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Nuisances aéroportuaires : un préfet de droite en piste pour la présidence de l’Acnusa

Un expert des relations avec les collectivités locales devrait être proposé pour succéder Gilles Leblanc à la présidence de l’autorité administrative, notamment chargée d’infliger des amendes aux compagnies aériennes.

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THIERRY ZOCCOLAN / AFP

Le répit pourrait être de courte durée pour les compagnies aériennes. L’Acnusa, l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, devrait en effet avoir un président de plein exercice d’ici la fin de l’année, ce qui lui permettrait de prononcer à nouveau des sanctions contre celles qui contreviennent aux horaires de couvre-feux comme aux règles environnementales. L’an dernier, Easyjet avait par exemple écopé de 1,8 million d’euros d’amendes, Volotea de 1,5 million et Air France et sa low cost Transavia de 1,1 million au total. À la suite de la fin de mandat de son président Gilles Leblanc, en avril dernier, l’autorité indépendante a choisi de ne plus prononcer de sanctions en attendant qu’Emmanuel Macron nomme un successeur de plein exercice. Pour la première fois en septembre, son collège n’a pas tenu sa réunion mensuelle en « formation juridiction » et cela pourrait se renouveler au moins jusqu’en décembre. « Le dossier est en haut de la pile, répond une source ministérielle. Chacun est conscient que cette situation de vacance à la tête de l’Acnusa ne peut s’éterniser », car les dossiers en souffrance s’accumulent.

Selon nos informations, le gouvernement s’apprête à proposer la candidature du préfet Pierre Monzani pour prendre la présidence de l’Acnusa. Âgé de 66 ans, cet ancien élève de Normale Sup’ et de l’Ena est un expert des collectivités territoriales : il fut préfet de l’Allier et de la Seine-et-Marne (où il a eu l’expérience des nuisances aéroportuaires car plusieurs communes du département sont à proximité des aéroports de Roissy et d’Orly). Il a également été directeur général de l’Association des départements de France quand l’ex-secrétaire d’État aux transports, le toujours très influent Dominique Bussereau (LR), en était le président. Pierre Monzani est, depuis 2021, membre du Conseil supérieur de l’appui territorial et de l’évaluation, l’instance du ministère de l’intérieur qui intervient en soutien des préfets et procède à leur évaluation. « C’est un grand serviteur de l’État, indique un conseiller de l’exécutif. Pierre Monzani aura l’autorité personnelle pour faire entendre la voix des riverains des aéroports et de leurs élus auprès des services de la DGAC », la direction générale de l’aviation civile qui a la tutelle des aéroports français.

« Il n’a certes pas l’expérience des sujets aéroportuaires que certains pourraient attendre, observe une source au sein de l’Acnusa. Mais un président issu du corps préfectoral aura une connaissance fine des enjeux territoriaux : c’est une dimension cruciale pour l’Autorité, qui est chaque jour au contact des élus, des associations de riverains et des préfets ». Celle-ci n’a pas seulement la responsabilité d’infliger des sanctions : elle a aussi pour mission de contrôler les nuisances sonores et environnementales, d’organiser la concertation avec les riverains et les exploitants d’aéroports et d’élaborer des recommandations pour réduire les nuisances.

Malgré ces louanges, l’engagement politique à droite de Pierre Monzani pourrait compliquer sa nomination. Proche de l’ancien ministre Charles Pasqua, il a été membre de son cabinet à plusieurs reprises et il a plus tard cosigné avec lui un ouvrage en faveur des primaires à droite. Ex-directeur du cabinet du commissaire général au Plan Henri Guaino, il a été aussi porte-parole puis président de 2013 à 2015 de la Droite libre, un courant conservateur associé à l’ex-UMP, et membre de l’association « Les Amis de Nicolas Sarkozy ». Tête de liste aux élections européennes de 2004 sous la bannière « Pasqua, la France en tête », il ne sera pas élu. En 2011, il avait témoigné, comme l’a relaté Libération, en faveur de l’ex-éditorialiste Éric Zemmour alors jugé pour provocation à la haine raciale, plaidant alors pour des statistiques ethniques afin d’analyser la criminalité. Il a rompu depuis avec le candidat à l’élection présidentielle en 2022. « Pierre Monzani a le soutien de la DGAC et du ministre des transports François Durovray, balaie un de ses proches. C’est un homme de dialogue dont la candidature était d’ailleurs déjà soutenue au printemps par le gouvernement précédent » de Gabriel Attal.

Le candidat doit encore obtenir le soutien de plusieurs ministres, dont Catherine Vautrin (partenariat avec les territoires), et Agnès Pannier-Runacher (transition écologique), avant que Michel Barnier ne transmette la proposition à l’Élysée. Et rien ne dit qu’Emmanuel Macron accepte de nommer un préfet si marqué politiquement. Les difficultés ne s’arrêtent pas là : le candidat à la présidence de l’Acnusa devra aussi être auditionné par les commissions du développement durable de l’Assemblée nationale et du Sénat et obtenir leur aval. « Son profil pourrait passer plus facilement auprès d’un Parlement dont l’orientation penche plutôt à droite », juge un proche du dossier. Si le « jeu à trois », entre l’Elysée, Matignon et le Parlement, qui s’est établi pour les nominations aux hauts postes de l’État reste périlleux, Jean Castex a réussi, dernièrement, à obtenir son renouvellement à la présidence de la RATP, de même que Philippe Mauguin à la tête de l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae).