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Finance - Conseil

Jean-Marie Messier sort le chéquier pour faire la paix avec un ancien associé

Benjamin Fremaux avait claqué la porte de Messier & Associés en 2019, puis avait attaqué la boutique en justice, réclamant 16,5 millions d’euros. Il a fini par trouver un accord amiable mettant fin au litige.

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Domine Jerome / Domine Jerome/ABACA

Dans le monde feutré et discret de la banque d’affaires, on évite en général de laver son linge sale en public. Après quatre ans à s’affronter devant les tribunaux, Messier & Associés et Benjamin Fremaux ont finalement préféré trouver un accord amiable mettant fin à leur litige, selon nos informations. Pour cela, la banque d’affaires a dû faire à son éphémère associé un chèque qui atteindrait plusieurs millions d’euros, sans toutefois dépasser les 10 millions.

Le conflit remonte à 2019. En avril de cette année-là, Benjamin Fremaux, qui avait rejoint la banque d’affaires de Jean-Marie Messier en 2014, est promu associé : il rentre donc au capital, dans le cadre d’un montage qui prévoit simultanément le rachat de 66,4 % de la boutique par Mediobanca. Mais cinq mois plus tard, il claque la porte pour devenir patron d’Idex, n° 2 Français des réseaux de chaleur. Parti sans indemnités, il attaque son ancien employeur devant le tribunal de commerce de Paris en 2021, l’accusant de « fraude » et « dol », réclamant au passage 13 millions d’euros, comme l’a révélé l’Informé. En 2023, les juges consulaires le déboutent et le condamnent à payer 10 000 euros de frais de procédure. Il conteste alors cette décision devant la cour d’appel de Paris, qui ordonne d’abord une première médiation, sans aboutir à un accord. Finalement, il y a un an, les juges d’appel ont rendu une première décision en faveur de Fremaux, comme l’ont révélé les Échos.

Sur le fond, le conflit portait sur les actions détenues par Benjamin Fremaux dans Messier & Associés. L’accord de 2019 lui octroyait 4 % pour seulement 300 000 euros, avec la possibilité de revendre ces titres au bout de quatre ans pour 8 millions d’euros, soit la valorisation sur laquelle Mediobanca avait signé son entrée (cf. ci-dessous). Une très bonne affaire, donc. Mieux encore : son employeur lui avait même proposé de payer ces 300 000 euros plus tard, en étalant le paiement sur deux ans. Toutefois, une clause accordait à la boutique de M & A le droit de racheter ces titres en cas de départ. Lorsque Benjamin Fremaux a fait ses cartons à peine cinq mois plus tard, son employeur lui a demandé de céder ses titres pour… 12 500 euros, montant prévu en cas de départ anticipé. Fremaux a refusé cette somme, s’estimant toujours actionnaire.

La question était de savoir si Messier & Associés avait activé ou non la clause de rachat dans le délai prévu au contrat, à savoir 15 jours ouvrés. En première instance, le tribunal a estimé que la clause avait été exercée à temps. Mais la cour d’appel a ensuite été d’un avis inverse, jugeant que l’employeur s’y était pris deux jours trop tard. Et donc que Fremaux était bien toujours actionnaire de Messier & Associés. Le banni estimait que ses 4 % valaient toujours 8 millions d’euros. En appel, il réclamait en outre 8,5 millions d’euros au titre des dividendes pour les années 2020, 2021, 2022 et 2023. Mais la cour d’appel ne s’est pas prononcée sur ces demandes financières, ordonnant plutôt une seconde médiation.

En première instance, Fremaux réclamait en outre un bonus de 900 000 euros pour l’année 2019. Il a été débouté sur ce point par le tribunal de commerce, ce qu’il n’a pas contesté en appel.

