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SFR : pourquoi Orange, Bouygues et Free ont intérêt à boucler le deal avant fin mars

Le trio préfèrerait que cette acquisition d’environ 20 milliards d’euros passe devant l’Autorité de la concurrence plutôt que la Commission européenne. Tout pourrait changer dans six semaines.

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EMMA DA SILVA, SAMEER AL-DOUMY, ERIC PIERMONT, DENIS CHARLET / AFP

Le temps presse pour le rachat de SFR (groupe Altice France) par ses concurrents Orange, Bouygues Telecom et Iliad. Car d’ici à la fin mars, l’identité du gendarme de la concurrence chargé de valider cette opération XXL (autour de 20 milliards d’euros) pourrait changer. Pour l’heure, aucune offre formelle n’a été déposée mais la question de savoir qui de la Commission européenne ou de l’Autorité de la concurrence française examinera ce rachat commence déjà à se poser.

La réponse dépend de la ventilation du chiffre d’affaires. Si l’acquéreur réalise dans l’Hexagone plus des deux tiers de ses revenus européens, alors l’examen relève des sages de la rue de l’Échelle à Paris. Sauf que la vente de SFR représente un cas inédit, avec une alliance de trois acquéreurs aux profils très différents. Surtout, la répartition du chiffre d’affaires d’Orange va être modifiée d’ici fin mars lorsque l’ex-France Télécom clôturera le rachat des 50% qu’il ne détenait pas encore dans MasOrange en Espagne. Dès lors, l’Hexagone représentera moins des deux tiers des revenus de l’opérateur historique sur le Vieux Continent. Une nouveauté pour Orange alors que c’est déjà le cas pour le groupe NJJ/Iliad de Xavier Niel [actionnaire de l’Informé ndlr], présent en Italie, en Pologne ou en Irlande. Résultat : passé fin mars, deux des trois acquéreurs devraient notifier l’opération à la Commission européenne. Seul Bouygues, dont l’essentiel du revenu provient de l’Hexagone, relèverait alors d’un examen à Paris. « Mais en droit européen des concentrations, la logique est celle du guichet unique. Le dossier devrait donc être examiné soit par l’autorité tricolore, soit par la Commission, pas par les deux en parallèle », souligne un avocat.

En clair, après fin mars, l’opération serait probablement étudiée outre-Quiévrain puisque deux des trois acquéreurs en auraient l’obligation. De quoi inquiéter un banquier d’affaires sur la suite des événements. « Si le rachat de SFR doit être évalué là-bas, il pourrait y avoir des stop-and-go, rallongeant le processus de décision, sans compter l’incertitude concernant leur doctrine sur le passage de quatre à trois opérateurs ». Davantage tournée vers l’intérêt des consommateurs et les prix bas dans les télécoms, l’Europe a longtemps refusé des consolidations visant à réduire le nombre d’acteurs dans les pays. Les opérateurs estiment pouvoir mieux exercer leur lobbying auprès de l’anti-trust parisien que de son homologue européen.

Certains participants aux négociations tempèrent toutefois la deadline de fin mars : « Orange pourrait sans doute repousser le closing [finalisation] de MasOrange pour gagner un peu de temps » explique d’abord un banquier. Et pour une autre partie prenante, même si le dossier tombe à Bruxelles, les acquéreurs ou l’Autorité de la concurrence pourront toujours demander un rapatriement à Paris. La Commission donne généralement suite aux demandes de l’autorité parisienne, étant donné le respect dont elle bénéficie. « Si une offre de reprise de SFR est formulée avant fin mars, tant mieux. Il faut que les choses avancent. Mais si ce n’est pas le cas, cela ne remet pas en cause la suite », relativise un participant aux négociations.

Tous les acteurs du dossier aimeraient tout de même éviter de prendre ce risque. D’autant qu’à trop la faire traîner, l’opération pourrait ensuite se heurter à la présidentielle de 2027 et devenir un enjeu d’affrontement politique entre les candidats. Même si l’Autorité de la concurrence est réputée indépendante, elle pourrait subir de lourdes pressions. D’autant plus qu’elle pourrait hériter d’un nouveau président si, comme on l’annonce, Benoît Coeuré part remplacer François Villeroy de Galhau à la tête de la Banque de France.

Contactés, Orange, SFR, Iliad et Bouygues Telecom ont refusé de faire des commentaires.