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Finance - Conseil

Face au retournement du marché, Nexity réfléchit à un plan de départs

Les départs ont doublé cette année chez le premier promoteur français. Pourtant, la crise de l’immobilier ne pèsera qu’à partir de l’année prochaine sur ses comptes.

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SERGE ATTAL / Only France via AFP

Une dette importante et un marché de la pierre en berne : Nexity traverse une mauvaise passe. Depuis un an, le leader français de la promotion immobilière prend de plein fouet le relèvement historique du taux directeur de la BCE (4,5 points de pourcentage en un an) et le renchérissement du crédit.  « La situation est catastrophique, le monde du bâtiment souffre, s’alarme un délégué syndical. Sur 2023, les prévisions tablent sur une baisse de 30 % des réservations de logements neufs : le trou d’air se fera réellement ressentir dès l’an prochain.  » Déjà en juillet dernier, le groupe, coté en Bourse, avait revu à la baisse ses objectifs pour 2023, même s’il prévoyait un résultat opérationnel toujours positif (à hauteur de 250 millions d’euros).

En interne, la situation est jugée si inquiétante que le comité d’entreprise (CSE) a déclenché, début novembre, un droit d’alerte sur la situation économique du groupe, selon nos informations. Face à une multiplication de départs ces derniers mois, les élus craignent une réduction des effectifs, à bas bruit, en prévision de prochains exercices difficiles. Le secteur Promotion-Construction, qui comptait 3 300 des 8 000 salariés du groupe Nexity début 2023, est le plus touché. Les effectifs ont déjà commencé à fondre, pour atteindre 3 100 personnes fin novembre, selon nos informations. Sur l’ensemble de l’année, plus de 300 départs individuels seront enregistrés, deux fois plus qu’en 2022. « Sans qu’il y ait d’explosion, nous constatons une augmentation claire des départs, affirme un autre représentant du personnel. Certains salariés jugent que la conjoncture n’est pas bonne et saisissent des opportunités de rupture conventionnelle. Il y a eu aussi des regroupements de filiales, qui donnent lieu à des réorganisations et donc certains salariés ont préféré négocier un départ plutôt que subir un allongement du temps de transport quotidien. »

Pour faire face à la prochaine perte d’activité, un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) est à l’étude du côté de la direction, selon plusieurs sources. « Une réflexion est bien en cours, assure l’une d’elles. Elle pourrait se cristalliser l’an prochain.  » Une initiative à laquelle les syndicats seraient favorables. « Si le rythme des départs se maintient à un niveau élevé, il faudra en arriver à structurer une solution d’accompagnement adaptée pour les salariés, estime un délégué syndical. De toute façon, personne ne prévoit un retour à la croissance à court terme. »

« À ce stade de la crise que traverse l’ensemble du secteur, Nexity est en mouvement et envisage toutes les stratégies pour la surmonter en fonction de son évolution », répond la direction du groupe, qui se veut aussi rassurante sur la soutenabilité de la dette (912 millions d’euros au 30 juin). La moitié de ces créances sont pourtant souscrites à taux variables, donc leur charge a augmenté avec la hausse des taux d’intérêt. Pour y faire face, le promoteur, présidé par Véronique Bédague, a commencé à céder des actifs.

Il a d’abord vendu ses activités en Pologne et au Portugal, et prépare maintenant l’ouverture du capital de son activité « Services ». Ce pôle regroupe les activités de syndic, de gérance d’immeubles et d’exploitation d’espaces de coworking (sous la marque Morning en Île-de-France) ou de résidences seniors et d’étudiants. Il pèse près de 20 % du chiffre d’affaires total de Nexity (avec 938 millions d’euros en 2022) et un quart de son résultat opérationnel (92 millions d’euros). Un processus a été amorcé et la direction mise sur une finalisation de l’opération l’année prochaine. Le pôle « Services » serait aujourd’hui valorisé 800 millions d’euros, selon nos informations. De quoi desserrer la contrainte forte sur les finances, mais aussi permettre au groupe d’investir dans sa nouvelle priorité stratégique : la réhabilitation de logements en milieu urbain, plus économe en émissions de CO2 que la construction de logements neufs.

Un conseil d’administration de Nexity doit se réunir le 14 décembre pour étudier le budget 2024.