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Viré de la police, l’indic de Mimi Marchand demande à réintégrer ses fonctions

Marc M., condamné pour avoir informé un collaborateur de la reine des paparazzi de l’arrestation de l’activiste Piotr Pavlenski, a contesté sa mise à la retraite d’office devant le tribunal administratif. Sans succès.

Mimi Marchand fondatrice de l’agence Bestimage
Mimi Marchand fondatrice de l’agence Bestimage STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Les scoops peuvent coûter cher, très cher. Marc M., ancien brigadier-chef du XVIe arrondissement de Paris, en a fait les frais. Il était accusé d’avoir informé le paparazzi Sébastien Valiela de l’arrestation de Piotr Pavlenski le 15 février 2020 et de la garde à vue de la fille mineure de Karine Le M...

Les faits remontent au 15 février 2020. Aux alentours de 10h30, une équipe de la brigade anticriminalité (BAC) du XVIe arrondissement parisien arrive devant le domicile d’Alexandra de Taddeo, à l’époque compagne de Piotr Pavlenski. Cet activiste russe est recherché depuis le 2 janvier pour avoir diffusé des vidéos intimes de Benjamin Griveaux, candidat macroniste aux élections municipales de la ville de Paris. Le brigadier Marc M., 41 ans, reste sur place pour vérifier qu’il s’agit bien du domicile d’Alexandra de Taddeo, tandis que ses collègues partent en patrouille dans le quartier. Une demi-heure plus tard, il contacte le paparazzi Sébastien Valiela via Messenger. « J’ai demandé s’il savait si le russe était sur Paris, [...] il a tout de suite compris de quoi il s’agissait, expliquera le policier dans un interrogatoire deux ans plus tard. Je lui ai dit que je n’avais pas beaucoup d’informations et que je devais surveiller une fille qui était en contact avec lui [...] Il m’a donné le prénom de la fille, m’a dit « est-ce qu’elle s’appellerait pas Alexandra ? », j’ai dit oui et il m’a dit j’arrive. [...] Je lui ai donné rendez-vous porte de Saint-Cloud, c’était à 500 mètres de l’adresse. »

Lorsque les coéquipiers de Marc M. reviennent sur les lieux, Sébastien Valiela est déjà sur place. Il est accompagné de Jean-René Santini, autre collaborateur régulier de Bestimage. Marc M. explique alors à ses collègues que les deux paparazzis lui ont transmis une photo d’Alexandra de Taddeo et qu’ils lui ont confirmé qu’elle était bien en couple avec Piotr Pavlenski. La surveillance continue, mais rien ne bouge. Peu après midi, la brigade décide de partir en pause au commissariat. Marc M. laisse ses coordonnées à Sébastien Valiela, lui demandant de le prévenir s’il voit du mouvement. À 13h26, il reçoit un coup de fil du paparazzi : Alexandra de Taddeo a quitté son immeuble, elle marche en direction d’un hôtel Ibis. Marc M. et son équipe débarquent illico devant l’hôtel et mettent en place une nouvelle surveillance, avant qu’une autre escouade ne prenne la relève. Piotr Pavlenski est finalement interpellé à 17h13, à sa sortie de l’hôtel avec Alexandra de Taddeo. L’arrestation fait la Une de Paris Match le 20 février, avec un cliché où il apparaît menotté et plaqué au sol. Plusieurs autres photos figurent dans le magazine et une vidéo de l’arrestation est publiée sur son site internet. Le parquet ouvre une enquête le 28 février, confiée à l’IGPN, pour « violation du secret professionnel », « recel de violation du secret professionnel » et « diffusion non autorisée des images d’une personne identifiée et menottée ».

L’enquête sur l’activiste Piotr Pavlenski met en cause Marc M.

L’enquête de l’IGPN sur l’arrestation de Piotr Pavlenski met rapidement en cause Marc M., qui se contredit dans ses attestations. Dans un premier temps, il indique dans son procès-verbal rédigé le 15 février avoir pris en charge la filature d’Alexandra de Taddeo avec son équipe. Il y liste les rues par lesquelles elle serait passée et précise que « durant son parcours elle semble nerveuse et ne cesse de se retourner comme pour s’assurer de ne pas être suivie ». Il change ensuite de version cinq jours plus tard, reconnaît que son équipe n’était pas présente sur les lieux et que c’est Sébastien Valiela qui a suivi la compagne de Piotr Pavlenski. Après 22 ans de service dans les forces de l’ordre, dont 17 au sein de la BAC, il est placé sous contrôle judiciaire le 10 septembre 2020 avec l’interdiction d’exercer en tant que policier. Il est suspendu le 14 janvier 2021, avant d’être mis à la retraite d’office le 17 novembre 2022. Mais il a contesté cette dernière décision devant le tribunal administratif.

