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Finance - Conseil

Viré parce que trop vieux : un ex-directeur associé de Wendel obtient le pactole à la barre

Cas rare dans l’univers de la finance, un haut cadre de la société d’investissement a attaqué son employeur l’accusant de l’avoir mis de côté alors qu’il avait 58 ans.

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ERIC PIERMONT / AFP

Voilà le genre d’affaire qui n’arrive pas tous les jours dans le monde des fusacs. Jugeant les conditions de son renvoi illégales, un ancien directeur associé de Wendel a choisi de traîner son ex-employeur jusque devant les tribunaux. Avec succès : après 5 ans d’une bataille tumultueuse, Roland Liena...

Durant 10 ans, ce professionnel a pourtant connu un parcours sans nuage chez Wendel, l’ancienne maison de baron Ernest-Antoine Seillière. Entré dans le groupe en 2008 en qualité de « Membre du Comité d’Administration Centrale », ce titulaire d’un MBA de ESCP Europe passé par la Deutsche Bank accède à la direction du stratégique bureau londonien en 2016, avant de passer directeur associé et de chapeauter l’activité d’investissement dans toute la zone « DACH » (Allemagne, Autriche, Suisse). Une position enviable qui lui vaut alors une rémunération annuelle de base de 550 000 euros, complétée d’un double variable. Mais sa carrière s’achève là, en 2019 : placé en arrêt de travail le 15 novembre, il ne reprendra jamais le chemin de son bureau, licencié pour inaptitude le 31 janvier 2020.

C’est là que s’engage un bras de fer entre la société d’investissement et son ancien cadre : Roland Lienau saisit les prud’hommes. Après une longue attente, une première manche se joue début 2022. Devant le conseil, son avocate, Myriam de Gaudusson, le martèle : cette fin de carrière brutale ne tient qu’à une seule raison, la nomination d’une femme de 37 ans à la tête du bureau de Londres en mars 2018, par André François-Poncet, tout juste arrivé à la présidence du directoire de Wendel. Victime d’une politique de « rajeunissement de l’équipe des directeurs associés », son client, de 58 ans alors, aurait subi, selon elle, « une exclusion progressive des dossiers et du management ». Il « a été exclu des circuits d’information, a été l’objet de brimades et de remontrances lors de réunions internes et a vu sa rémunération variable baisser de 40 % sans justification en 2019 par rapport à 2018 », plaide-t-elle devant les prud’hommes. Selon l’avocate, Roland Lienau a eu beau dénoncer à Wendel le traitement défavorable dont il estimait être la victime, aucune enquête n’a pour autant été menée. Hospitalisé, il ne reviendra pas au travail et la CPAM (caisse primaire d’assurance maladie) reconnaîtra l’origine professionnelle de sa maladie. Maître de Gaudusson demande alors la nullité du licenciement en raison d’un harcèlement moral et des faits de discrimination fondés sur l’âge pour un montant total de 4,9 millions d’euros.

De son côté, sans surprise, l’avocate de Wendel, Aurélie Fournier, réfute tout harcèlement moral. Pour elle, l’ex-directeur associé s’est « désinvesti de ses fonctions à partir de début 2018 », ce qui a entraîné une baisse mécanique de sa rémunération variable. Le cadre n’aurait « présenté quasiment aucun dossier au Comité d’Investissement » et se serait « montré de plus en plus dénigrant et négatif à l’égard de la société et de sa direction ». L’idée d’une discrimination liée à l’âge n’aurait en outre aucun fondement, « la moyenne étant de 60 ans au conseil de surveillance ». À l’écouter, enfin, il n’y aurait pas non plus de « lien de causalité entre les conditions de travail et son arrêt de travail et son hospitalisation qui s’en est suivie, celle-ci trouvant son origine dans sa vie personnelle ». Des arguments entendus : le 7 mars 2022, c’est la douche froide pour Roland Lienau, le conseil des prud’hommes de Paris le déboute de l’ensemble de ses demandes.

Retournement en Cour d’appel

Mais l’ancien associé ne désarme pas et fait appel, via Me Marie-Catherine Vignes, mandatée par Me Myriam de Gaudusson. Avec raison ! Il obtient un retournement complet de situation. ! Dans un arrêt rendu récemment, le juge retient que l’ex manager a maintes fois alerté son employeur et que « ces éléments pris dans leur ensemble, outre les éléments médicaux laissent supposer l’existence d’un harcèlement moral », que « la société Wendel a vidé les fonctions [de l’ex-directeur associé] d’une grande partie de leur substance ». Par ailleurs, selon le magistrat, le fait que Wendel n’ait fixé aucun objectif personnel au salarié en 2019 ne justifie néanmoins pas d’un désinvestissement du salarié ni d’un comportement répréhensible ». Enfin, « sans qu’il soit nécessaire d’examiner si la société Wendel menait de façon générale une politique discriminatoire à l’égard de ses salariés en raison de l’âge », l’ex haut manager « a été victime de discrimination ». Elle lui octroie 1,33 million d’euros dont 700 000 euros pour licenciement nul.