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Continuer la lectureArdian lance les enchères sur le logisticien Staci
Si le dossier a été proposé à des grands groupes, la piste d’un rachat par un autre fonds tient désormais la corde. L’actionnaire en voudrait un milliard d’euros.
Le dossier Staci avance. Comme l’avait révélé L’Informé mi-octobre, le fonds Ardian a mandaté Bank of America et la Société Générale pour céder ce logisticien de 2 500 salariés et d’une soixantaine d’entrepôts. Selon nos informations, les enchères pour emporter sa participation majoritaire vont bient...
Ardian aurait préalablement testé l’appétit de gros acteurs de la filière transport-logistique : le sujet aurait notamment été proposé en fin d’année 2022 au danois Maersk, au suisse MSC, à l’américain XPO ainsi qu’à BPost (la poste belge). Mais aucun d’entre eux ne se serait positionné, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils aient refermé définitivement le dossier. « Après une phase d’acquisitions assez soutenue, les grands groupes du secteur freinent le mouvement, d’autant que les prix du fret ont chuté, note un banquier d’affaires. Certains estiment avoir surpayé leurs acquisitions récentes. » En outre, selon plusieurs observateurs, un adossement de Staci à un plus gros intervenant du secteur ne serait pas non plus si évident, alors que son expertise reste assez éloignée de l’activité des ténors de la logistique. Le groupe a en effet pour particularité d’alimenter un réseau extrêmement dense de petits points de vente. Il maîtrise des flux exigeant un savoir-faire spécifique : volumes faibles ou irréguliers, prise en charge de marchandises au format non-standard, gestion d’articles sans codes-barres…
Ardian espère que l’opération valorisera Staci au moins un milliard d’euros, contre un peu plus de 600 millions à son entrée au capital en 2019. Cet objectif doit être directement comparé avec l’Ebitda du groupe, qui s’élèverait à environ 80 millions d’euros avant les retraitements liés à la norme comptable IFRS 16. Or, ces derniers pèsent lourd chez un logisticien qui a souscrit de nombreux contrats de location pour ses entrepôts : de tels ajustements gonflent l’excédent brut en ne retenant pas dans son calcul les loyers payés par une entreprise, ils sont désormais comptabilisés au bilan, comme de la dette.
Cette vente pourrait contribuer à réveiller un marché du LBO qui a terminé 2022 sur un fort repli : selon le site spécialisé Unquote, les fonds ont annoncé 37 milliards d’euros de transactions au quatrième trimestre en Europe, très loin des 83 milliards des trois derniers mois de 2021…Face aux incertitudes conjoncturelles, et alors que les taux d’intérêt remontent, les acheteurs sont très prudents et peinent à réunir de la dette dans de bonnes conditions pour leurs opérations. Dans les LBO, les acteurs private equity apportent une partie du financement nécessaire sous forme de fonds propres, le reste correspondant à de l’endettement.
Lever de la dette, mode d’emploi
Pour emporter ce dossier à un milliard d’euros, les prétendants devront lever une dette de plusieurs centaines de millions d’euros. En règle générale, une poignée de banques garantissent l’émission du financement, à charge pour elles de trouver sur le marché d’autres établissements ou des fonds de dette prêts à participer au pool de prêteurs d’une opération - c’est ce qu’on appelle le processus de syndication. Et si elles échouent à trouver des contreparties, les banques principales (on les appelle les “arrangeuses”) doivent apporter elles-mêmes le prêt. Pour ne pas se retrouver dans cette situation, elles peuvent se décider de “brader” la dette, ce qui peut se traduire par des pertes pour elles… Plutôt que de passer par des banques, un investisseur qui veut monter un LBO peut aussi choisir d’aller directement taper à la porte de fonds obligataires, dits “unitranches”. Mais parmi ces derniers, peu sont capables de mobiliser plusieurs centaines de millions d’euros, à eux seuls. Dernière solution : un fonds de private equity peut financer lui-même à 100 % un deal, quitte à le refinancer partiellement avec de la dette plus tard. C’est par exemple le modèle qu’a choisi KKR contre toute attente pour prendre le contrôle du courtier April, valorisé 2,3 milliards d’euros fin 2022.