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Continuer la lectureCDPQ veut se retirer de Delachaux… et patine sur Keolis
Après avoir multiplié les prises de participation dans le secteur des transports français (Alstom, Eurostar…), le fonds de pension québécois veut aujourd’hui s’alléger.
Le secteur ferroviaire français observe avec inquiétude un de ses partenaires les plus solides, présent dans l’Hexagone depuis 1984, s’interroger sur le maintien de ses positions. Car la Caisse, nouveau nom de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), a engagé une vaste revue de ses actifs ho...
La réflexion en cours touche depuis quelques mois sa participation de 30 % au capital de Keolis, l’opérateur de transports publics contrôlé par la SNCF (70 % du capital). Entré au tour de table de ce dernier en 2006, l’investisseur cherche activement un repreneur, comme l’Informé l’avait déjà évoqué, mais les discussions patinent. Car les résultats de Keolis ne sont pas florissants : en 2025, son chiffre d’affaires s’est contracté de 7,1 % et, si le groupe reste bénéficiaire avec une marge nette de 33 millions d’euros, celle-ci ne représente que 0,4 % du chiffre d’affaires.
Pour ne rien arranger, sa gouvernance rebute aussi les investisseurs privés qui ont regardé le dossier. « Qui va oser dépenser beaucoup de cash pour détenir une participation minoritaire à côté d’un mastodonte industriel comme la SNCF, très lié à l’État français et dont le PDG (Jean Castex, ndlr) est un ancien premier ministre ?, s’interroge un financier. Le marché du transport public est très concurrentiel et on ne voit pas quels axes Keolis pourrait trouver pour redresser rapidement son résultat afin d’intéresser un fonds d’investissement. » Par ailleurs, la SNCF ne compte pas non plus racheter la participation minoritaire pour monter à 100 %, les comptes de Keolis étant déjà consolidés dans ceux du groupe. L’Agence des participations de l’État s’y oppose, préférant que le groupe investisse son cash disponible dans les lourds travaux de rénovation du réseau ferré. « La Caisse serait déjà heureuse de parvenir à céder cet actif, quitte à abaisser ses prétentions », ajoute un industriel, qui estime qu’une vente « ne pourrait intervenir qu’à prix cassé ».
Ces difficultés n’empêchent pas La Caisse de continuer sa revue d’actifs. Sa participation dans Alstom n’en fait pas partie, d’autant moins depuis que le Français a racheté le champion national Bombardier Transport en 2021. Les participations les plus récentes, comme les loueurs de trains Ermewa ou Akiem, considérés comme des gestionnaires d’infrastructures, ne sont pas non plus remises sur le marché aujourd’hui.
Selon nos informations, le fonds de pension envisage surtout une cession de sa participation de 43 % au capital de Delachaux, un groupe industriel français, leader mondial sur des technologies de niche. Créé en 1902 autour de la production de tramways, il a conservé une expertise dans les infrastructures ferroviaires, comme les systèmes de fixation des rails et l’électrification. Concentrée dans sa filiale Pandrol, cette activité réalise aujourd’hui la moitié du chiffre d’affaires du groupe (un peu plus d’1 milliard d’euros en 2025, avec une marge d’exploitation, pour 2024, estimée à 16,1 % par S&P Global). L’industriel, présidé par Stéphane Delachaux, un descendant du fondateur, est aussi présent dans les systèmes de gestion d’énergie et de données et la production de chrome métal. Il compte 3 400 salariés dans le monde.
La famille a d’abord fait entrer CVC Capital Partners à son tour de table en 2011, lui permettant de sortir de l’entreprise de la cote à la Bourse de Paris. En 2018, Delachaux a voulu se réintroduire sur Euronext en plaçant une fraction des parts de CVC. Mais le retour en Bourse avait été annulé au dernier moment au profit d’une prise de participation par CDPQ. La Caisse a alors mis la main sur 43 % du capital aux côtés du family office des héritiers, le véhicule luxembourgeois Ande Investissements (56,45 %) et le management (0,55 %). L’opération aurait valorisé Delachaux jusqu’à 1,5 milliard d’euros alors que le groupe réalisait, en 2017, 841 millions d’euros de chiffre d’affaires pour une marge opérationnelle de 13 %.
« On arrive au bout d’un cycle, observe une source proche du dossier. Huit ans après son entrée au capital, il n’est pas anormal que CDPQ prépare sa sortie. Comme l’entreprise est très bien gérée, le fonds pourra très bien valoriser son investissement. » Plusieurs options s’offrent à la famille : soit accueillir un nouveau partenaire financier, soit racheter la part détenue par le québécois. La deuxième solution pourrait être préférée : les héritiers Delachaux (151e fortune française selon le classement du magazine Challenges) pourraient s’appuyer sur les dividendes exceptionnels distribués dans la foulée de la vente, en 2025, de son activité de signalisation ferroviaire (Frauscher) pour un montant de 675 millions d’euros. La famille était conseillée sur cette opération par la banque Hottinguer. Cette dernière assiste également le clan sur le projet de retrait de La Caisse.
Le président du groupe industriel, Stéphane Delachaux, n’avait pas caché que la cession de Fraucher « sera l’occasion de renforcer le contrôle familial sur Delachaux, garant de la stabilité et de la pérennité du groupe à long terme. » Il pourrait toutefois choisir de ne pas consacrer la totalité du produit de la vente à l’acquisition des 43 % détenus par CDPQ. Une solution pour la famille serait de monter au capital tout en conservant un partenaire extérieur, détenteur d’une participation beaucoup plus réduite. « La famille pourrait y être contrainte si l’estimation de la valeur de Delachaux réalisée par CDPQ venait à s’envoler », ajoute un expert financier.
Interrogés, SNCF, La Caisse et Delachaux n’ont pas souhaité apporter de commentaires.