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Finance - Conseil

Monceau Assurances : les vraies raisons du départ de Gilles Dupin

Aux manettes du groupe Monceau Assurances pendant 30 ans, Gilles Dupin a donné brutalement sa démission cet été, après une série de revers. L’Informé vous révèle pourquoi.

Gilles Dupin
Gilles Dupin Linkedin

Annus horribilis pour Gilles Dupin. Après trois décennies à la tête de Monceau Assurances, l’ancien patron du groupe mutualiste a mis fin à ses derniers mandats en démissionnant cet été. Derrière cette sortie brutale, une série de revers encaissés par le dirigeant ces derniers mois, tant avec les autres membres de la gouvernance du groupe que devant la justice. L’assureur aux 8 milliards d’actifs sous gestion et 300 000 sociétaires, dirigé depuis juin 2022 par Jérôme Sennelier, clôture une séquence sous haute tension. Ni l’entreprise ni Gilles Dupin n’avaient jusqu’alors révélé les vraies raisons de leur séparation soudaine. L’Informé les dévoile.

C’est au printemps 2023 que les choses se sont accélérées. Le 11 mai, Gilles Dupin, président honoraire de Mutuelle centrale de réassurances (MCR), tête de pont du groupe, envoie au président du conseil d’administration Marc Billaud, sa lettre de démission. Dans ce courrier peu amène, le dirigeant justifie son geste par « l’inévitable débâcle » qui attend le groupe compte tenu des décisions prises lors du conseil d’administration du 10 mai. « Vous et vos soutiens avez donné hier (...) le spectacle pitoyable d’une gouvernance nauséabonde, et apporté l’illustration de regrettables déficiences dans l’appréhension des véritables enjeux du groupe que vous présidez », s’énerve l’ancien patron.

La raison d’une telle animosité ? Le board a choisi de bloquer le projet de réorganisation imaginé par Gilles Dupin, l’incitant à claquer la porte. Ce plan visait à transférer les filiales françaises de Monceau Assurances sous la responsabilité de Monceau Participations, l’une des entités luxembourgeoises du mutualiste. Bien que retiré depuis 2022 des fonctions exécutives du groupe, Gilles Dupin gardait une influence certaine au sein de la société par l’intermédiaire de plusieurs filiales installées au Grand-Duché, dont il était le président. Poussé de longue date par le dirigeant, le projet était censé permettre à Monceau Assurances de se rapprocher à terme d’un autre mutualiste en accédant à des « moyens de développement supérieurs et à des ressources plus fournies », indiquait le rapport de gestion sur les comptes de l’exercice 2021.

Mais le calendrier choisi par Gilles Dupin n’a pas convaincu les administrateurs. Pire encore, ceux-là estimaient qu’un accord préalable de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) était nécessaire… Un camouflet de plus alors que le dirigeant entretient des relations plus que tendues avec le gendarme du secteur bancaire et assurantiel. En 2020, Monceau Assurances - dont il était alors le PDG - a ainsi fait l’objet d’une enquête de l’ACPR. L’institution demandait au groupe de justifier les ratios de solvabilité de son entité d’assurances-vies Capma & Capmi. Ces coefficients, qui imposent aux établissements financiers de disposer d’un niveau minimum de fonds propres pour garantir leur solidité, étaient jugés insuffisants par le régulateur. Pas de quoi émouvoir Gilles Dupin, qui a alors déposé un recours devant le Conseil d’État. La justice a tranché que le 22 mars 2023, donnant raison à l’Autorité…

Tensions avec l’ACPR

D’autres précédents avaient déjà sévèrement émoussé la confiance entre le PDG et l’institution. Mis en demeure par l’ACPR en 2014 de se conformer à plusieurs dispositions du code des assurances, le patron de Monceau s’était élevé contre cette décision et l’avait contestée devant le Conseil d’État en dénonçant un excès de pouvoir. En 2015, nouveau recours à la haute juridiction administrative, lorsque le groupe a voulu faire annuler une amende et un avertissement infligés par l’autorité de régulation. En vain, dans les deux cas. Cela n’avait pas empêché Gilles Dupin de tenter une requête en 2018 auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour obtenir gain de cause contre l’Autorité de régulation… La décision est toujours en attente.

Ni l’ancien président honoraire de Monceau Assurances, ni son successeur Jérôme Sennelier, n’ont souhaité commenter les conditions de cette transition houleuse. « Nous travaillons à l’élaboration du prochain plan stratégique pour la fin de l’année, explique ce dernier. Malgré un contexte complexe, le groupe se porte bien. Nous avons réalisé un résultat de 27,5 millions d’euros en 2022 pour plus d’un milliard de chiffre d’affaires en comptes combinés. »