs actions. Trois ans plus tard, le travail de sape toujours aussi intense - et le texte peine à entrer en application. À la manœuvre, entre autres ? Les professionnels des eaux en bouteille, notamment avec son syndicat professionnel : la Maison des Eaux Minérales Naturelles. La structure est présidée par un ex-patron de Nestlé Waters, Denis Cans, également à la tête du lobby européen des eaux minérales, Natural Mineral Waters. Mais son directeur général, Sébastien Jacques, est un transfuge d’Elipso, le lobby officiel des emballages plastiques. Elle travaille main dans la main avec un autre établissement, Boissons Rafraîchissantes de France, qui défend davantage les Coca-Cola, Suntory et Pepsi. Les deux organisations professionnelles sont installées dans le même immeuble du boulevard Malesherbes, dans le 8e arrondissement à Paris. Il leur est arrivé de partager le salaire d’une secrétaire et leur commissaire aux comptes. Elles cohabitent aussi avec l’ANIA, l’association nationale des Industries Agroalimentaires et de la Fédération de la charcuterie (FICT).
Des structures qui ne manquent pas de liens avec la macronie. Ainsi, Marie-Ange Badin, un temps déléguée générale de la Maison des eaux, a intégré le cabinet de Christophe Béchu en 2022, au ministère de la Transition Écologique. Depuis début 2023, elle a rejoint les équipes d’Amélie Oudéa-Castéra au ministère des Sports. Au départ en tant que conseillère parlementaire, puis depuis début 2024, conseillère « Jeux Olympiques ».
De son côté, Hélène Courades, cheffe de cabinet d’Agnès Pannier-Runacher lorsque celle-ci était ministre de la Transition énergétique, par ailleurs élue Renaissance à Levallois-Perret, a fait le chemin inverse. Elle a rejoint l’organisation Boissons Rafraîchissantes de France en tant que directrice générale. Elle peut croiser la députée La République En Marche, Martine Leguille-Balloy dont elle a été l’assistante puisque celle-ci est aujourd’hui vice-présidente de l’Association Nationale des Industries Alimentaires (ANIA) tout en dirigeant la Fédération de la Charcuterie (FICT) - toujours dans les mêmes locaux.
Cette porosité inquiète les ONG anti plastique, qui s’interrogent notamment sur les liens entre les partenaires officiels des Jeux olympiques (Coca, Danone), et le ministère des sports. Transparency s’est ainsi ému, le 8 février, de l’absence de mention sur le registre des déclarations d’intérêt d’une rencontre entre Nestlé et le gouvernement.
Une guérilla juridique sans merci contre l’eau sans bouteille
Selon une enquête du Monde sur le secteur des eaux en bouteille, de nombreuses sources françaises dont celles de Nestlé Waters et du groupe Alma ont été dotées, de façon illégale, de systèmes de traitement des eaux par filtration. Il y a quelques années, le lobby de l’eau attaquait le fabricant de fontaines Castalie pour… des faits similaires. Avec succès. Arguant d’une potentielle tromperie pour le consommateur, le tribunal judiciaire de Paris avait, en 2014, ordonné à l’entreprise d’inscrire sur les bouteilles en verre Castalie « eau rendue potable par traitement ». Le jugement avait aussi estimé que la marque « Eau de Castalie » elle-même était de nature à tromper le public, et avait prononcé sa nullité. Au-delà de ce dossier, les fabricants et partisans de fontaines ont fait l’objet d’une véritable guerre juridique menée par le secteur des eaux en bouteille. En 2012, la Maison des Eaux Naturelles a obtenu la condamnation des marques Eau de Paris et Eau de Paris-la pétillante, lorsque l’établissement public gérant l’eau du robinet et des fontaines parisiennes s’était lancé dans une campagne marketing pour valoriser ses produits. Plus récemment, en 2017, le même syndicat a attaqué la solution de filtration d’eau par carafe de l’Allemand Brita pour parasitisme et concurrence déloyale. Le problème ? L’industriel assurait sur une publicité pour sa gourde filtrante « tout le reste n’est que bouteille plastique ». Mais cette fois, la justice n’a rien trouvé à redire…Malgré le vote de la loi Agec, en 2020, prévoyant le déploiement de fontaines dans 30.000 lieux, le combat a continué. En 2021, Castalie a ainsi été attaquée devant Jury de Déontologie Publicitaire (JDP), pour une campagne dans laquelle il assurait proposer « un moyen pour lutter contre la folie du plastique ». Sa vidéo a été jugée non conforme. Et en 2023 encore, Biocoop a dû modifier une de ses publicités après une saisine similaire. . Sur l’affiche incriminée, le distributeur invitait ses clients à venir boire de l’eau dans les fontaines de ses magasins et insistait sur le fait de ne pas vendre de bouteilles. Un argument jugé dénigrant pour le JDP.