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Continuer la lecturePourquoi Galiena Capital est dans le viseur de France Invest
Les procédures judiciaires se multiplient à l’encontre du fonds et pourraient bien finir par lui attirer les foudres de l’organisation référente des sociétés de gestion et de conseil.
Le fonds Galiena Capital est dans le collimateur de la commission de déontologie de France Invest. Selon nos informations, l’entité chargée de veiller aux bonnes pratiques des acteurs du capital investissement aurait été saisie il y a quelques mois pour regarder de plus près un dossier litigieux. Il concerne la façon dont le fonds créé par Benoît Panhard et Pascal Noguera a organisé en 2021 le rachat intégral de Scentys, une entreprise de diffuseurs de parfums, dans laquelle il avait commencé à investir en 2015.
Cette année-là, Scentys s’appelle encore Presensia et ce partenariat s’annonce alors sous les meilleurs auspices. L’entreprise créée par David Suissa et Clément Jeanjean est en pleine croissance et compte déjà de gros clients comme l’équipementier automobile Valeo, le parfumeur Diptyque, la chaîne de restauration Costa Coffee ou encore L’Oréal. Avec son nouvel actionnaire, détenteur d’un peu moins de la moitié du capital, la société poursuit son déploiement. Les marges sont solides et le développement industriel et technique se structure, au point de susciter des marques d’intérêt d’investisseurs pour les capsules de Scentys. Mais pour les deux patrons du fonds Galiena - un ancien associé d’Astorg et un descendant de la dynastie automobile Panhard, gendre à la ville de l’ancien patron d’Allianz France Jean-Philippe Thierry, pas question de céder leur pépite.
Révocation abusive
De premiers nuages dans l’idylle surgissent dès 2016 lorsque Galiena décide de renvoyer Clément Jeanjean de son poste de président, arguant les performances insuffisantes de l’entreprise. Cette révocation, signifiée le 23 février, le prive d’une disposition du pacte d’actionnaires qui aurait accru de 20 % la valorisation de ses titres à partir du… 26 février. Celui-ci assigne le fonds en justice et obtient gain de cause. Son éviction est jugée « fautive et abusive par son son caractère brutal » par le tribunal de commerce de Bobigny en 2017. Galiena est condamné à lui verser 100 000 euros de dommages et intérêts. Les deux parties signeront finalement une transaction permettant à Clément Jeanjean d’être rétribué pour ses titres au prix prévu dans le pacte.
Mais c’est en 2021 que la brouille atteint son paroxysme. Les dirigeants de Galiena informent le management de Scentys d’une proposition d’achat par le fonds Access Capital Partners portant sur l’ensemble de la société. Le sujet est majeur pour les intéressés, puisque le pacte signé en 2015 prévoit que, dans cette hypothèse, tous les actionnaires sont tenus de céder la totalité de leurs titres au nouvel acquéreur. Mais le montant de l’offre (15 millions d’euros), inférieur aux précédentes propositions, incite le fondateur David Suissa à demander des précisions. En vain. Le ton monte avec les dirigeants de Galiena. Finalement révoqué en octobre 2021, Suissa assigne Galiena devant le tribunal de commerce de Paris en novembre. Conseillé par l’avocat Georges Jourde, David Suissa obtient du tribunal en novembre une saisie de documents chez Galiena, afin d’en savoir plus sur les modalités de rachat imposées par le fonds, tandis que d’autres actionnaires minoritaires entament en parallèle une procédure analogue. Après une succession de renvois, la Cour d’appel de Paris tranche en janvier 2023 au profit des plaignants, justifiant sa décision au regard de « la nature des faits reprochés et le risque de concertation frauduleuse ».
Car ce que David Suissa soupçonne, c’est que la proposition d’Access Capital Partners soit un faux nez de Galiena, qui serait le véritable acquéreur des titres. La question se pose d’autant plus qu’Access soutient de son côté « n’avoir jamais formulé d’offre », ainsi que le pointe la décision de la Cour d’appel, « contrairement à ce qui avait été révélé par Galiena Capital ». De fait, l’acquisition du diffuseur de parfum est portée par deux fonds - Scentcare et Galiena II - tous deux gérés par Galiena… « Cela revient à ce que Galiena définisse elle-même le prix auquel elle rachète Scentys », explique Maître Jourde. Le sujet est loin d’être clos : une procédure au fond est en cours devant le Tribunal de commerce. « Galiena n’a pas respecté le droit des minoritaires, estime un ancien salarié. Ils ont été lésés en termes d’information et de valeur ».
En 2020, rebelote. Un litige analogue va opposer Galiena au dirigeant d’une société dont le fonds a racheté 52 % du capital en avril 2019. Moins d’un an après avoir investi dans Cameo Energy, spécialisé dans l’intermédiation des certificats d’économie d’énergie, la firme de Pascal Noguera et Benoît Panhard met à pied son directeur général Benoît Ferres. Le motif du licenciement est peu courant dans ce secteur : il lui est reproché son manque de diligence dans la mise en place du comité social et économique (CSE) de l’entreprise. Certes validée par l’inspection du travail et confirmé en appel, son éviction ouvre cependant à Galiena une belle opportunité : il peut alors exercer « une promesse unilatérale de vente » des titres que détient encore Benoît Ferres dans Cameo Energy au prix de… 2 euros pour l’ensemble de ses actions. Un montant sans rapport avec la valeur réelle de la société. Le conflit est toujours en cours : le fonds qui revendique 450 millions d’euros de capitaux engagés depuis son démarrage et le fondateur de Cameo continuent de s’opposer sur la propriété et la valeur des titres.
Les multiples conflits dans lesquels Galiena est engagé viennent contredire frontalement les engagements du fonds. Sur son site, il revendique son exemplarité, assurant « intégrer systématiquement les enjeux RSE » dans ses opérations et garantir à ses investisseurs « une communication transparente et régulière ». Sollicité par l’Informé, le fonds explique « ne pas commenter les affaires en cours », ayant « toute confiance dans les tribunaux ou organes professionnels compétents pour faire valoir ses droits ou ceux qu’elle représente ». De son côté, l’Association française des investisseurs pour la croissance France Invest précise ne pas pouvoir s’exprimer sur le sujet. « La direction générale de notre association et sa présidence sont strictement tenues à l’écart des travaux de la commission de déontologie afin de garantir son indépendance », justifie Alexis Dupont, directeur général de la structure. Dotée d’un code de déontologie, sa commission dédiée - elle aussi muette sur les dossiers qu’elle examine - dispose cependant d’un pouvoir disciplinaire, pouvant l’amener à prendre des sanctions en cas de manquements, allant jusqu’à la radiation. Une telle issue ferait tache pour Galiena, par ailleurs membre du comité de pilotage de la commission sustainability (ex-commission Environnement, social, gouvernance) de l’association…
Contacté, Access Capital Partners, explique ne vouloir faire « aucun commentaire ». David Suissa et Benoît Ferres n’ont pas souhaité s’exprimer.