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Coupe du Monde de foot : les grandes manœuvres de beIN Sports pour empêcher le piratage

La chaîne assigne 16 fournisseurs d’accès à Internet pour bloquer les sites qui diffuseraient les matchs dont elle détient l’intégralité des droits.

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KENZO TRIBOUILLARD, FABRICE COFFRINI / AFP

BeIN Sports muscle sa défense. Dans moins d’un mois, la chaîne payante entamera la diffusion de l’intégralité des 104 matchs de l’édition 2026 de la Coupe du Monde de football, qui se déroulera du 11 juin au 19 juillet 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Pour prévenir en France les retransmissions illicites par des sites de streaming pirates, elle a assigné début mai les principaux fournisseurs d’accès à Internet (FAI) Orange, SFR, SFR Fibre, SFR Réunion, Free, Free mobile et Bouygues Telecom, mais également de nombreux FAI ultramarins : Outremer Télécom (Antilles), Dauphin Télécom (Antilles françaises, Saint-Martin et Saint-Barthélemy), Canal+ Télécom (Antilles), Digicel Antilles françaises Guyane, Telco OI (Free La Réunion), Zeop (La Réunion), United Télécommunication Services Caraïbe, Nautile (Nouvelle-Calédonie) et Offratel (Nouvelle-Calédonie). Ces 16 sociétés « représentent près de 95 % du marché national en 2019 » écrit la chaîne franco-qatarie dans l’assignation consultée par l’Informé. Elle demande au tribunal judiciaire de Paris le blocage de cinq sites de streaming déjà identifiés, mais surtout celui de toutes les futures adresses qui viendraient pirater ces mêmes retransmissions.

Pour justifier cette assignation préventive, la chaîne estime qu’attendre le début de la compétition serait plus qu’improductif, « puisque l’effectivité de la décision judiciaire interviendrait à la fin de l’édition 2026 de la Coupe du monde ». Afin de préparer son argumentaire à la barre, elle a fait dresser plusieurs constats en ligne par huissier et par Trident Média Guard (TMG), société nantaise spécialisée dans l’antipiratage, qui attestent que cinq sites litigieux ont déjà piraté les précédents matchs de la Bundesliga (championnat d’Allemagne) et de la Liga (championnat d’Espagne), dont elle détient également les droits en France : 19912-zoo.dn-4kott.com, 40489-wage.dn-4kott.com, bjbiqkcw.icebok.net, sports-rope.top et xuperlive.com. Chacun a reçu des demandes en cessation qui se sont « toutes (…) révélées inefficaces », note beIN, certain qu’il y aura des répliques pour la Coupe du Monde compte tenu « du prestige de l’intérêt du public et de l’importante audience générée par cette compétition ». Elle demande en conséquence l’application de l’article 333-10 du Code du sport, une disposition spécialement taillée pour lutter contre ces retransmissions illicites : non seulement ces cinq sites doivent être bloqués, mais aussi tous ceux qui apparaîtront au fil des 104 matchs.

Si sa demande est validée par la justice, le blocage de ces autres plateformes sera beaucoup plus rapidement traité. Les adresses pourront être signalées par beIN à l’Arcom, qui sollicitera alors des FAI l’extension du blocage décidé par le tribunal judiciaire de Paris. Dans ses écritures, la chaîne relève qu’à leur égard, ce dispositif dit « dynamique » se fera alors dans le cadre de l’accord signé par les principaux fournisseurs d’accès et l’Association pour la protection des programmes sportifs (APPS) en 2023 et mis à jour en mai 2025 afin de prévoir une nouvelle arme : le blocage IP.

La Coupe du monde devrait être l’occasion d’un test grandeur nature de cette solution anti-piratage déjà en vigueur en Italie, en Espagne ou en Angleterre et qui se veut plus efficace : contrairement au blocage des seuls noms de domaine, les restrictions d’accès frapperont les adresses techniques des serveurs où sont stockés les services pirates de télévision par Internet (TVIP). Ce blocage à la source sera une toute première fois expérimenté fin mai à l’occasion du tournoi de Roland Garros au travers d’une dizaine d’adresses IP seulement. Il sera ensuite plus massivement déployé pour la Coupe du monde, mais à un niveau encore moindre que celui attendu dans un avenir proche par le monde du sport, à savoir jusqu’à 10 000 IP simultanément.

Pour atteindre ce seuil bien plus conséquent, il est nécessaire d’attendre le vote de la proposition de loi relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel. Déjà adoptée par les sénateurs, celle-ci devrait maintenant l’être par les députés dans les prochaines semaines. Une fois le texte publié au Journal officiel, les chaînes et les fédérations n’auront même plus à signaler les nouveaux sites à l’Arcom mais pourront adresser des listes de noms de domaine et d’IP directement et en temps réel aux fournisseurs d’accès et à tous les autres intermédiaires techniques impliqués, dont les fournisseurs de DNS alternatifs (comme Cloudflare, Google ou Cisco) et les réseaux privés virtuels ou VPN (comme NordVPN, Proton VPN, Cyberghost ou ExpressVPN). Contactée, beIN Sports a confirmé nos informations, sans apporter d’autre commentaire. L’audience sera organisée en fin de semaine au tribunal judiciaire de Paris. La décision sera rendue dans les semaines à venir.