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Continuer la lecturePrésidence de la SNCF : Xavier Piechaczyk perd ses soutiens, une piste interne émerge
Le gouvernement a lancé une chasse pour trouver un successeur au PDG Jean-Pierre Farandou. Malgré un lobbying intense du patron de RTE, son profil suscite une levée de boucliers en interne. Une autre candidate pourrait offrir une solution à l’exécutif, qui doit trancher en mai.
Le PDG de la SNCF est en campagne. Ce lundi 31 mars, Jean-Pierre Farandou était à Toulouse, cinquième étape de son tour de France, pour présenter son nouveau plaidoyer « Le fer avec les territoires ». Il en a profité pour défendre le groupe ferroviaire, devant les chambres d’industrie et les élus locaux, contre « les idées reçues » d’une entreprise qui propose des billets TGV trop chers et dont les salariés « coûtent une fortune aux contribuables ». En interne, à bas bruit cette fois, le patron livre une autre bataille pour s’opposer à la nomination d’un dirigeant venu de l’extérieur qui viendrait bousculer les équilibres internes. Âgé de bientôt 68 ans, Jean-Pierre Farandou est en effet atteint par la limite d’âge fixée dans les statuts et doit laisser son siège à un successeur désigné lors de la prochaine assemblée générale de la SNCF, en mai prochain.
Un candidat extérieur ne cache guère ses ambitions : Xavier Piechaczyk. Depuis six mois, le président du Réseau de transport d’électricité (RTE), mène un intense lobbying, avec le soutien de l’Élysée. « Mais tout le monde est opposé à sa venue, avance un expert du groupe. Comme son seul soutien, Alexis Kohler, quitte bientôt son poste de ‘vice-président’ auprès d’Emmanuel Macron (pour rejoindre la Société Générale, ndlr), je ne lui connais plus un seul soutien, ni en interne ni en externe. » Ancien conseiller chargé du développement durable et des transports de Jean-Marc Ayrault puis de François Hollande, ex-rédacteur du projet transports-énergie-logement du candidat Emmanuel Macron en 2017, cet ingénieur des Ponts est pourtant un bon connaisseur des enjeux de la SNCF. « Il gère une boîte en monopole de 10 000 personnes alors que la SNCF c’est 43 milliards de chiffre d’affaires et plus de 200 000 salariés, dont le cœur de métier, les TGV et les TER, est attaqué par de nouveaux acteurs toujours plus nombreux », pointe un détracteur.
Surtout, la plainte déposée par RTE contre quatre de ses salariés, reconnus coupables en 2023 d’avoir coupé un système de gestion du réseau haute tension lors d’un conflit sur les salaires, fait craindre des relations avec les syndicats beaucoup plus fraîches qu’avec Jean-Pierre Farandou. « La SNCF c’est le lait sur le feu, avertit un administrateur. Si l’État choisit un dirigeant qui a déjà un passif avec la CGT, c’est certain que ce sera compliqué à gérer sur les quatre ans de son mandat. » Un préavis de grève déposé par le syndicat Sud-Rail pour les vacances de printemps et les ponts de mai vient de remettre le dossier du dialogue social sur le haut de la pile.
