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Continuer la lectureLes salariés de Technicolor ne veulent pas être repris par Arnaud Montebourg et Tarak Ben Ammar
Les employés du spécialiste français des effets spéciaux s’inquiètent du profil du producteur franco-tunisien, au passé très controversé dans la postproduction.
Un vent de révolte souffle chez Technicolor. Les salariés s’opposent à l’une des six offres de reprise déposées lundi dernier. Placé en redressement judiciaire le 24 février dernier, le groupe a reçu plusieurs propositions pour sa filiale Mikros Image, spécialisée dans l’animation et les effets visue...
Au début des années 2000, il était devenu le leader du secteur en rachetant Duran Duboi (effets spéciaux) et Data ciné (et notamment sa filiale LTC spécialisée dans le tirage des copies de films). Mais l’affaire a mal tourné : elle s’est terminée en 2011 par la liquidation de l’ensemble, dans des conditions qui valent à Tarak Ben Ammar d’être renvoyé devant le tribunal correctionnel pour « banqueroute, faux et usage », comme l’a révélé l’Informé. Après la liquidation, nombre d’anciens employés avaient trouvé refuge chez le concurrent Technicolor et n’ont guère envie, aujourd’hui, de retravailler pour le producteur franco-tunisien. Cette défiance pourrait avoir des conséquences, car la procédure prévoit qu’un représentant du personnel donne son avis sur les différentes offres de reprise.
« Les salariés m’ont bien fait part de leur opposition, confirme l’ancien ministre de l’économie à l’Informé. Mais je leur ai expliqué que Tarak ne sera pas le gestionnaire de Mikros. Ce sera Andrea Goretti, un ancien de Mediaset, à la tête d’Eagle Pictures ». L’homme du Made in France assure même avoir amélioré son offre initiale - mettre 100 000 euros sur la table et reprendre 90 emplois sur 302 - sans en préciser les nouveaux contours pour ne pas donner d’éléments à son principal concurrent l’américain TransPerfect. Le tribunal de commerce doit rendre sa décision d’ici le 17 mars dans l’urgence. Car « l’entreprise ne peut poursuivre son activité au-delà d’un mois du fait de l’insuffisance de sa trésorerie », a-t-elle indiqué au juge. « Il n’y a plus de cash dans les caisses, ajoute Arnaud Montebourg. Technicolor a eu la folie des grandeurs et continue de payer 6 millions d’euros de loyer par an. La direction n’a même pas commencé le travail de redressement des comptes ».
L’ancien ministre du gouvernement de François Hollande met également en avant la solidité financière de son attelage avec le fonds américain Ira Capital, actionnaire minoritaire d’Eagle Pictures et des Studios de Paris. Mais le quinquagénaire a appris une mauvaise nouvelle ce jeudi matin. La major américaine Paramount vient de rompre le contrat de Mikros sur la production du blockbuster les Tortues Ninja. Un contrat de plusieurs dizaines de millions de dollars pour cette suite du premier opus qui avait rapporté 182 millions de dollars au box-office mondial en 2023. Reste toutefois, le contrat sur le prochain dessin animé Pat’Patrouille.
Cette opposition des effectifs pourrait donc être une bonne nouvelle pour l’offre rivale émise par l’américain TransPerfect. Cette société d’intelligence artificielle, basée à New York, et spécialisée, notamment dans la traduction, cherche à racheter certains actifs de Technicolor Group (MPC, The Mill). Elle s’engage à reprendre 70 salariés et à verser 100 000 euros. Mais ce sera au juge de trancher. Selon nos informations, l’un des quatre autres prétendants, Mathematic Group, aurait jeté l’éponge.
Jackpot pour l’ancien patron de Technicolor Frédéric Rose
Jusqu’en 2022, Technicolor Creative Studios faisait partie du groupe Technicolor, dont l’autre branche d’activités (la fabrication de décodeurs et objets connectés) a été rebaptisée Vantiva. Technicolor a successivement été dirigé par Thierry Breton, Frank Dangeard et Frédéric Rose. Ce dernier a été directeur général de 2008 jusqu’à sa révocation en 2019. Lors de son éviction, le patron déchu a touché 824 400 euros de clause de non concurrence En revanche, la société a alors refusé de lui verser l’indemnité de départ de 15 mois de salaire prévue à son contrat, estimant que les conditions de performance n’étaient pas atteintes. Selon nos informations, il a alors attaqué son ancien employeur en justice à ce sujet, réclamant 1,05 million d’euros. Finalement, le tribunal de commerce de Paris lui a accordé la somme demandée, estimant qu’elle était bien due. Contactés, ni Vantiva ni les avocats de Frédéric Rose n’ont voulu dire si cette décision a été contestée en appel. Au total, durant ses onze ans à la tête de Technicolor, Frédéric Rose aura donc empoché 22,7 millions d’euros bruts en cash, répartis entre salaires, bonus et primes. Il a aussi touché 342 917 actions (valorisées 1,15 million d’euros) et 2,9 millions d’options (valorisées 3,2 millions d’euros).