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Le président de la CFE-CGC d’Orange soupçonné de conflits d’intérêts et pratiques frauduleuses

Le président du premier syndicat du groupe, Sébastien Crozier, est entendu ce jour par un cabinet juridique mandaté par la direction de l’opérateur télécoms. L’enquête a été lancée par celle-ci à la suite d’une lettre adressée par un syndicat concurrent.

Sébastien Crozier, président de la CFE-CGC d’Orange,  est visé par une enquête interne.
Sébastien Crozier, président de la CFE-CGC d’Orange, est visé par une enquête interne. Pierrot Patrice / Pierrot Patrice/ABACA

Orange toujours amère. Les tensions internes chez le premier opérateur de télécommunications en France ne s’apaisent pas. Selon nos informations, l’actuel président de la section CFE-CGC de l’opérateur et administrateur salarié, Sébastien Crozier, est entendu ce mercredi par le cabinet d’avocat Stephenson Harwood. Cette audition vient clore une enquête de plusieurs mois ouverte par la direction du groupe après la réception d’une lettre d’un syndicat concurrent en fin d’année dernière. La missive s’interroge sur les pratiques de la première force syndicale au sein de l’opérateur et de son dirigeant. Les investigations concernent des soupçons de conflits d’intérêts et de pratiques frauduleuses touchant la CFE-CGC d’Orange.

Deux sujets principaux sont pointés du doigt. Le premier concerne les liens étroits de certains élus CFE-CGC avec Ripple Digital, une jeune pousse basée à Toulouse. Au côté de Stéphane Richard et Bruno Mettling, respectivement ancien PDG et ancien DRH d’Orange, plusieurs cadres du syndicat sont actionnaires de cette société. Sébastien Crozier bien sûr, mais aussi deux ingénieurs, détachés syndicaux et porteurs de mandat. Ceux-ci travailleraient à son développement durant des heures de délégation syndicale, aux frais de l’opérateur donc. L’entreprise a été fondée en 2023 par une ex-déléguée de la CGC d’Orange, Christel Clamouse, et développe des applications pour les ressources humaines.

Le second sujet porte sur l’Institut des savoirs et des talents (IDSEDT), un organisme de formation détenu par la CFE-CGC d’Orange (à plus de 70 %) et le cabinet Secafi. « Il s’avérerait que les formations dispensées au titre de l’IDSEDT mais réalisées par Secafi seraient facturées (à Orange ndlr) a minima 30 % plus chères que celles, identiques, qui figurent au catalogue de Secafi. Ce serait alors une façon de siphonner les ressources de l’entreprise », indique la lettre à l’origine de cette enquête. Dans le cadre de ces formations, les locaux d’Orange seraient utilisés. « Il paraît évident que l’IDSEDT réaliserait des économies substantielles », ajoute la missive, obtenue par l’Informé. Dans ce cadre, deux personnes du syndicat seraient « dédiées à cette gestion ».

Interrogé, l’opérateur télécoms n’a pas souhaité faire de commentaires sur une enquête en cours. De son côté, Sébastien Crozier ne nous a pas répondu. Mais cette affaire tombe au plus mal pour lui qui brigue un nouveau mandat. Il dirige depuis près de vingt ans la CFE-CGC qui doit renouveler dans les prochains mois ses instances dirigeantes dont son président. Par ailleurs, il a reçu un avertissement disciplinaire de la part de la direction des ressources humaines du groupe après plus de dix signalements de salariés sur son comportement.

Cette enquête commandée par la direction est donc un nouveau signe de la dégradation des rapports entre le nouveau management et le principal syndicaliste de l’opérateur, qui contraste avec la grande proximité entretenue sous le magistère de Stéphane Richard.