Interrogé récemment, lors d’une conférence de presse, sur la candidature de Xavier Piechaczyk, le ministre des transports Philippe Tabarot a concédé : « Je ne sais pas s’il a le bon profil », ajoutant : « le prochain président devra en tout cas se mettre dans la trajectoire tracée par Jean-Pierre Farandou », avec quatre années d’exercices bénéficiaires (1,6 milliard d’euros de bénéfices en 2024) permettant de financer l’entretien du réseau ferré et le maintien des petites lignes. À plusieurs proches, le ministre a confié plus clairement ses doutes : « Si Xavier Piechaczyk est choisi, c’est moi qui vais me coltiner les grèves à la SNCF ! S’il y a une guerre avec la CGT, ça va me retomber dessus… »
On le sait depuis un moment : si le patron de la RATP, l’ancien premier ministre Jean Castex, brigue le poste, il l’aura. Mais, dans l’hypothèse où « l’expert en paix sociale » ne souhaiterait finalement pas revenir devant le Parlement pour valider son arrivée à la SNCF, beaucoup s’activent pour faire émerger une solution interne. « Jean-Pierre Farandou a fait savoir qu’il restait ouvert à un attelage, si l’exécutif le lui demandait », indique une source proche. Son idée ? Rester président non exécutif jusqu’à ses 70 ans avec un directeur général auquel il passerait la main dans les deux ans. « Il avait proposé, à l’automne, cette solution à l’État en tandem avec Marlène Dolveck (la directrice générale de SNCF Gares & Connexions, ndlr) mais cela n’est pas passé, rappelle un bon connaisseur du groupe. Depuis, le souhait de l’exécutif, via la chasse de tête lancée par l’Agence des participations de l’État, est d’avoir un seul dirigeant à la tête de la SNCF, sans dissociation des fonctions. »
Du point de vue du gouvernement, le ticket président-DG a le désavantage de complexifier la gouvernance « Cela revient à ajouter une nouvelle strate à un râteau de 5 directeurs généraux pour les filiales (Voyageurs, Réseau, Keolis…), juge un ancien ministre. Ça n’a pas de sens. » Mais le poste de PDG, très exigeant, ne suscite pas beaucoup de candidatures. Pour l’instant, Yann Leriche (Getlink) a décliné, tandis que la piste Olivier Brousse (ex-Veolia Transport, Saur) fait son chemin, selon des sources proches du dossier. « C’est la recherche d’un mouton à cinq pattes, estime un bon observateur. Il faut un dirigeant avec le goût des négociations sociales, des échanges avec les élus locaux qui veulent des dessertes de leurs territoires, savoir gérer les relations avec l’État qui réclame à la fois une stabilité des tarifs et des finances à l’équilibre, pas de grève mais pas de hausses de salaires non plus… Il y a une pression politique très forte : vous ne faites que des mécontents et les choses que vous avez bien faites, personne ne vous en sait gré. » La rémunération, certes confortable, est plafonnée à 450 000 euros par an, bien en deçà de ce que gagnent les dirigeants du même calibre dans le privé. « C’est le même montant depuis 2012 !, s’étrangle un industriel. Aucun ministre n’a osé adapter le décret fixant le plafond à la hausse des prix qu’on a connu depuis dix ans. Il ne faut pas s’étonner que le poste suscite si peu de vocations. »
En interne, aucun dirigeant n’a mené campagne. Tous les regards se tournent pourtant vers Marie-Ange Debon, la présidente de Keolis, la filiale de transports publics du groupe, pour incarner une solution de continuité, indiquent plusieurs sources. « Elle coche beaucoup de cases : elle connaît la maison SNCF de l’intérieur et affiche un bon développement pour Keolis, en France comme à l’international, indique un administrateur de la compagnie de chemin de fer. Emmanuel Macron a aussi besoin de nommer une femme à la tête d’une entreprise publique : il n’a pour l’instant sélectionné que des hommes pour ADP, EDF, le CNES ou la Caisse des dépôts… » L’ancienne élève de l’Ena et d’HEC a été approchée par l’entourage Jean-Pierre Farandou pour réaliser un tandem avec lui. Certains estiment d’ailleurs que l’épisode l’aurait décidée à candidater comme PDG. « Elle n’a pas voulu l’officialiser en interne, mais elle a demandé à rencontrer des ministres, indique une source au fait du dossier. Elle prendra ensuite sa décision, si elle n’est pas déjà prise. » Dans son entourage, personne ne dément.
Les discussions avec les ministres (Eric Lombard à Bercy, François Rebsamen aux Territoires et Philippe Tabarot) doivent se poursuivre en avril, pour une décision finale courant mai. Elle sera vraisemblablement prise quelques jours seulement avant la limite de l’assemblée générale de la SNCF.