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Finance - Conseil

H2O Asset Management perd une nouvelle bataille judiciaire face à un collectif d’épargnants lésés

En cours de divorce avec sa maison mère Natixis, la société de gestion est sanctionnée par le Tribunal de commerce pour son obstruction à l’enquête.

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BENOIT DURAND / Hans Lucas via AFP

La justice hausse le ton avec H2O Asset Management (H2O AM). Alors que la société de gestion, encore en partie détenue par Natixis, est accusée d’avoir lésé des milliers d’épargnants, victimes de sa politique d’investissement, elle a été lourdement condamnée en janvier par la Commission des sanctions...

La juridiction a en effet cloué au pilori l’attitude obstructive de H2O AM, en mentionnant notamment la volonté manifeste du gérant de freiner sa collaboration et « l’absence de loyauté face à la mesure d’instruction ». Conséquence : le juge chargé du contrôle des mesures d’instruction a rappelé à H2O AM leur obligation à fournir tous les échanges, dont les courriels entre Bruno Crastes, Vincent Chailley et le sulfureux homme d’affaires allemand Lars Windhorst, entre le 1er janvier 2015 et le 30 janvier 2020. Mais il a aussi et surtout décidé de resserrer la vis en imposant au gérant une astreinte quotidienne de 20 000 € à compter de la signification de l’ordonnance et dans la limite d’un mois, ainsi qu’une condamnation de 50 000 €.

Dans un communiqué confidentiel envoyé par le Collectif Porteurs H2O à ses membres (plus de 3 000 épargnants lésés par le gestionnaire), que l’Informé a pu consulter, l’association se réjouit de la décision et espère qu’elle pèsera dans le cadre de la procédure en indemnisation qui sera lancée prochainement. Créée par Gérard Maurin, gérant de patrimoine au sein du cabinet Mesnil Finance, qui avait investi dans des fonds H2O depuis 2010, à titre personnel et pour certains de ses clients, cette association entend obtenir réparation des dommages subis.

L’affaire H2O, de 2015 à aujourd’hui

Ce qui est devenu « l’affaire H2O » a commencé en 2015, lorsque la société de gestion affiliée à Natixis a commencé à acheter des dettes privées (donc peu liquides) émises par des entités du groupe Tennor, fondé par Lars Windhorst… lequel comptait déjà à son passif deux faillites et des poursuites pour fraude, détournement de fonds et abus de confiance. L’onde de choc intervient quatre ans plus tard, lors de la parution d’un article du Financial Times révélant les liens étroits entre Bruno Crastes et l’homme d’affaires allemand. Dans la foulée, le groupe de notation financière Morningstar suspend la notation d’un fonds H2O et provoque un retrait massif de près de 8 milliards d’euros d’encours (sur un total de 32 milliards).

Une fuite des investisseurs à laquelle s’ajoute un chute des marchés financiers en 2020, réduisant d’autant plus la valeur des actifs liquides du gérant. Résultat : le poids des actifs illiquides ( invendables rapidement) dans le portefeuille de H2O explose. En août 2020, l’AMF siffle la fin de la partie en demandant la suspension de certains fonds H2O, rendant impossible tout dépôt ou retrait. Puis ordonne le cantonnement de ces actifs illiquides dans des poches dénommées « side pockets ». Mais l’espoir des épargnants de pouvoir retrouver leur argent reste mince. En octobre 2020, ces « poches » affichaient une valeur estimée cumulée de 1,64 milliard d’euros ; un montant revu à la baisse le 31 décembre 2021, à 1,05 milliard d’euros. H2O AM a toutefois annoncé un premier remboursement partiel à la suite d’un versement de 250 millions d’euros de Tennor.