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Continuer la lectureAlain Weill, l’autre victime inattendue du groupe Indexia-SFAM
Recruté comme administrateur en novembre 2022, le patron de l’Express n’a, en réalité, jamais été formellement nommé à ce poste, ni rémunéré pour cela par le géant de l’assurance, condamné pour pratiques commerciales trompeuses.
Alain Weill vient grossir la liste des victimes d’Indexia. Cette fois, iI ne s’agit pas d’un énième client lésé par des prélèvements abusifs effectués par la société de services multimédia… mais d’un administrateur fort marri. Le patron du magazine l’Express avait officiellement rejoint le groupe d’a...
Aujourd’hui, le fondateur de BFM TV tombe des nues : « malgré l’annonce de ma nomination, aucune démarche n’a été faite auprès du registre du commerce pour l’entériner, explique-t-il à l’Informé. C’est sans doute pourquoi je n’ai jamais touché de jetons de présence. » Pourtant, son travail n’a rien eu de fictif : « J’ai assisté à deux conseils », assure-t-il.
Pourtant, au moment de prendre ses fonctions, Alain Weil pouvait déjà avoir quelques indices sur la réputation sulfureuse de l’entreprise. Elle avait déjà fait l’objet d’une amende de 10 millions d’euros de la répression des fraudes (DGCCRF), et s’était vue renvoyée devant le tribunal correctionnel pour « pratiques commerciales trompeuses ». En cause ? Des bataillons de consommateurs, après avoir souscrit (parfois sans s’en rendre compte) un contrat d’assurance pour un smartphone ou un service de cashback, découvraient de multiples prélèvements supplémentaires injustifiés. Déjà, à cette époque, Fnac Darty avait renoncé à vendre ses produits, et la Fédération équestre internationale avait mis fin à son sponsoring suite à plusieurs impayés…
Quelle mouche avait donc piqué Alain Weill pour rejoindre cette société ? Interrogé, il explique être arrivé chez Indexia à la demande du numéro 2 du groupe, Jean-Pierre Galera, avec qui il avait travaillé chez SFR. Il ajoute avoir été « rassuré » par la présence au capital de BPI France et du fonds Ardian (ex-Axa Private Equity).
Après son arrivée, la descente aux enfers s’est accélérée. Le groupe a été lâché par BPI France qui s’est retirée subitement du capital, mais aussi par Covéa et Axeria IARD, fournisseurs de ses contrats d’assurance. Le fonds Ardian a demandé à exercer son droit d’audit. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) lui a interdit de commercialiser des contrats d’assurance. Tandis que la CNIL lui a infligé une amende pour démarchage illégal. Le procureur de la République de Paris a demandé – en vain — la liquidation judiciaire de deux importantes filiales, Sfam et Indexia développement. Pour ne rien arranger, le groupe a fait l’objet d’un reportage accablant d’Envoyé spécial.
Alain Weill se justifie : « Je n’avais aucune information directement, et j’apprenais tout par la presse. Je savais que l’attitude commerciale agressive de l’entreprise était contestée. J’avais pris ça pour une erreur de jeunesse, et je pensais que l’entreprise voulait s’institutionnaliser. »
Finalement, le 9 janvier 2024, les deux principaux actionnaires extérieurs, Ardian et le fonds souverain émirati Mubadala, ont démissionné de leur poste d’administrateur. Puis, le 22 mai, le groupe a été placé en liquidation judiciaire à la demande de ses créanciers. « J’ai démissionné de mon poste d’administrateur instantanément lorsque j’ai appris par la presse la liquidation. J’ai fait part aux dirigeants de mon mécontentement et de mon inquiétude », explique Alain Weill, qui admet : « j’aurais pu démissionner plus tôt. »
Maigre consolation : comme bien d’autres médias (le Point, Forbes, Entreprendre…), son journal l’Express a pu tout de même tirer certains avantages d’Indexia. En effet, les marques de l’assureur se sont offert plus de vingt publirédactionnels – ces faux articles payés par des annonceurs - sur le site Internet de l’hebdomadaire. Elles ont aussi acheté des pages de publicité dans le hors-série franchise du magazine. Mais Alain Weill assure qu’« il n’y avait aucun accord concernant ces publications avec moi, ou lié à ma position d’administrateur. Il s’agit de relations commerciales tout à fait normales qui étaient antérieures à ma fausse entrée au conseil d’administration. »
Contacté, l’avocat de Sadri Fegaier, Christophe Cochet, n’a pas répondu.
Quand Alain Weill joue de malchance
Encore un autre qui a surpris Alain Weill… Durant six ans, le dirigeant a occupé de hautes fonctions au sein du groupe Altice, aux côtés d’un certain Armando Pereira. Il a étroitement travaillé avec le n° 2 du groupe, notamment comme PDG de l’opérateur SFR, puis directeur général d’Altice Europe. Un collègue dont il pensait le plus grand bien, semble-t-il. Interrogé par le Monde en 2018, Alain Weill décrivait l’autodidacte portugais comme « un manageur exceptionnel, rapide, facile à décoder et très attachant », et expliquait : « j’ai dit à Armando, dis-moi ce que tu ne veux pas faire, je m’en charge. »
Patatras ! Depuis juillet dernier, l’ex-bras droit de Patrick Drahi est suspecté par la justice portugaise d’avoir mis en place un vaste système de corruption avec les fournisseurs d’Altice. Mais Alain Weill assure « n’avoir rien remarqué » durant toutes les années passées à ses côtés. « En tant que président, j’étais très éloigné des opérations », assure-t-il.
Reste un fait troublant. Une semaine seulement après l’arrestation d’Armando Pereira, le patron de presse a coupé son dernier lien avec l’empire Drahi : il a annoncé racheter les 49 % qu‘Altice possédait encore dans l’Express. Pourtant, à peine trois mois plus tôt, le magnat des télécoms disait ne pas vouloir vendre, et avait déclaré « vouloir continuer à accompagner l’Express en contribuant à son financement ». Interrogé, Alain Weill nie que cette sortie ait été faite en réaction à l’affaire Pereira : « Patrick Drahi avait accepté de me vendre ses 49 % avant l’affaire Pereira », assure-t-il.