La sanction détaille plusieurs griefs reprochés à l’ex-policier. D’abord, être entré, de sa propre initiative, « en contact avec un journaliste, notoirement connu pour sa qualité de paparazzi, via l’application Telegram pour obtenir des informations qui lui permettraient d’identifier formellement » Alexandra de Taddeo. Un grief qu’il a d’ailleurs reconnu durant son procès au pénal, le 26 mai : « Je voulais avoir plus d’informations. Je voulais être sûr de la présence de M. Pavlenski. [...] On n’avait ni photo de la dame, ni date de naissance. » En échange, Marc M. lui aurait indiqué « l’adresse où il se trouvait », comme le précise la mesure disciplinaire. Lui a toujours contesté avoir communiqué ces informations et affirme que le photographe connaissait déjà l’adresse de la compagne de Piotr Pavlenski.

Il est aussi reproché à Marc M. de n’avoir pas informé sa hiérarchie de la présence des paparazzis et de les avoir laissés seuls surveiller le domicile. Par la suite, le policier et Sébastien Valiela se seraient concertés pour fournir aux autorités administratives et judiciaires « des explications cohérentes mais non conformes à la réalité », tandis que Marc M. réalisait un « rapport mensonger dans lequel il faisait état d’une rencontre fortuite avec le paparazzi ». Il aurait même tenté de profiter « de l’entregent du photographe [...] pour lui demander « de faire intervenir un levier qui nous lâche la grappe » auprès des autorités du ministère de l’Intérieur afin de faire baisser la « pression hiérarchique » sur ses demandes d’explications ».

Le dossier de Marc M. est alourdi par une seconde affaire, concernant la fille mineure de Karine Le Marchand. Le 17 février 2020, en fin d’après-midi, deux jours après l’interpellation de Piotr Pavlenski, celle-ci est placée en garde à vue. Elle sort le lendemain du commissariat du XVIe arrondissement, aux côtés de sa grand-mère venue la récupérer. Depuis leur van stationné devant le bâtiment, les paparazzis Sébastien Valiela et Nikola Kis Derdei les photographient. Ils envoient ensuite les images à Mimi Marchand, qui contacte la vedette de L’amour est dans le pré. La patronne de Bestimage raconte à Karine Le Marchand que les photos ont été prises par un photographe stagiaire qu’elle ne connaît pas, informé par un jeune fonctionnaire de police. Elle ajoute qu’elle a remis 3 000 euros au paparazzi contre le fichier contenant l’ensemble des clichés et l’assurance qu’ils ne seraient pas publiés. L’animatrice la remercie et porte plainte.

Dans cette affaire, Marc. M. aurait été contacté par messagerie le 17 février par Sébastien Valiela, qui lui demandait si la fille de l’animatrice était en garde à vue. Il a ensuite envoyé plusieurs SMS à un collègue pour obtenir des informations. À 18h26 : « En GAV la fille ou pas ». À 18h30 : « Urgent !!! ». Avant de transmettre les renseignements obtenus le lendemain au journaliste, d’après la sanction disciplinaire.

Pour l’ancien brigadier, tous ces griefs ne justifient pas sa mise à la retraite d’office. Il a contesté cette décision devant le tribunal administratif, demandant à réintégrer ses fonctions et près de 185 000 euros d’indemnités au total - les 3 087 euros de salaire mensuel non perçus depuis novembre 2020, soit près de 170 000 euros en tout, ainsi que 10 000 euros d’indemnités pour son préjudice moral et 5 400 euros de rappel de prime. Il considère que la sanction ne respecte pas le principe de la présomption d’innocence puisqu’elle a été prononcée avant sa condamnation pénale. Il dénonce une mesure « disproportionnée » par rapport aux faits qui lui sont reprochés, alors qu’« il a toujours donné pleinement satisfaction à sa hiérarchie et a été récompensé à plusieurs reprises durant près de vingt ans de services ». Une sévérité qui tient, selon lui, à la médiatisation des deux affaires, et au fait qu’elles impliquaient des personnalités publiques. « Des policiers qui obtiennent des renseignements de journalistes, il y en a des centaines, mais jamais personne ne parle, explique-t-il à l’Informé. J’ai essayé une seule fois et je me suis fait avoir. L’affaire est sortie, j’ai été pointé du doigt, ils ont voulu un coupable, ils l’ont trouvé. Il fallait m’assassiner, l’IGPN a fait le boulot. »

