Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Tech - Télécom

Orange, Free et Bouygues Telecom finalisent une nouvelle offre sur SFR

Une proposition améliorée devrait être faite dans les prochaines semaines. Plusieurs obstacles juridiques ont été levés, mais le prix proposé reste un sujet déterminant.

Photo
Apaydin Alain / Apaydin Alain/ABACA

« On vient d’entrer dans les arrêts de jeu ». Pour le dirigeant d’un des quatre opérateurs télécoms, le temps presse pour racheter SFR. Après avoir essuyé un premier refus en octobre dernier, les dirigeants du consortium constitué d’Orange, Bouygues Telecom et de Free sont en train de boucler leurs discussions pour formuler une nouvelle offre plus élevée, a appris l’Informé. « C’est une question de quelques semaines pour savoir si on y va ou pas », indique un prétendant. En effet, Orange veut finaliser l’acquisition de MasOrange en Espagne avant la fin du premier semestre, opération qui modifiera la structure de son chiffre d’affaires en dehors de France. Après cela, le rachat de SFR devrait probablement être soumis aux autorités de concurrence européennes, et non françaises, comme l’avait expliqué l’Informé.

Déjà, plusieurs obstacles ont été levés. Longtemps, les parties ont été en désaccord sur les modalités de la reprise : SFR devait-il être cédé en un seul bloc, ou bien vidé de sa substance lors d’une vente à la découpe, chaque acquéreur reprenant uniquement les branches d’activités qui l’intéressent ? Dans le premier cas, la société SFR serait finalement détenue par le trio d’acquéreurs, tandis que dans le second, elle deviendrait une coquille vide toujours dans les mains de Patrick Drahi. Depuis, un accord acceptable par Patrick Drahi serait intervenu sur ce point d’apparence technique, qui cache un enjeu important : qui devra assumer in fine le passif de SFR, notamment les procès en cours et les risques financiers qui en découlent ? Cela comprend par exemple 1,1 milliard d’euros de redressements fiscaux notifiés suite à différents tours de passe-passe avec la TVA. À cela s’ajoute une série de litiges que SFR a provisionnés à hauteur de 196 millions d’euros. Et ce n’est pas tout. Les trois acquéreurs craignaient aussi de découvrir des « cadavres dans le placard » liés aux malversations dont est accusé l’associé de Patrick Drahi, Armando Pereira, mis en examen par la justice portugaise pour « blanchiment et corruption ». Mais le polytechnicien a pris soin de régler certains dossiers chauds ces derniers mois, comme nous l’avons révélé.

Le principal sujet concerne évidemment le prix, tout particulièrement pour Bouygues Telecom qui devrait reprendre le plus d’actifs. En octobre, le trio avait proposé 17 milliards d’euros (dont 43 % payés par la filiale de Bouygues) pour reprendre l’essentiel des actifs, la valorisation totale atteignant 21 milliards pour l’ensemble. Un montant insuffisant pour Patrick Drahi, qui a fixé implicitement un prix plancher de 23,6 milliards d’euros, au-delà duquel l’accord des créanciers ne serait plus nécessaire pour boucler l’opération. Depuis, le trio prépare donc une offre plus élevée et reprenant un périmètre plus large. Pourtant, les représentants du vendeur, notamment Dexter Goei et Malo Corbin, ont fait mine de vouloir arrêter il y a quelques semaines les pourparlers avant de se raviser. « Ils sont très durs dans les négociations, alors que ce sont eux qui ont le plus à perdre », s’étonne un des acheteurs.

Pas totalement exact. En cas d’échec, les acheteurs, Orange et Bouygues, subiraient le contrecoup en Bourse, leur cours étant porté depuis des mois par la perspective d’une consolidation.

Du côté du vendeur, plusieurs options resteront ouvertes en cas d’échec. D’abord, une vente à la découpe déjà testée auprès de fonds d’investissement ou d’opérateurs télécoms alternatifs. Des repreneurs potentiels se sont déjà manifestés pour reprendre son réseau d’infrastructure, NetCo, ou ses activités entreprises SFR Business. « Et les membres du trio, une fois l’échec du consortium acté, pourraient, eux aussi, se porter acquéreurs individuellement de certaines activités, et se retrouver en concurrence entre eux », estime un proche du dossier.

En théorie, Patrick Drahi peut aussi toujours tenter un rachat en bloc par un acteur étranger - les noms d’Etisalat, STC, KKR… ont circulé. Mais un nouvel entrant proposera un chèque forcément bien moins élevé, car une telle opération ne réduira pas le nombre d’opérateurs, et ne créera aucune synergie (hausse des prix, baisse des investissements et des effectifs…).  En octobre dernier, les analystes de JP Morgan estimaient ainsi que SFR valait 20,5 milliards en se vendant à ses trois concurrents, mais seulement 16,1 milliards d’euros sans consolidation, soit 5 fois l’Ebitda (excédent brut d’exploitation) prévu en 2027, qui est le ratio moyen du secteur.

Une dernière option serait de renoncer à vendre SFR. Mais elle semble être de moins en moins réaliste. L’opérateur au carré rouge doit toujours faire face à une dette de 16 milliards d’euros, et ses performances commerciales ne cessent de se dégrader. Le chiffre d’affaires a baissé de 9,3 % au troisième trimestre à 2,26 milliards d’euros, et l’Ebitda a reculé de 11,4 % à 764 millions d’euros. Pis encore, dans sa dernière note, l’agence Standard & Poor’s prédisait que l’Ebitda allait continuer à décliner jusqu’en 2026, que les cashs flows opérationnels libres resteraient négatifs jusqu’en 2027, et donc que la structure financière de l’opérateur n’était pas viable à long terme.

Contactée, aucune des quatre sociétés n’a souhaité faire de commentaire.