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Médias - Culture

Luc Besson met en vente son île aux Bahamas pour 75 millions de dollars

Le réalisateur avait acheté cette propriété de 14 hectares il y a quinze ans pour y construire le premier hôtel de luxe d’une chaîne qui n’a jamais vu le jour.

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PATRICK SEEGER / dpa Picture-Alliance via AFP

« Un véritable joyau de luxe… Une oasis insulaire déserte où les eaux les plus transparentes du monde se fondent harmonieusement dans des jungles tropicales luxuriantes… » L’annonce a de quoi faire rêver. Publiée par plusieurs sites immobiliers, elle concerne, selon nos informations, une magnifique î...

À l’origine, l’auteur du Grand bleu voulait bâtir sur Little Norman’s Cay, un hôtel-spa de luxe, le premier d’une chaîne ne ciblant que les lieux privilégiés, mais cet ambitieux projet n’a jamais abouti. À défaut, le cinéaste a construit sur cette île déserte plusieurs habitations, dont une vaste demeure de style hispanique baptisée l’Hacienda, grande de 140 mètres carrés, dotée de 5 chambres, d’une salle de projection de 16 sièges, d’une salle de gym, d’une piscine… De quoi accueillir, au total, 16 personnes, comme le montre cette petite vidéo promotionnelle. Pour rejoindre les lieux, il faut utiliser la piste d’atterrissage de l’île voisine, Norman’s cay, célèbre pour avoir servi dans les années 80 au cartel de Medellín pour importer de la cocaïne aux États-Unis. Contacté, le porte-parole de Luc Besson précise que le producteur a été « incité par une agence à mettre l’île sur un site pour ‘créer’ une valeur de marché ». L’agence en question étant la célèbre maison britannique Christie’s.

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Ces dernières années, le réalisateur de Nikita a déjà arrondi ses fins de mois en se séparant d’autres bijoux de famille. Il y a deux ans, il a vendu sa demeure hollywoodienne, autrefois habitée par Charlton Heston, qu’il avait achetée 12,2 millions de dollars. Selon la presse américaine, il aurait fait une moins-value d’un million dans l’affaire, mais en réalité, la perte sèche aurait été un peu plus importante, selon le porte-parole de la star.

Il a aussi vendu pour 7 millions d’euros ses parts dans B&C France, un marchand de biens immobiliers. Parallèlement, il s’est largement désengagé de la cité du cinéma, ce vaste pôle dédié à la production de films installé à Saint Denis : il a vendu pour 1,2 million d’euros sa participation dans les plateaux de tournage, a fermé le restaurant (baptisé BO) et la salle de sport qu’il y détenait, et a déménagé ses bureaux vers Paris. « Aucun retour à la cité du cinéma n’est à l’ordre du jour, car nous ne savons pas ce que le propriétaire veut faire des lieux, indique son porte-parole. Nous n’avons aucun signal, même faible, de la volonté de faire revenir des acteurs du cinéma dans les mois à venir. C’est une forte tristesse pour nous. »

Surtout, son studio EuropaCorp a aussi dû céder toute une série d’actifs périphériques dédiés à l’exploitation de salles (Aéroville), la production de séries TV (Cipango), la postproduction (Digital factory), les catalogues de films (Roissy Films), la musique de films… Les filiales spécialisées dans la distribution de films aux États-Unis et dans la publicité ont été fermées, l’effectif réduit de 164 à 28 salariés en dix ans.

Luc Besson a envisagé d’autres cessions, mais sans suite. Comme sa participation dans Keakr, société du rappeur Axiom, finalement liquidée en début d’année. Ou ses parts dans Aviapark, propriétaire d’un hangar dans l’héliport de Paris.

