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Pourquoi les pylônes de SFR pourraient compliquer la vente à Bouygues, Orange et Free

Alors que les trois opérateurs sont entrés en négociations exclusives pour acquérir leur concurrent, le transfert des pylônes du réseau SFR pourrait poser problème. Il ne pourra se faire qu’avec l’accord des deux propriétaires actuels de ces infrastructures.

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EMMA DA SILVA / AFP

À opération historique, tension maximale. Alors que la vente de SFR à ses concurrents, Bouygues Telecom, Free et Orange, devait être bouclée le 15 mai, la période des négociations exclusives a dû être étendue jusqu’au 5 juin. Trop d’obstacles à lever. Pour que ce deal à plus de 20,3 milliards se fasse, un accord technique doit notamment être trouvé : il concerne les pylônes et toits-terrasses, sur lesquels l’opérateur de Patrick Drahi a installé ses antennes mobiles. Propriété de SFR jusqu’en 2021, ces 10 000 sites ont été cédés pour 5,2 milliards d’euros en cash à une « tower company » espagnole, Cellnex, qui en a ensuite revendu 2 500 à son concurrent américain, Phoenix Tower International (PTI) à la demande de l’Autorité de la concurrence. L’opérateur au carré rouge est aujourd’hui locataire de ces infrastructures : un locataire engagé jusqu’en 2038, voire 2048 dans certains cas, ce qui n’est pas sans poser problème.

Car une partie de ce parc fera doublon avec les installations des repreneurs et a donc vocation à être démantelée. « On estime qu’environ 10 % de ces sites installés en zones très denses pourraient potentiellement être inutiles pour le trio », explique un proche du dossier. Soit plusieurs centaines voire un millier de pylônes environ. Mais une autre partie sera toujours nécessaire pour absorber le trafic des ex-abonnés SFR, là où la population est dense. Les acquéreurs devront donc conserver ces infrastructures. Sauf que les contrats de location en cours « ne sont pas transférables à un tiers sans le consentement écrit de Cellnex ou de Phoenix Tower », ajoute la même source. En clair, si le consortium constitué par Bouygues Telecom, Orange et Free, veut récupérer le réseau mobile de SFR, il devra obtenir, au préalable, l’autorisation des deux towercos. En soi, ce feu vert ne devrait pas être si compliqué à obtenir, mais cela ne se fera pas sans contrepartie.

Selon nos informations, Cellnex et TPI veulent que les repreneurs s’engagent à redéployer autant de pylônes qu’ils comptent en démanteler (de 500 à plus de 1 000). Un moyen de maintenir le montant des loyers aujourd’hui encaissés. Dans leur demande, ils devraient être aidés par l’Autorité de la concurrence et l’Arcep. Les deux gendarmes doivent donner leur feu vert au rachat de SFR sur la base de nouveaux engagements. Cellnex et TPI parient sur une obligation pour le trio de repreneurs de mieux couvrir le territoire en 5G, notamment dans les zones moins habitées. Une telle obligation nécessiterait de déployer de nouveaux sites. Interrogés à ce sujet, Orange, Bouygues Telecom et Free n’ont pas souhaité faire de commentaire. « Il va nécessairement y avoir des révisions de contrats avec l’ensemble des partenaires et fournisseurs, mais il est encore trop tôt pour y voir clair », indique un négociateur.

Cellnex reste le principal acteur du secteur des towercos, avec 26 945 sites fin 2025, soit environ un tiers du marché. Pour sa part, Phoenix revendique 10 000 sites, après avoir racheté l’an dernier pour près de 700 millions d’euros 3 700 sites en zones rurales détenus par Crozon, la filiale commune de SFR et Bouygues Telecom.

D’autres towercos comme TDF ou encore American Tower pourraient eux aussi voir leur nombre de sites réduits, et pourraient donc faire les frais d’une consolidation du marché des télécoms.