À noter que J2M, depuis qu’il s’est lancé dans la banque d’affaires en 2003, a collectionné une quinzaine d’associés, dont la quasi-totalité a depuis quitté le navire (cf. dessous). Outre Benjamin Fremaux, le divorce s’est terminé dans les prétoires dans trois autres cas. En 2006, Jean-Marie Messier avait révoqué Fatine Layt, qui l’avait attaquée ensuite en justice, mais en vain. En 2016, Laurent Azout a claqué la porte et obtenu 1,3 million de la cour d’appel, avant que la cour de cassation ne réduise considérablement cette somme. Enfin, Erik Maris avait lui-même saisi le tribunal de commerce de Paris pour faire nommer un mandataire ad hoc chargé d’appliquer les termes de son accord de départ conclu en octobre 2020. Il a finalement retiré sa demande. Mais le divorce entre ces deux stars du M & A comprenait aussi des accords sur la gestion des litiges existants. Comme le mentionnait l’Informé l’an dernier, Erik Maris a continué de gérer le contentieux avec Benjamin Fremaux, alors même qu’il était parti chez Advent International en tant qu’advisory partner ; un poste qu’il a quitté il y a tout juste un an pour rejoindre la banque d’affaires Perella Weinberg.

Contactés, Jean-Marie Messier et son avocate Noémie de Galembert n’ont pas répondu à nos sollicitations, tandis que celui de Benjamin Fremaux, épaulé par Guillaume de Freminville, n’a pas souhaité faire de commentaire.

Messier renégocie ses accords avec Mediobanca

En 2019, Benjamin Fremaux prenait 4 % du capital de Messier & Associés tandis qu’un autre associé, Driss Mernissi, en croquait 6 %. Le reste du capital était réparti entre Erik Maris (40 %), Jean-Marie Messier (32 %) et sa compagne Christel Delaval (18 %)*. Le même jour que l’association de ces deux banquiers, Mediobanca rachetait 66,4 % de la banque d’affaires sur une valorisation de 160 millions d’euros (pour 100 % du capital). Une première tranche alors payée entièrement en actions (11,6 millions de titres).

Fin 2020, Erik Maris, en mauvais termes avec J2M, a quitté l’entreprise, dans des conditions financières peu avantageuses, selon nos informations : Mediobanca a racheté ses 16,7 % pour un euro symbolique, grimpant ainsi à 83,1 % et enregistrant à cette occasion un profit exceptionnel de 41 millions d’euros. Puis, en 2021, Driss Mernissi est parti chez Natixis Partners, et a aussi cédé sa participation sans contrepartie financière.

Surtout, Mediobanca a conclu des options d’achat et de vente avec les autres associés de la boutique exerçables en 2024 pour monter à 100 %. À mi-2023, ces options étaient valorisées 28,5 millions d’euros. Finalement, en décembre 2023, elles ont été renégociées, et prévoient désormais que la maison mère paye 21 millions d’euros étalés sur les trois prochaines années (soit 7 millions par an).

Enfin, dans ses comptes pour l’exercice clos mi-2025, Mediobanca indique avoir acquis 8 % du capital (sans préciser auprès de qui) pour 10,6 millions d’euros, grimpant ainsi de 80 % à 88 %.

*Après l’arrivée de Mediobanca, Jean-Marie Messier a transféré ses actions à Messier & Associés à Gridiron Holding Partners Ltd, une holding britannique sans salarié qu’il détient avec sa compagne Christel Delaval.

La valse des associés de J2M

  • Fatine Layt : associée de 2003 à 2006
  • Jean-Charles Charki (gendre de Claude Guéant) : associé de 2007 à 2010
  • Eric Martineau-Fortin : associé de 2007 à 2013
  • Erik Maris : associé de 2010 à 2020
  • François Guichot-Pérère : associé de 2011 à 2015
  • Laurent Azout : associé de 2011 à 2016
  • François Roussely : associé de 2016 à 2019
  • Fady Lahame : associé de 2016 à 2019
  • Benjamin Fremaux : associé de 2019 à 2019
  • Driss Mernissi : associé de 2019 à 2022
  • Hubert Preschez : associé de 2021 à 2024
  • Philippe Leopold : associé de 2016 à 2018