Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Tech - Télécom

Pour Orange et Publicis, Voilà c’est fini

L’ancien portail de France Télécom avait été relancé en 2022 comme plateforme en ligne d’événementiels. Mais la coentreprise a fermé ses portes en catimini.

Stéphane Richard (Orange), à gauche, et Maurice Lévy (Publicis), à droite, s’étaient déjà associés dans trois fonds d’investissement en 2012.
Stéphane Richard (Orange), à gauche, et Maurice Lévy (Publicis), à droite, s’étaient déjà associés dans trois fonds d’investissement en 2012. ERIC PIERMONT / AFP

Ce devait être une licorne, selon ses créateurs : la première start-up française valorisée plus d’un milliard d’euros dans l’événementiel en ligne ! Mais les ambitions affichées par les dirigeants d’Orange et de Publicis en mars 2022 lors de la création de la coentreprise Voilà (détenue à 50/50 par les deux groupes) ont fait long feu. Après avoir annoncé la nouvelle en juin 2024 à ses salariés, la direction a finalement décidé de mettre la clef sous la porte fin décembre dernier. Le site Internet Voila.events est désormais inaccessible et la joint-venture est en cours de dissolution, a constaté l’Informé. Pourtant, à l’époque, Stéphane Richard, alors directeur général d’Orange, et Maurice Lévy, président du conseil de surveillance de Publicis, étaient confiants au point d’aligner une mise de départ d’une vingtaine de millions d’euros. Leur projet commun n’était pas le fruit du hasard : les deux hommes se connaissaient bien. En 2012, ils s’étaient associés dans trois fonds d’investissement avec Iris Capital pour soutenir des jeunes pousses notamment en France et en Europe.

Retour en 2022. Après la crise du Covid et les confinements qui ont porté un coup d’arrêt aux grandes manifestations en présentiel (séminaires, congrès etc.), Maurice Lévy et Stéphane Richard pensent que les entreprises ont changé de paradigme avec un avenir prometteur pour les événements en ligne et les webinaires. Et ils visent haut. « Nous avons constaté que les solutions technologiques actuelles n’apportaient pas la réponse émotionnelle, participative et humaine que sont la signature de ces grandes rencontres. Voilà sera donc à la fois une aventure entrepreneuriale, humaine, d’innovation entre nos deux groupes pour permettre une approche plus interactive et plus participative dont tous les organisateurs d’événements virtuels ont besoin », avance à l’époque Maurice Lévy.

De son côté, Orange promet alors d’apporter une qualité visuelle en haute définition pour rassembler jusqu’à 100 000 participants en ligne et « une interactivité enrichie (sondages, chat, Q&A, etc.) via un affichage direct sur le live. » Mais le projet ne décolle pas. Parmi les quelques groupes au départ séduits par le concept comme Heinz et Engie, peu choisissent de travailler régulièrement avec la start-up. « Nous n’avons pas réussi à fidéliser les clients », regrette une ex-salariée auprès de l’Informé. Affichant un chiffre d’affaires de seulement 481 000 euros en 2023, Voilà voit ses pertes s’envoler à hauteur de 5,52 millions d’euros la même année ! Dont acte : dès 2023, Publicis déprécie la valeur de ses parts dans la coentreprise de 71 %, passant de 8,1 à 2,3 millions d’euros. Olivier Armbruster, président de la structure, est révoqué au début de cette même année par le conseil d’administration. « La volonté affichée au départ était trop ambitieuse, analyse a posteriori l’ex-employée. Nous étions trop nombreux pour une jeune pousse ! ». D’une quarantaine de personnes au lancement, l’entreprise n’en comptait plus qu’une quinzaine à la fin. Si une moitié a été reclassée au sein des deux maisons mères de Voilà, l’autre moitié a fait les frais de licenciements économiques. « Le marché était très prometteur mais la concurrence féroce des plateformes (Teams de Microsoft ou Zoom) et la guerre des prix dans ce secteur ont eu raison du projet, indique une source proche du dossier. Le pari a été tenté et n’a malheureusement pas réussi malgré un gros travail d’accompagnement des clients ».

C’est donc une seconde mort pour Voilà. Lancé comme moteur de recherche par France Télécom en juillet 1998, quelques mois avant Google, il s’est transformé ensuite en portail avant de fermer en 2016. Interrogés, Orange et Publicis n’ont pas souhaité faire de commentaires.