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Fuji gagne une manche contre Polaroid dans la bataille du format carré

« Polaroid » accusait le Japonais d’avoir indûment utilisé le format carré historique de ses photos avec ses appareils Instax.

LAS VEGAS, NEVADA - JANUARY 08: A Polaroid One Step + instant camera is displayed at the Polaroid booth at CES 2019 at the Las Vegas Convention Center on January 8, 2019 in Las Vegas, Nevada. CES, the world's largest annual consumer technology trade show, runs through January 11 and features about 4,500 exhibitors showing off their latest products and services to more than 180,000 attendees.   David Becker/Getty Images/AFP (Photo by David Becker / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
LAS VEGAS, NEVADA - JANUARY 08: A Polaroid One Step + instant camera is displayed at the Polaroid booth at CES 2019 at the Las Vegas Convention Center on January 8, 2019 in Las Vegas, Nevada. CES, the world's largest annual consumer technology trade show, runs through January 11 and features about 4,500 exhibitors showing off their latest products and services to more than 180,000 attendees. David Becker/Getty Images/AFP (Photo by David Becker / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP) DAVID BECKER / Getty Images via AFP

La copie aurait-elle eu gain de cause contre l’original ? C’est ce que peut laisser penser l’arrêt que vient de rendre la Cour d’appel de Paris. Ce dernier vient de donner raison au japonais Fuji, détenteur aujourd’hui de 90% du marché de la photo instantanée, contre l’américain Polaroid dont les appareils avaient inondé le monde entier dans les années 70. Pour mieux comprendre cette décision, il faut retourner dans le passé.En 2008, miné par le développement de la photographie numérique, l’Américain fait faillite. Quelques mois plus tard, un groupe d’anciens employés, accompagné par le fils d’un industriel polonais, Oskar Smolokowski, rachète une usine néerlandaise du géant déchu. Ils se remettent à produire des films pour les appareils encore en circulation en 2009. Puis le père du trentenaire, Wiacezlaw Smolokowski, finance le rachat de la marque Polaroid en 2017, via une société baptisée Polaroid Originals. Sauf qu’entre-temps, Fuji s’est imposé en leader incontestable du marché de la photographie instantanée, sur lequel il était déjà présent, en sortant des appareils délivrant des photos rectangulaires. Mais pas encore carrées…

Bien décidé à faire valoir ses droits, Polaroid Originals porte plainte en 2018 contre Fuji pour concurrence parasitaire. Une plainte déposée en France car si Instax Square est commercialisé dans une vingtaine d’autres pays européens, l’Hexagone est un marché crucial en matière de photographie. Polaroid demande alors un million d’euros de dommages-intérêts et surtout l’arrêt de la commercialisation des appareils Square de Fuji. En première instance, le tribunal de commerce de Paris reconnaît la concurrence parasitaire, et accorde au fabricant américain 50 000 euros de dommages-intérêts, mais le déboute sur le reste.

Ce qui ne satisfait ni Polaroid, ni Fuji. Polaroid veut surtout que Fuji cesse de vendre ses appareils carrés, tandis que Fuji dément toute mauvaise pratique concurrentielle. Les deux se portent donc en appel. Fuji en profite même pour, à son tour, accuser Polaroid de concurrence parasitaire ! Catastrophe pour Polaroid : la Cour d’appel vient donc de considérer que Fuji n’avait pas commis de pratiques illégales.

Pourquoi une telle volte-face par rapport à la première instance ? Principalement, les magistrats ont estimé qu’ « aucune notoriété du format carré n’est établie par Polaroid, que ce soit seul ou associé à la marque Polaroid, cette marque étant liée au film instantané et non à un format particulier ». Ce dont s’offusque un proche de l’industriel : « questionner la renommée du format carré et son lien avec Polaroid, ça suppose que l’on ignore tout de la photographie ! »

Pourvoi en cassation

En outre, la cour a jugé que Polaroid Originals, qui a racheté la marque, « échoue à établir avoir personnellement assumé des investissements pour concevoir, développer, promouvoir ou valoriser le format invoqué ». Contacté, l’avocat de Polaroid Vincent Fauchoux conteste avec véhémence : « Les usines que gèrent Polaroid Originals reposent sur un équipement industriel très complexe. Cela a nécessité des investissements colossaux pour produire à nouveau à grande échelle en format carré. »

L’équipe d’Oskar Somolowski, PDG de Polaroid Originals, ne compte pas en rester là. Le groupe a déjà formé un pourvoi en cassation le 10 octobre. Egalement contactés, Fuji et ses avocats n’ont pas souhaité commenter.