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Médias - Culture

Society, So Foot… l’immeuble qui a aggravé la brouille entre Franck Annese et ses associés. Partie 2

Depuis 2020, les magazines du groupe louent des bureaux appartenant pour l’essentiel à leur emblématique patron. Deuxième volet de notre enquête sur la guerre interne qui a secoué l’éditeur.

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ERIC PIERMONT / AFP

« Tu peux me haïr maintenant. Qu’est que les gens vont dire maintenant ? J’ai le succès et la tension avec moi, ils vont être durs maintenant ». Dans son tout premier album, le groupe de rock Emprs a concocté un morceau qui ne saurait mieux correspondre à la guerre qui oppose aujourd’hui son guitariste, Franck Annese, à ses deux associés historiques. Comme nous l’avons dévoilé dans l’épisode 1 de notre enquête, Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé se sont engagés dans un bras de fer avec le patron de So Press. Le principal sujet de discorde ? Les conditions d’achat de l’immeuble dans lequel toute la maison a emménagé en 2020. Flash-back : cet été-là, en pleine crise sanitaire, les équipes de l’éditeur So Foot, Society, Tsugi…) s’installent au rez-de-chaussée d’un immeuble de 1200 mètres carrés dans le 18e arrondissement de Paris, rue du Ruisseau. « Un lieu très agréable dans lequel on croise les journalistes de tous les titres, indique un salarié. Enfin, quand ils ne sont pas chez eux en télétravail. » Pourtant, tous ne savent pas que cette adresse a été achetée pour environ 6 millions d’euros en 2020 par une société civile immobilière (SCI) baptisée Circulaire, dont le premier actionnaire n’est autre que leur patron Franck Annese à titre personnel (40 %), aux côtés de So Press (22 %) et de la société SDHS (38 %). Un montage contesté alors par les deux autres fondateurs de l’éditeur de magazines, Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé, qui en demandent l’annulation, comme l’a appris l’Informé.

La raison de leur colère ? Cette opération serait contraire à l’intérêt social du groupe de presse et de ses actionnaires. D’abord parce que l’explosion du télétravail aurait rendu ces locaux surdimensionnés, ensuite parce que leur loyer serait plus élevé que celui des précédents bureaux. La double casquette de Franck Annese, à la fois propriétaire et locataire, interroge également. Le journaliste est l’actionnaire numéro 1 de So Press (lire encadré). Si les contrats de ce type ne sont pas interdits, ils sont très encadrés. La loi française a prévu un dispositif pour éviter tout favoritisme. Le contrat doit faire l’objet d’une convention dite « réglementée », examinée par les commissaires aux comptes et votée par les actionnaires. Mais, à en croire Bonamy et Hervé, cela n’a jamais été fait, et ils ont donc demandé le débouclage de ce rachat immobilier, sans succès. Car, la loi prévoit certaines exceptions : aucune convention réglementée n’est nécessaire lorsque le contrat est conclu aux « conditions normales du marché ». Interrogé, Franck Annese le confirme : « Nous payons un loyer modéré par rapport aux prix du marché. Acheter des bureaux nous a permis d’accroître notre business de manière significative. »

Les deux actionnaires rebelles se sont aussi fortement agacés du mécanisme imaginé par Franck Annese pour intéresser ses salariés. À la base, ce dernier aurait aimé leur attribuer des parts de So Press. Mais la brouille l’en ayant empêché (lire épisode 1), il a quasiment offert 38 % de l’immeuble à la société SDHS spécialement créée pour l’occasion. Derrière cet acronyme signifiant « Société des historiques de So Press » se cachent 17 associés, notamment des journalistes de Society et So Foot. Ce sont les plus anciens compagnons de route du patron, uniquement des hommes soit dit en passant. L’opération est une affaire en or pour eux : alors qu’ils n’ont mis que 50 à 80 euros par tête, ces heureux élus se retrouvent chacun avec un patrimoine de 130 000 euros (sur la base d’une valorisation de l’ensemble de 6 millions d’euros).

