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Médias - Culture

Radio France : les négociations salariales provoquent l’incompréhension

La PDG de Radio France Sibyle Veil a reçu les représentants syndicaux ce vendredi. Un accord est loin d’être acquis.

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HERVE CHATEL / Hans Lucas via AFP

Des discussions « un peu chaotiques ». C’est ainsi qu’un syndicaliste interrogé par l’Informé résume les traditionnelles négociations annuelles obligatoires (NAO), en cours à Radio France. Depuis novembre, trois réunions se sont tenues entre les syndicats et la direction pour trouver un point d’accord, sans succès. Rien d’extraordinaire jusqu’ici : les NAO sont bien souvent le théâtre de négociations successives. Mais le 31 janvier dernier, les syndicats ont eu la surprise de recevoir, sans notification préalable, un PV de désaccord de la direction. Il prévoyait la mise en place de décisions unilatérales, comme des mesures d’augmentation des plus bas salaires - notamment 660 euros bruts annuels pour les salariés rémunérés jusqu’à 36 000 euros par an -, une enveloppe de 100 000 euros bruts pour assurer l’égalité salariale femme/homme ou encore une prime dite de « mobilité douce » à hauteur de 200 euros pour l’année 2024.

« Le PV n’avait rien à voir avec les discussions que nous avions eu au préalable, à ce niveau-là ce ne sont plus des NAO mais des RAO : des réunions annuelles obligatoires, s’amuse une source syndicale. La direction n’a pas les moyens de discuter de quoi que ce soit, elle se débrouille. » Devant la surprise des syndicats, une réunion informelle a donc eu lieu ce vendredi 9 février après-midi pour clarifier les choses avec la présidente directrice générale de la maison ronde, Sibyle Veil.

« La question des salaires devient cruciale à Radio France, souligne Renaud Dalmar, délégué syndical central CFDT. Or ce qui nous inquiète, c’est qu’on développe un projet ambitieux sans s’en donner les moyens… on ne pourra pas faire plus avec moins. » Les instances syndicales regrettent notamment l’absence d’augmentation salariale générale dans les NAO. Pour eux, la mesure prévue pour les bas salaires créerait un effet de seuil et ne serait pas suffisante.

« On nous a dit qu’il faudrait faire des économies pour bonifier la politique salariale, mais sans fournir d’objectif chiffré », regrette une source syndicale. Pendant la réunion de ce vendredi, les instances syndicales ont aussi regretté l’absence de discussions dans les NAO des sujets liés aux salariés les plus précaires, à savoir les CDDU et les pigistes. Interrogé, Renaud Dalmar ne cache pas son inquiétude sur la suite des événements : « La politique salariale devrait être un élément central de la stratégie de Radio France. Or, ce n’est pas le cas, et ça nous inquiète. » Dans le PV de désaccord, consulté par l’Informé, la direction explique notamment que « la trajectoire financière 2024-2028 est extrêmement contrainte compte tenu des arbitrages fixés par la tutelle ». La suite ? La direction a promis aux syndicats de revenir vers eux d’ici à 15 jours avec de nouvelles propositions sur leurs principaux points de désaccord.

Malgré l’annonce d’un budget de financement 2024 en hausse en septembre dernier, la situation globale de l’audiovisuel public français est en effet plus qu’incertaine. Le 7 février dernier, la nouvelle ministre de la Culture Rachida Dati évoquait devant les sénateurs la création d’une « BBC à la française ». Convaincue par l’idée d’une grande holding de l’audiovisuel publique, la nouvelle recrue du gouvernement a ainsi rouvert la voie à un grand bouleversement pour France Télévisions et Radio France, respectivement inquiets des contours que prendrait ce projet. « Cette piste serait pour nous dramatique, la radio a tout à y perdre », s’inquiète une source syndicale à l’Informé.

Une inconnue pèse aussi sur la nouveauté du budget de Radio France. L’État a conditionné le versement d’une part variable de 69 millions d’euros aux entreprises audiovisuelles publiques, dont environ 15 millions pour Radio France, à la réalisation de « projets de transformation et de modernisation », portant largement sur le numérique. Les syndicats s’inquiètent aussi du financement futur de l’audiovisuel public, la solution de la TVA, en substitution de la redevance supprimée en 2022, n’étant pas considérée comme pérenne.

Interrogée, la direction de Radio France n’avait pas répondu à nos sollicitations à la publication de cet article.