Si le réalisateur de Léon a été contraint à cette grande braderie, c’est parce qu’il a voulu se mettre à distribuer lui-même ses films aux Etats-Unis, un coûteux fiasco qui l’a laissé sur la paille et criblé de dettes. EuropaCorp a dû se placer en procédure de sauvegarde en 2019, pour en sortir l’année suivante, tout comme sa holding personnelle Front Line. À cette occasion, les créanciers du studio ont vu leurs dettes converties en actions. Luc Besson a ainsi été dilué de 32 % à 13 %, perdant alors le contrôle de son propre groupe. Parallèlement, les résultats et le cours de Bourse se sont effondrés. Et aucun dividende n’a été versé depuis 2013. Résultat : la participation de Luc Besson dans EuropaCorp ne vaut aujourd’hui plus que 8 millions d’euros, contre près de 200 millions d’euros lors de son introduction en Bourse en 2007.

Un malheur n’arrivant jamais seul, les récentes œuvres du réalisateur n’ont pas non plus attiré les foules. Anna (sorti en juillet 2019) a séduit seulement 750 000 aficionados. Dogman (sorti il y a un an), a fait encore pire : 290 000 curieux, malgré une sélection au festival de Venise et de bonnes critiques. Il s’agit du plus mauvais score réalisé par Luc Besson depuis les 279 000 entrées du Dernier combat, son premier film en noir et blanc sorti en 1983. Sorti le 25 septembre, le tout dernier opus produit et écrit par le réalisateur, Week end à Taïpei, n’a attiré que 106 182 cinéphiles en trois semaines. « Ce film a été peu promu en France, car il est avant tout destiné aux marchés asiatiques, tempère le porte-parole. Il est d’abord sorti à Taïpei, puis au Moyen orient, où il a été premier au box-office la semaine de sa sortie sur de nombreux territoires. »

Le long-métrage sortira le 8 novembre aux États-Unis, distribué par une petite compagnie, Ketchup Entertainment. Mais, outre-Atlantique aussi, notre homme souffre de la désaffection du public. Après Lucy qui avait engrangé 127 millions de dollars au box-office, Valérian a récolté 41 millions de dollars, puis Anna seulement 8 millions de dollars. C’est encore pire pour Dogman, déjà confié à un petit distributeur, Briarcliff. Sorti en catimini sur 63 salles, il a généré seulement 76 395 dollars de recettes.

Pour ne rien arranger, Luc Besson a aussi dû revoir à la baisse sa rémunération de scénariste et réalisateur, qui était une de ses principales sources de revenus ces dernières années (4,2 millions d’euros sur Anna). En théorie, depuis un contrat signé en 2020, EuropaCorp lui garantissait une rémunération comprise entre 400 000 et 1,6 million de dollars pour chaque scénario, et de 2 à 6 millions de dollars pour toute réalisation. Mais il n’a finalement touché que 990 000 euros sur Dogman, et 427 274 euros sur Week end à Taïpei (à ces chiffres s’ajoute toutefois sa rémunération comme producteur). La raison ? Elle est double. D’abord, en 2014, le CNC (Centre national du cinéma) a plafonné à un million d’euros la somme perçue par un talent sur un film qui bénéficie de ses subventions. Ensuite, l’auteur de Léon a dû faire avec des budgets plus modestes. Alors qu’il avait disposé de 30,7 millions d’euros pour Anna, il a dû se contenter de 20,4 millions pour Dogman.

Mais le réalisateur du Cinquième élément ne lâche pas l’affaire. Fort du non-lieu obtenu après la plainte pour viol déposé par l’actrice Sand van Roy, il a repris, à 65 ans, son activité professionnelle. Cet été, deux de ses productions ont encore été tournées : Hell in paradise (écrit par sa belle-sœur, Karine Silla), et surtout Dracula qu’il a écrit et réalisé, avec Caleb Landry Jones et Christoph Waltz et financé avec le soutien de TF1 et Canal+.

En outre, il continue à toucher en parallèle 600 000 dollars par an comme directeur artistique d’EuropaCorp, mais rien comme président non exécutif.