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Continuer la lecturePrésidence d’ADP : les dessous d’une nomination qui patine
À l’issue d’une sélection pilotée par le comité de nominations du groupe, aucun des trois finalistes pour succéder à Augustin de Romanet ne se démarque. Au moment où le gouvernement est surtout mobilisé par la menace d’une motion de censure, l’Élysée pousse toutefois un nom…
« On n’a pas de prise sur l’issue des discussions à l’Assemblée, donc on continue de faire avancer nos dossiers comme si de rien n’était », philosophe un conseiller ministériel qui suit le processus de sélection du prochain président d’Aéroports de Paris. Depuis une dizaine de jours, les trois candidats retenus en finale ont été auditionnés par les ministres de l’économie, des territoires et des transports, qui assurent la tutelle d’ADP dont l’État détient 50,6 % du capital. Il s’agit d’abord, comme l’a écrit la Lettre de L’Expansion, de Loïc Rocard, le fils de l’ancien premier ministre, président depuis 2017 de la société publique TechnicAtome qui conçoit les réacteurs compacts des sous-marins nucléaires français. Face à lui, on retrouve ensuite Claude Laruelle, ex-directeur général adjoint chargé des finances de Veolia, et par ailleurs administrateur du groupe Vinci, actionnaire minoritaire (8 %) d’ADP. Et enfin, en interne, de Philippe Pascal, actuel directeur général adjoint chargé des finances, de la stratégie et de l’administration.
Mais, face à ces propositions de dirigeants pourtant expérimentés, les ministres n’arrivent pas à se décider, selon nos informations. « Aucun des candidats ne sort du lot », confie un conseiller du gouvernement. Résultat, le dossier s’enlise. Matignon, qui est monopolisé par le possible dépôt d’une motion de censure la semaine prochaine à l’Assemblée nationale, pousse néanmoins pour trouver une solution rapidement. Car Augustin de Romanet, le PDG du groupe aéroportuaire depuis 2012, a indiqué à son conseil d’administration qu’il comptait quitter son mandat au plus tard le 31 décembre. « Le problème est que les candidats proposés ne sont pas au niveau de l’actuel président qui, avant d’atterrir à ADP, était passé par les plus hautes sphères politiques et économiques, comme secrétaire général adjoint de l’Élysée et directeur général de la Caisse des dépôts », confie un observateur. « C’est une short-list dans laquelle il y a deux absents : les femmes et le leadership, cingle de son côté un cadre d’ADP. De belles candidatures ont émergé comme celles de l’ex-numéro deux de BNP Paribas, Marguerite Bérard, et de la directrice d’Orly, Justine Coutard, mais elles ont été écartées. Les trois finalistes ont certes des qualités techniques indéniables mais pour diriger ADP, une entreprise cotée en Bourse qui emploie 28 000 salariés et accueille 330 millions de passagers par an sur quatre continents, il faut aussi une vision stratégique et une capacité d’entraînement. Ça n’a pas été le choix effectué. »
Loïc Rocard, favori de l’Élysée
Le processus de sélection est sévèrement jugé : il a été conduit par les administrateurs du comité de nomination d’ADP, présidé par Sylvia Métayer, et non par l’Agence des participations de l’État. L’organisme dirigé à Bercy par Alexis Zajdenweber a pourtant bâti une expertise dans le choix de dirigeants de haut vol, en orchestrant chaque année de nombreux recrutements pour les entreprises et les établissements publics. Sans candidat qui se détache, Matignon hésite aujourd’hui pour savoir sur quel pied danser, et l’Élysée ne peut pas trancher sans la proposition du premier ministre. Dans cet entre-deux, beaucoup jugent que c’est la candidature de Loïc Rocard qui se détachera au final. « Une partie de la République veut que ce soit Loïc Rocard depuis le début, c’est le candidat de l’Élysée », confie un acteur du dossier, qui note la proximité intellectuelle et professionnelle de l’ingénieur des Ponts avec Alexis Kohler, le secrétaire général de la présidence de la République. Ils étaient chacun en cabinet ministériel pendant le quinquennat de François Hollande : Loïc Rocard comme conseiller transports, environnement, énergie, logement à Matignon auprès de Manuel Valls, et Alexis Kohler à Bercy en tant que directeur adjoint du cabinet de Pierre Moscovici puis directeur de celui d’Emmanuel Macron. Cette solution disponible ne serait toutefois pas du goût de l’actuel PDG d’Aéroports de Paris, avec qui « un contentieux lourd », s’est noué à l’époque où Loïc Rocard officiait à Matignon, selon plusieurs sources.
Avec un processus enlisé, le risque est pointé chez ADP que l’entreprise se trouve sans mandataire social au 1er janvier, à la suite des départs du PDG et du directeur général délégué, Edward Arkwright, qui rejoindra en janvier le promoteur immobilier Altarea. « Le gouvernement s’agite désormais pour savoir s’il doit demander à Augustin de Romanet de se maintenir un peu plus longtemps ou s’il faut trouver en urgence un mandataire social en interne », affirme un proche du groupe. Reste la possibilité de faire sortir du chapeau une personnalité en dehors du processus officiel, même si cette option peut faire l’objet de recours contentieux de la part des actionnaires privés d’ADP (Vinci, Crédit agricole, le fonds souverain émirati Adia ou le canadien CPP Investments). Bruno Angles, le directeur général d’AG2R La Mondiale qui n’a pas été auditionné par le comité des nominations, a fait savoir qu’il était toujours intéressé par le poste.