Parmi eux, on trouve le rédacteur en chef du magazine l’Etiquette (dont So Press possède 10 %), Marc Beaugé. Interrogé, le chroniqueur de l’émission Quotidien sur la chaîne TMC s’étonne de sa présence comme actionnaire : « vous me l’apprenez, et de toute façon l’argent ne m’intéresse pas. Vous êtes tombés sur la pire personne pour parler de ce genre de sujet. » À ses côtés, figurent aussi le directeur financier de So Press, Baptiste Lambert, le directeur du développement, Brieux Férot, le directeur des rédactions numériques, Pierre Maturana, et plusieurs journalistes (Joachim Barbier, Pierre Boisson, Maxime Marchon, Thomas Pitrel…).

Il existe toutefois un risque - très faible - que ces pionniers de l’aventure So Press ne voient pas la couleur de cet intéressement déguisé. Étonnamment, leurs parts ont été apportées en garantie aux banques à l’origine du crédit-bail de 5,55 millions d’euros sur 15 ans pour acheter l’immeuble. En cas de défaut de paiement d’ici à 2035, les créanciers Sogefimur, filiale de la Société Générale, et Bpifrance Financement peuvent donc saisir tous leurs titres. Nous en sommes loin. La SCI rembourse aujourd’hui son emprunt rubis sur l’ongle grâce aux loyers versés par So Press mais aussi d’autres locataires liés plus ou moins directement à Franck Annese : le producteur All So (à l’origine du film Méduse), la régie publicitaire H3 Media, la maison de disque Vietnam, l’édition de sites web (Trashtalk…).

Franck Annese renforce son contrôle sur So Press
Le cofondateur du groupe de médias vient de devenir l’actionnaire majoritaire de So Press avec 57,7 % du capital (contre 30,7 % précédemment). Après le départ ce mois-ci des deux autres fondateurs, Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé, la société a annulé leurs parts ce qui a mécaniquement augmenté le pourcentage de détention des autres actionnaires, dont Franck Annese. Le voilà désormais seul maître à bord.

Les locataires de l’immeuble
So Press
Maison mère, éditeur des magazines Society, So Foot…
Actionnaires : Franck Annese, Guillaume Bonamy, Serge Papin, Guillaume Pontoire, Édouard Cissé, François Saugier, Julien Bizot, Pierre-Antoine Capton, Stéphane Régy, Patrick Haddad, Robin Leproux, Renaud Le Van Kim, Baptiste Lambert, Detroit Media Holding
3 Media
Régie publicitaire
Actionnaire : So Press (100 %)
All So
Producteur audiovisuel
Actionnaire : So Press (100 %)
Vietnam
Label de musique
Actionnaires : So Press (66,67 %) All So
Better call so
Conseil
Actionnaires : All So (33 %) Franck Annese (33 %) Brieux Férot (33 %)
Detroit Media
Éditeur de magazines
Actionnaire : So Press (100 %)
Sovage
Films publicitaires
Actionnaires : So Press (70 %) Willy Morence (30 %)
Trashtalk
Éditeur de sites web
Actionnaires (en 2015) : So Press (20 %) Bastien Fontanieu (38 %) Alexandre Martin (10 %) Julien Pottier (13 %) David Carroz, Benoît Carlier, Giovanni Marriette
Charlotte sometimes
Événementiel
Actionnaires : So Press (48 %) Anne-Charlotte Vermynck (52 %)
So Good
Édition de magazines
Actionnaires (en 2022) : So Press (15 %) Franck Annese (15 %) Loïc Yviquel (25 %) Ulule (24,5 %) Alexandre Boucherot, Eric Karnbauer, François-Xavier Couval
So in love
Production TV
Actionnaires : All So (50 %) Franck Annese (30 %) Baptiste Lambert (5 %) Brieux Férot (15 %)
NB : la société est domiciliée dans l’immeuble mais elle n’a pas de salarié, donc ne paye pas de loyer
L’Étiquette
Édition de site web
Actionnaires : So Press (10 %) Franck Annese (28 %) Marc Beaugé (30 %) Gauthier Borsarello (15 %) Basile Khadiry (10 %) Baptiste Lambert (7 %)
NB : la société est domiciliée dans l’immeuble mais elle n’a pas de salarié, donc ne paye pas de loyer