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Continuer la lectureDeux avocates de la firme EY licenciées abusivement après leur congé maternité
Soupçonné de discrimination envers deux salariées, l’ex-cabinet Ernst and Young a été plutôt épargné par le bâtonnier des Hauts-de-Seine. Malgré des indemnités conséquentes pour les plaignantes.
Il n’y avait que des robes noires dans la salle d’audience ce jour-là. Le 5 septembre dernier, deux ex-avocates d’EY, l’un des plus grands cabinets d’audit et de conseil au monde, ont contesté leur licenciement pour « insuffisance » devant le conseil de l’Ordre des Hauts-de-Seine, chargé de réguler l...
Les scénarios dénoncés par les deux anciennes collaboratrices - et résumés dans les décisions que L’Informé a pu consulter - se ressemblent. Embauchées en 2013 pour l’une, en 2014 pour l’autre, les jeunes femmes ne cessent de gravir les échelons jusqu’à leur congé maternité. A leur retour, l’ambiance change. Léa (1) raconte que « ses supérieurs ont cessé de lui affecter des dossiers malgré ses sollicitations constantes ». Marie (1) relate de son côté des remarques de sa supérieure : « Il est tard, comment se garde Elise (1) ? » ou « Soyez une bonne mère ». Surtout, les avocates estiment que leur carrière est freinée, pointant des promotions et des augmentations de salaire inférieures à celles de leurs collègues. Quelques mois plus tard, elles sont licenciées, toutes les deux pour « insuffisance » au regard des « exigences élevées » d’EY.
Des licenciements que le bâtonnier des Hauts-de-Seine juge abusifs. Dans les deux cas, « les évaluations annuelles n’auront pu laisser présager » un tel dénouement et il en ressort même des « critiques élogieuses » du travail des ex-avocates. Le cabinet est donc condamné à verser 26 416 euros d’indemnités à l’une des plaignantes et 12 247 euros à l’autre pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. Dans l’une des deux affaires, la firme est aussi condamnée à 5 000 euros d’indemnités pour un manquement à son obligation de sécurité. En effet, avant d’être remerciée, Léa avait adressé à la direction une plainte pour harcèlement moral et discrimination, sans qu’EY ne prenne aucune mesure afin de vérifier la véracité de ces faits (la jeune femme a déposé plainte au pénal l’année dernière, la procédure est en cours).
« Situation ubuesque »
En revanche, les deux décisions écartent les accusations de harcèlement moral et discrimination fondée sur la grossesse. « Aucune comparaison chiffrée n’a été transmise et aucun élément probant ne permet de distinguer une différence de traitement », écrit le bâtonnier. « En matière de discrimination, c’est à l’employeur de produire ces comparatifs, ce qu’EY n’a pas fait dans ces affaires », regrette Me Avi Bitton, l’avocat des ex-collaboratrices, contacté par L’Informé.
Il a fait appel de ces décisions. « Comment peut-on dire à la fois qu’elles n’ont pas été licenciées en raison de leur maternité, mais que les raisons de leur licenciement ne sont pas valables ? Dans ce cas-là, pourquoi ont-elles été licenciées ? On est dans une situation ubuesque où la décision ne nous donne aucune piste. En réalité, les motifs infondés de la lettre de licenciement masquent le vrai motif inavouable, la grossesse », estime Me Avi Bitton. Ce sera à la cour d’appel de trancher. EY, de son côté, se refuse à commenter mais soutient que le cabinet est « résolument engagé à lutter contre toute forme de discrimination et en particulier contre les discriminations faites aux femmes à raison d’une maternité ».
Ce n’est pourtant pas la première fois que la firme en est accusée. En juin, le cabinet d’audit financier et de conseil a été condamné par la cour d’appel de Montpellier pour le licenciement d’une avocate de sa filiale locale à cause de ses deux grossesses. Malgré son parcours modèle au sein de la boîte, elle avait été écartée de certaines affaires après ses congés maternités et sa charge de travail avait brutalement diminué. Sa carrière était alors restée au point mort avant qu’elle ne soit congédiée. Là où, en première instance, le conseil de l’Ordre de Montpellier a jugé qu’elle avait été licenciée « sans cause réelle et sérieuse », la cour d’appel a été plus loin, considérant que c’était « en raison de [son] état de grossesse » qui plus est. Un pourvoi en cassation est en cours dans cette affaire.
« Avec plus de 7 000 collaborateurs en France, le risque 0 n’existe malheureusement pas davantage chez EY que dans n’importe quelle organisation de taille significative, affirme le cabinet. Nous avons déployé tout un arsenal de mesures particulières pour réduire au maximum le risque résiduel pouvant exister. »