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Continuer la lectureVente de Globecast : les élus du personnel attaquent Orange en justice
Ils reprochent à la direction de l’opérateur d’avoir découvert dans l’Informé le projet de cession de cette filiale de retransmission vidéo. Deux procès sont lancés et pourraient ralentir son rachat en cours par le fonds Verdoso.
Les syndicats de Globecast voient rouge. Cette filiale d’Orange dédiée à la retransmission des flux vidéos par satellites pour des plateformes télé et les salles de cinéma est en train d’être cédée à Verdoso, un fonds d’investissement français spécialisé dans le redressement d’entreprises en perte de vitesse. Un processus d’information - consultation des élus du Comité social et économique (CSE) a débuté le 15 avril et doit se boucler vers le 9 juin mais la tension est montée ces dernières semaines. Deux plaintes ont été déposées par le CSE, la première en référé et la seconde en procédure accélérée au fond, toutes deux devant le tribunal judiciaire de Nanterre, a appris l’Informé.
Dans la plainte en référé, les élus estiment que la direction aurait dû les informer du processus de vente de la filiale bien avant l’entrée en négociations exclusives avec le fonds Verdoso annoncée le 24 mars dernier. Ils soulignent avoir découvert dans l’Informé, courant octobre, ce projet de cession et avoir été maintenus dans l’ignorance durant plusieurs mois de l’avancée des discussions malgré leurs demandes répétées. Ils réclament donc d’accéder « à la liste des candidats repreneurs et à leurs projets » et souhaitent « la réouverture de l’appel d’offres concernant la reprise » de la société. L’information - consultation en cours devrait donc être suspendue, le temps d’étudier ces nouveaux éléments. Faute de quoi, ils exigent le paiement d’astreinte journalière à laquelle s’ajoutent 20 000 euros de « provisions sur dommages et intérêts en réparation de la déloyauté de la procédure ».
Dans la seconde saisine, le CSE conteste le refus de la direction de transmettre des documents jugés essentiels à l’expert mandaté par les élus et travaillant sur le projet de cession. Le cabinet Secafi réclamait l’accès à 18 documents mais la direction a refusé d’en transmettre cinq, estimant ces demandes injustifiées. Elles concernent toutes les offres remises par l’ensemble des prétendants au rachat de Globecast dont celle de Verdoso - avec son business plan et son plan de financement. Si ces nouveaux éléments sont finalement fournis, leur étude devrait rallonger de deux mois la période d’information-consultation. Enfin, le CSE réclame 10 000 euros de dommages et intérêts en réparation du préjudice subi par cette entrave.
Le dossier est socialement sensible car l’État est toujours le premier actionnaire d’Orange avec plus de 23 % du capital. Mais il faut dire que les résultats de Globecast ne cessent de se dégrader. Selon nos informations, le chiffre d’affaires 2025 est en recul de 5 % à 88,9 millions d’euros tandis que le résultat courant, malgré une très légère amélioration de 1,2 %, reste dans le rouge, à -14,46 millions d’euros. Afin d’éponger les pertes cumulées des dernières années et de reconstituer les fonds propres de sa filiale, le groupe a même acté début juin une augmentation de capital de 40,2 millions d’euros avant de clore la cession à Verdoso. « Cette situation nous a déjà fait perdre un appel d’offres lancé par TV5 Monde car les critères financiers sont pris en compte dans le choix final du client », regrette un salarié.
Cette recapitalisation est surtout une soulte pour le futur propriétaire qui s’est déjà engagé à ne pas réaliser de licenciements collectifs dans les 18 mois suivant la reprise. En principe, la cession devrait être bouclée en octobre prochain, le temps d’obtenir le feu vert de diverses autorités en dehors de France. Présente dans sept pays (France, Italie, États-Unis, Royaume-Uni…), la filiale possède un téléport à Sainte-Assise (Seine-et-Marne), une station terrestre reliée aux satellites - et utilisée notamment par Amazon Leo.
Globecast compte à ce jour 186 salariés, dont 38 ont le statut de fonctionnaires (hérité de l’époque France Télécom) : ils devront donc être reclassés dans la maison mère. Pour les autres, les nouvelles conditions de travail et la perte de nombreux avantages (participation, intéressement…) suscitent des inquiétudes. Contacté, Orange n’a pas souhaité faire de commentaire.