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Continuer la lectureUn seul candidat au rachat de Salto, largement dans le rouge
Seul un petit acteur espagnol, Agile, a déposé une offre de reprise globale du service de vidéo-à-la-demande, mais avec peu de chances d’être retenue. Le plus probable reste la dissolution de la société, avec revente de ses actifs.
Il y a à peine quelques mois, TF1 et M6 martelaient que la France avait besoin d’un service de streaming fort pour rivaliser avec Netflix, Disney + ou Amazon Prime Video. Et la patronne de France Télévisions Delphine Ernotte assurait que Salto avait « un avenir ». Les actionnaires du site tricolore o...
Ce manque d’enthousiasme s’explique par les mauvais résultats de la plate-forme. Selon nos informations, le site reste lourdement déficitaire. A fin septembre, ses pertes nettes cumulées s’élevaient à 173 millions d’euros depuis sa création : cet été, il perdait encore plus de 6 millions d’euros par… mois.. Ses comptes 2021 (toujours pas publiés alors qu’il s’agit pourtant d’une obligation légale…) font état d’un déficit de 85,6 millions d’euros sur un chiffre d’affaires de seulement 17,1 millions, et de capitaux propres négatifs à hauteur de 34 millions. Heureusement, une grande part des dépenses étaient constituées par l’achat de programmes et de spots publicitaires auprès des trois actionnaires...
Le nombre de fidèles est aussi décevant. Selon la Tribune, Salto compte 900.000 abonnés, dont 80% à 90% payants (le solde bénéficiant de la période d’essai gratuite). C’est une faible progression par rapport aux 700.000 revendiqués il y a un an par Delphine Ernotte. C’est surtout très loin du plan d’affaires initial, qui visait un million de clients fin 2021. Ce portefeuille classe le petit poucet dans les derniers rangs du marché français. Selon le baromètre du CNC, Salto était utilisé par seulement 11% des consommateurs de vidéo-à-la-demande payante, loin derrière Netflix, Amazon Prime, Disney+ et Canal Plus Séries. Selon JustWatch, il représentait seulement 3% de l’audience des sites de streaming au dernier trimestre 2022.
Ces mauvaises performances sont reconnues par les trois fondateurs eux-mêmes. « Le recrutement à fin 2021 est inférieur au plan d’affaires du fait du retard du lancement sur Bouygues Telecom (en mai 2021 alors qu’initialement prévu en février 2021) et d’un taux de désabonnement plus élevé qu’attendu, du fait d’un profil client majoritairement jeune (moins de 35 ans) », indique France Télévisions dans ses comptes.
D’autres explications peuvent être avancées. D’abord, les programmes proposés étaient pour l’essentiel parallèlement diffusés sur les antennes des trois actionnaires, et très peu étaient inédits (seulement 1,7%, selon Capital). Ensuite, l’exposition du site était réduite, Orange, SFR et Free ayant refusé de le distribuer. En outre, l’Autorité de la concurrence avait imposé une stricte muraille de Chine entre Salto et ses propriétaires. Enfin, la Une et la Six se sont mis à concurrencer Salto avec leur propres sites payants, MyTF1 Max et 6play max, dont ils font bien plus la promotion. Mais le coup de grâce a été apporté par le nouveau PDG de TF1, Rodolphe Belmer, qui a décidé d’arrêter les frais et de se recentrer sur le gratuit, comme l’avait révélé la Lettre A.
Signe de la précarité de la situation : selon nos informations, la cinquantaine de salariés a quitté ses locaux de Boulogne en septembre, et travaille désormais dans des bureaux de coworking de type WeWork dans le centre de Paris.
Contactés, Salto, TF1, M6, France Télévisions et Agile n’avaient pas répondu au moment de la publication de cet article.
Mise à jour : selon PureMedias, la « cessation des activités« et la « dissolution » de Salto sont à l’ordre du jour du Comité social économique central extraordinaire de France Télévisions ce vendredi 20 janvier . Le site ajoute que les actionnaires n’ont pas trouvé d’accord avec Agile.