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Continuer la lectureLa SNCF veut vite trouver un patron pour Keolis… dont l’actionnariat pourrait changer
Offre professionnelleLe groupe ferroviaire a lancé une chasse de têtes pour sa filiale avant même la validation par le Parlement de l’arrivée de Jean Castex à sa présidence. Il veut se tenir prêt en cas de changement au tour de table de Keolis.
Retard de livraison des TGV M, appels d’offres sur les TER et Transilien, sauvetage du train de nuit Paris-Berlin-Vienne, réduction des « difficultés » sur la ligne Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (Polt)... les sujets opérationnels ne manquent pas pour le nouveau PDG de la SNCF. Il y a aussi un dossier corporate que Jean Castex a trouvé en haut de la pile le 3 novembre, en s’installant à son bureau à Saint-Denis. Il s’agit du choix du prochain président de Keolis, dont la SNCF détient 70 % du capital. Cette filiale opère de nombreux réseaux de transports publics en France (Bordeaux, Rennes et Lille et bientôt les lignes 16, 17 et 18 du Grand Paris Express) ainsi que ceux de nombreuses métropoles à l’international (Stockholm, Boston, Shanghai, Doha).
Le poste est vacant depuis que Marie-Ange Debon est partie, le 22 octobre dernier, présider aux destinées du groupe La Poste. C’est le conseil de surveillance de Keolis, présidé par Jérôme Tolot (un ancien de Suez et Engie), qui pilote le choix d’un nouveau président du directoire. Selon nos informations, il a confié dès la mi-octobre un mandat au cabinet de chasse Heidrick & Struggles pour le conseiller sur un processus de recrutement en bonne et due forme. Cela va de la définition du profil privilégié à la réception des candidats et leur classement pour éclairer le choix final.
Selon plusieurs sources, la décision du groupe SNCF d’accélérer le mouvement serait liée à la réflexion en cours chez son partenaire La Caisse (l’ex-Caisse de dépôt et placement du Québec, CDPQ) sur une éventuelle sortie du capital de Keolis, dont la société d’investissement québécoise détient 30 %. « Un changement d’actionnariat se profile pour l’année prochaine chez Keolis, confirme une source proche. C’est nécessaire pour la SNCF d’avoir un pilote bien en place à la tête de sa filiale au moment où son partenaire financier pourrait sortir du tour de table ».
Si la réflexion se confirme, le nouveau dirigeant devra en effet mener les échanges sur le choix d’un éventuel nouveau partenaire ou d’une montée au capital. Cette dernière option est jugée très improbable tant elle pèserait sur les finances de la SNCF, déjà plombées par les dépenses dans la modernisation du réseau ferroviaire. « Cette opération serait très consommatrice de cash et sans intérêt stratégique pour la SNCF, qui contrôle déjà la stratégie de Keolis avec 70 % du capital, juge un banquier. À l’inverse, la difficulté sera grande de faire venir un investisseur qui accepte d’être un gros minoritaire mais sans contrôle. » D’autant plus que le secteur des transports publics ne dégage plus des marges florissantes, les collectivités locales devenant de plus en plus regardantes sur leurs marchés de transport. Keolis, deuxième opérateur français derrière Transdev mais devant la RATP, ne dégageait que 2,2 % de marge opérationnelle en 2024 et 2,3 % l’année précédente.
La Caisse, qui privilégie l’investissement de long terme dans les infrastructures, a entamé une réflexion générale sur une rotation de ses actifs en Europe, pour l’instant sans avoir mandaté de conseil financier pour l’accompagner. Le fonds canadien a déjà cédé cette année sa participation dans le fournisseur d’équipements et services aéroportuaires Alvest, passé sous le contrôle de PAI Partners et Adia. Il pourrait aussi se désengager du réseau d’analyses médicales Biogroup, où une difficile réorganisation du capital est en cours.
Le fonds basé à Québec « reste toutefois attentif à conserver une bonne relation globale avec le système ferroviaire français où il a acquis une position centrale au fil des années », estime un banquier qui le connaît bien. L’ex-CDPQ était entré au capital de Keolis en 2006 aux côtés de l’ex-Axa Private Equity et Pragma Capital et avait ensuite multiplié les prises de participation dans le ferroviaire français : Alstom lors du rachat de Bombardier Transport, Akiem et Ermewa achetés auprès de la SNCF, Eurostar (19,31 % du capital) et Delachaux (43 %). Le fonds avait aussi servi à ouvrir des portes au Canada : il avait fait entrer Keolis et SNCF Voyageurs dans le consortium qui a été sélectionné par le gouvernement fédéral pour réaliser le futur TGV reliant Toronto à Montréal et Québec.
S’il n’en est qu’à ses débuts, le processus de nomination d’un nouveau patron pour Keolis suscite beaucoup d’intérêts en interne à la SNCF. Les regards se tournent en particulier vers Laurent Trevisani, selon plusieurs sources. Choisi pour être PDG par intérim de la SNCF entre l’entrée de Jean-Pierre Farandou au gouvernement, le 12 octobre dernier, et la prise de fonctions de Jean Castex, il vient d’être confirmé à nouveau comme directeur général délégué chargé des finances et de la stratégie, une fonction qu’il occupe depuis 2019. Membre du conseil de surveillance de Keolis, Laurent Trevisani, qui dément aujourd’hui à son entourage toute candidature, pourrait se positionner comme recours en cas d’échec du processus. Il bénéficierait du soutien de Jean-Pierre Farandou. Le directeur de l’activité TGV-Intercités chez SNCF Voyageurs, Alain Krakovitch, serait aussi sur les rangs. Candidat malheureux à la présidence de la SNCF en 2019, il viserait désormais un poste de numéro un. De son côté, Heidrick & Struggles aura à cœur d’ouvrir le jeu à des candidatures extérieures. Il pourrait rencontrer quelques difficultés car, parallèlement, la RATP va se chercher aussi un nouveau président.
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