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Continuer la lectureVaincre ou mourir : le soutien hors norme de Canal+ au film du Puy du Fou
Le groupe a financé un tiers du long-métrage sorti en salle le 25 janvier produit par la famille de Villiers. Une contribution bien plus élevée que d’habitude.
Canal+ a foi en la guerre de Vendée. Depuis mercredi, près de 200 salles obscures diffusent Vaincre ou mourir, un film historique qui retrace la lutte de François Athanase Charette de La Contrie contre l’armée de la jeune République en 1793. Porté par le Puy du Fou de la famille de Villiers, le long métrage a aussi bénéficié, selon nos informations, d’un soutien hors norme de la filiale de Vivendi. Sur un budget total de 3,46 millions d’euros, le groupe Canal+ a apporté près d’un tiers des fonds, soit plus d’un million d’euros. Dans le détail, la chaîne cryptée a investi 970 000 euros. Mais ses filiales Ciné +, C8 et CStar ont également contribué au film, à hauteur, respectivement, de 40 000, 30 000 et 10 000 euros. Une autre, StudioCanal, s’occupe des ventes à l’international.
Bien sûr, le groupe audiovisuel est un financeur traditionnel du 7ème art tricolore. Mais son poids est là assez inhabituel, à en croire les données publiées par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). « L’apport moyen de Canal+ par film d’initiative française couvre 16 % des devis des films qu’elle pré-achète », peut-on lire dans le rapport de l’établissement public sur la production cinématographique en 2021 [*]. Pour Vaincre ou mourir, le pourcentage est donc près de deux fois supérieur à cette moyenne. Contactée à ce sujet, la société n’a pas souhaité faire de commentaires.
Le reste du budget a été apporté par divers acteurs. À commencer par le principal d’entre eux, le Puy du Fou : via diverses structures - l’association et les sociétés Puy du Fou France et Puy du Fou films -, il a investi un total 1,55 million d’euros, selon Cinéfinances.info. C’est d’ailleurs la première production de Puy du Fou films, une structure créée en 2021, qui devrait sortir un second long métrage dans les trois ans à venir.
On trouve aussi dans ce tour de table des partenaires proches de la famille de Villiers. La région Pays de la Loire a mis la main à la poche (100 000 euros), tout comme le département de la Vendée (100 000 euros), longtemps présidé par Philippe de Villiers. La fresque vendéenne est par ailleurs distribuée par Saje, une société spécialisée dans les films chrétiens, déjà impliquée dans le pamphlet anti-avortement américain Unplanned, dont la diffusion sur C8 avait fait polémique en 2021.
Enfin, le Fonds du bien commun a soutenu ce projet en tant que producteur associé pour « valoriser le patrimoine français et le transmettre aux générations futures ». Cette structure a été créée par Pierre-Edouard Stérin, fondateur de Smartbox ou de la Fourchette, et exilé fiscal en Belgique. Ce catholique revendiqué fut un sympathisant du candidat Éric Zemmour durant la campagne présidentielle de 2022 selon Paris Match et Challenges, ce que réfute l’intéressé. Il connaît bien les de Villiers : via son fonds Otium Capital, il avait pris des parts en 2016 dans le parc du Puy du Fou avant d’en sortir un an après.
En revanche, aucune chaîne télé extérieure au groupe Canal n’a participé au financement. De même, le CNC indique ne pas avoir contribué à l’oeuvre, contrairement à ce qu’affirmait l’an dernier dans le Figaro le producteur du film Nicolas de Villiers, fils de l’homme politique et président du parc de loisir vendéen.
Dans le petit monde audiovisuel, la filiale de Vivendi est donc un peu seule sur ce projet. Pour quel résultat ? Lors de son premier jour d’exploitation mercredi 25, Vaincre et mourir a enregistré 6 380 entrées en salles (soit 34 spectateurs par copie), ce qui le classe 6ème parmi les sorties de la semaine. Si l’on ajoute les avants premières - démarrées dès le 8 décembre dans une centaine de villes -, le long métrage a attiré à mercredi soir 32 271 curieux, ce qui le classe deuxième parmi les sorties de la semaine, derrière le dessin animé Pattie et la colère de Poséidon (101 484 entrées), selon les données de CBO Boxoffice.
Quant aux critiques, elles sont, disons, mitigées. Faut-il s’en étonner, le film a largement été promu par CNews, une autre filiale du groupe Canal+. Nicolas de Villiers a été l’invité de l’émission l’Heure des Pros alors que son père, Philippe, était présent dans le programme En quête d’esprit dimanche 29 janvier pour vanter les mérites de cette production. Sur le site Internet de la chaîne, l’oeuvre est décrite comme « portée par une musique épique » avec « des scènes de combat et de galot (sic) impressionnantes ». Ailleurs, les commentaires sont plus durs contre ce premier long métrage de Paul Mignot (qui vient de la pub) et Vincent Mottez (réalisateur de Secrets d’histoire sur France 3), avec une note moyenne de 1,4 sur 5 chez Allociné. Le Figaro par exemple pointe « une suite de batailles entrecoupées de harangues… C’est violent, sanglant, bruyant, agressif ». Et Télérama, déplore « des personnages inexistants, des dialogues consternants, une photographie hideuse », et un scénario « si binaire qu’il ferait passer les films de propagande stalinienne pour un modèle de subtilité ».
À noter que les liens entre Canal et la célèbre famille vendéenne ne sont pas nouveaux. C8 avait déjà diffusé à l’automne en prime time un documentaire sur le parc raconté par Philippe de Villiers. Et ce même parc de loisirs vient de confier son budget média à une filiale d’Havas, Arena Media (Vivendi).
Canal+ avait aussi largement soutenu le film de Gad Elmaleh sur sa conversion
La production du Puy du Fou n’est pas le seul film en rapport avec la foi catholique à sortir ces derniers mois... et largement financé par Canal+. La filiale de Vivendi a déjà aidé Reste un peu, le long-métrage de Gad Elmaleh qui raconte sa conversion au catholicisme. La moitié de son budget de 1,4 million d’euros a été apportée par la chaîne cryptée et ses filiales Ciné+ et StudioCanal (chargé de la distribution). Là encore, le film a été diffusé par Saje et largement promu lors de sa sortie en novembre dernier sur CNews, qui a notamment invité l’humoriste dans son émission religieuse En quête d’esprit. « Canal+ a lu le scénario, nous a suivis immédiatement et je leur suis extrêmement reconnaissant », remercie le producteur Isaac Sharry dans le dossier de presse.
Inversement, le groupe avait refusé de financer Grâce à Dieu, le film de François Ozon sur la pédophilie dans l’Église, alors qu’il l’avait fait pour les 14 films précédents et les 3 films suivants du réalisateur.
Pour mémoire, Vincent Bolloré, catholique revendiqué dont la famille contrôle Vivendi, a longtemps siégé au comité cinéma de Canal+ qui choisissait les films pré-achetés par la chaîne.
[*] Sur les petits budgets (inférieurs à 4 millions d’euros), l’apport de Canal Plus est légèrement supérieur à la moyenne (17 % contre 15 % en 2019), mais reste très inférieur aux proportions constatées sur Vaincre ou mourir ou Reste un peu.