Les arguments de Marc M. n’ont pas convaincu le tribunal administratif 

Devant le tribunal administratif, il avoue avoir été « dépassé par les événements » durant l’interpellation de Piotr Pavlenski. Il reconnaît avoir quitté son poste de surveillance avec son équipe, ce qu’il justifie par le fait qu’ils devaient « assurer cette surveillance, en plus de la recherche de voleurs de cartes bancaires », mais aussi « répondre à leurs besoins purement physiologiques ». Mais il serait selon lui « abusif » de considérer qu’il a confié sa mission de surveillance à un journaliste, « lequel serait de toute façon resté sur les lieux ». Il concède aussi avoir demandé à un collègue de lui confirmer la garde à vue de la fille de Karine Lemarchand, mais il explique que ses messages sont restés sans réponse, et qu’il n’avait donc aucune information à communiquer.

Des arguments qui n’ont pas convaincu le tribunal administratif. Dans sa décision du 27 juin, il est revenu sur plusieurs éléments qui ont motivé sa mise à la retraite. D’abord, l’audition de Sébastien Valiela, le 17 juin 2021. Le paparazzi racontait alors que le policier lui avait fourni de nombreux renseignements sur l’arrestation de Piotr Pavlenski, comme l’adresse d’Alexandra de Taddeo, le fait qu’elle était sous surveillance et qu’une équipe était présente sur place. Il affirmait aussi que c’était Marc M. qui l’avait informé de la garde à vue de la fille de Karine Lemarchand. Pour le tribunal administratif, les faits sont établis et la sanction justifiée. Marc M. a donc été débouté.

Mais Marc. M. a aussi été poursuivi au pénal, où le tribunal correctionnel de Paris n’est pas allé exactement dans ce sens. S’il a condamné Marc M. le 1er juillet dans le volet Pavlenski pour « faux en écriture publique » et « violation du secret professionnel » à un an de prison avec sursis et à une interdiction d’exercer en tant que policier pendant 5 ans, il l’a relaxé dans le volet Le Marchand. Il a conclu qu’aucun élément ne permettait de prouver que Marc M. aurait transmis des informations à Sébastien Valiela sur la garde à vue. Il a noté que l’ex-policier avait toujours contesté ce point, tandis que « les déclarations de Sébastien Valiela quant aux informations qui auraient été données par Marc M. sur cette garde à vue sont imprécises et évolutives ».

« L’IGPN a essayé de me greffer cette deuxième affaire sur le dos, mais la juge a bien compris que je n’y étais pour rien », expose l’ancien policier à l’Informé. Il rappelle que l’interdiction d’exercer pendant 5 ans prononcée au pénal prendra fin en septembre 2025 - cinq ans après sa mise en examen. « Ce qui montre la conciliation du juge, qui concède que j’ai été sévèrement sanctionné par l’administration », relève Marc M.. Il ne fera pas appel de sa condamnation au pénal mais il s’interroge sur la possibilité de faire appel de la décision du tribunal administratif. « Il y a un angle possible, étant donné qu’administrativement, on me reproche essentiellement une affaire sur laquelle j’ai été relaxé. Je pourrais aussi lancer une nouvelle procédure, en prenant en compte mon interdiction d’exercer pendant 5 ans et en abandonnant mes demandes de salaires pour ces années. Mais ma décision n’est pas encore prise. » En attendant, il travaille dans la sécurité privée en free lance, pour un revenu d’environ 2 000 euros par mois.

Le 1er juillet dernier, Mimi Marchand a été condamnée à une peine de 18 mois de prison avec sursis dans la même affaire. À la barre, elle a reconnu que les images de la fille de Karine Le Marchand avaient en réalité été prises par l’un de ses paparazzis habituels, Sébastien Valiela.