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« Tout cela relève de l’abus de faiblesse » : inquiétudes autour de Robert Monteux. Partie 2

Plusieurs membres de l’entourage de l’ex-patron du Revenu, aujourd’hui sous tutelle en raison de son état de santé, s’inquiètent de son isolement. Le parquet a ouvert une enquête.

Robert Monteux en 2019.
Robert Monteux en 2019. Chaîne Youtube d’Ecofi @Ecofi-actifs-pour-le-futur

C’est un superbe appartement d’une avenue cossue du 16e arrondissement de Paris. Ici, des tableaux de maître ; là, des ornements somptueux. L’ex-patron de presse Robert Monteux, 88 ans, vit dans cet environnement privilégié depuis de nombreuses années. Atteint de lourdes pathologies et placé sous la tutelle d’un tuteur indépendant, l’ancien chef du Revenu peut encore y rester grâce à des aides de vie qui se relaient auprès de lui. Une situation a priori idéale pour une personne âgée en difficulté attachée à son domicile… oui, mais voilà. Aujourd’hui, certains de ses proches craignent pour le bien-être du vieil homme. Leurs inquiétudes ont même mené, selon nos informations, le parquet de Paris à lancer des investigations sur le sujet. Après avoir détaillé la chute précipitée du Revenu dans un précédent article, l’Informé dévoile ce qui a entraîné l’ouverture d’une telle enquête sur les conditions de vie d’une figure de la presse économique française, qui aurait été isolée de tous ou presque.

Pour tout comprendre, retour au début des années 2020. Robert Monteux est alors toujours maître à bord dans son fameux magazine patrimonial, qu’il dirige comme il l’a toujours fait : « c’était un patron de presse paternaliste, à l’ancienne comme on peut les imaginer, explique un de ses salariés de l’époque, avec une aura mais aussi un ego gigantesque. » Petit à petit, l’homme est toutefois contraint de laisser la main à une nouvelle venue qu’il a lui-même introduite dans l’affaire, l‘ex-directrice du Wine Business Club Sylvie Chanel. La disciple franchit les échelons, jusqu’à devenir présidente du Revenu. Mais pas seulement : la dirigeante s’occupe également des affaires personnelles de Robert Monteux, comme sa société de courtage Byc Consultant. « J’ai fait pour lui du family office (ndlr : fait de gérer, structurer et pérenniser le patrimoine d’une personne) car il me l’a demandé », explique-t-elle aujourd’hui à l’Informé. En quelques années, Sylvie Chanel devient l’une des rares personnes clés dans l’entourage de l’octogénaire.

Mais un autre s’impose comme le grand régisseur de la vie du malade : son chauffeur, devenu peu à peu son « majordome », Pierre Grandmaison. Sans enfants, Robert Monteux a été marié, deux fois, mais sa dernière femme est décédée en 2022. C’est, pour certains observateurs, le point de départ d’un isolement progressif du vieil homme. Si avant, sa famille pouvait lui rendre visite, bien que « sous la surveillance de Pierre Grandmaison », le patriarche aurait ensuite été coupé d’une partie de ses proches. « On nous a déjà demandé de lui mentir et de dire qu’il avait des problèmes de téléphone afin qu’il ne puisse pas passer les appels qu’il souhaite », indique une ex-membre du personnel, qui assure avoir déjà vu le factotum supprimer les messages des neveux et nièces de Robert Monteux avant de lui redonner son téléphone. « Et dès que sa première femme passait, elle se faisait hurler dessus par Pierre Grandmaison, c’était terrible, ajoute l’ancienne salariée. Robert Monteux était apeuré, disait que c’était mieux qu’elle s’en aille. » L’influence du majordome sur son patron est d’autant plus critiquée que, selon nos informations, le malade le prend pour son frère Gérard, décédé en 2012. « Pierre décide de qui peut voir ou même parler à Robert, déplore une membre de son entourage. C’est du grand n’importe quoi. »

Certains tiennent aussi Sylvie Chanel pour responsable de l’isolement du vieil homme. « On l’entendait souvent dire, en parlant de l’ex-femme de Robert Monteux, ’il ne faut pas qu’elle soit au courant’ », se souvient un employé du Revenu. « Le climat familial est extrêmement compliqué, explique l’ex dirigeante. Robert est fâché avec sa famille, il ne voulait aucun contact avec eux, même avant qu’il soit malade. » Des faits tout à fait contestés par des membres de son entourage familial, joints par l’Informé. « Avant, Robert avait l’habitude de toujours répondre à mes appels, regrette auprès de l’Informé une parente. Aujourd’hui, il n’y est pas toujours autorisé, et on sent qu’il est briefé les rares fois où nous pouvons lui parler. » « Nous n’étions pas du tout fâchés, c’est totalement faux, renchérit un autre. On se voyait au minimum une fois par mois, il participait à tous nos événements familiaux… »

L’implication de Sylvie Chanel dans la vie personnelle de son mentor est particulièrement critiquée par d’anciens journalistes du Revenu : « Elle se mettait en spectacle pour montrer qu’elle l’aidait, se souvient l’un d’entre eux. Elle nous racontait des éléments croustillants de la vie de M. Monteux… » Un épisode a particulièrement choqué une partie de l’équipe du journal. « Pour nous montrer qu’elle était proche de lui et s’en occupait, elle nous dévoilait des photos dégradantes de lui. On avait l’impression qu’elle voulait l’humilier. » La principale intéressée nie avoir partagé des clichés déshonorants : « Le CSE du Revenu me demandait toujours des nouvelles de Robert, j’en donnais systématiquement quand j’en avais, ils me remerciaient, étaient heureux de voir une photo de lui. Il y apparaissait souriant, assis devant une table. »

Certaines sources consultées par l’Informé dénoncent une forte agitation de Robert Monteux lors des visites de Sylvie Chanel, souvent liées aux mauvais résultats financiers du Revenu. À tel point que la dose d’anxiolytiques administrée au malade aurait été à plusieurs reprises augmentée sans avis médical selon plusieurs témoins : « Quand elle était là, la dose était doublée, assure l’un d’eux, car quand il allait mieux, il comprenait que la société tournait mal et ça le mettait en colère. » Des ordres directs de Pierre Grandmaison, selon nos sources. Ce dernier n’a pas répondu à nos questions. De son côté, Sylvie Chanel l’assure : « Je n’ai jamais touché aux médicaments de Robert, et il n’a jamais signé des papiers quand il n’allait pas bien. »

Une aide de vie a bien tenté de se rebeller : « J’ai dit que j’estimais que tout cela relève de l’abus de faiblesse, et je me suis fait incendier par Pierre. » En 2025, elle a même écrit un signalement au procureur de la République de Paris mentionnant l’ensemble de ces faits. Mais il a été classé sans suite. Malgré cela, le parquet de Paris a confirmé à l’Informé qu’une enquête était toujours en cours. La situation du personnel s’occupant de Robert Monteux fait aussi des vagues. Selon nos informations, l’une des aides de vie a d’ailleurs saisi le conseil de prud’hommes de Paris, qui a retenu le 16 décembre dernier le caractère abusif de son licenciement, et a condamné l’ex-patron de presse à lui verser plus de 11 000 euros.

Selon nos informations, nombre de personnes de l’entourage de Robert Monteux ont signalé leurs inquiétudes à son tuteur Henri Vincent : « Je lui ai dit un tas de choses, mais rien ne change », regrette notamment une source proche du dossier. Contacté, ce dernier n’a pas souhaité commenter nos informations.

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