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Continuer la lectureLe torchon brûle entre le chanteur Dadju et le label Wati B
Le producteur accuse son ancien poulain, l’auteur de « Reine », « Compliqué » ou encore « Bob Marley », de n’avoir pas respecté ses engagements.
Un come-back tué dans l’œuf. En 2019, alors que le public attendait impatiemment le grand retour annoncé de la Sexion d’Assaut, groupe de rap à succès des années 2010, des difficultés inattendues ont douché leurs espoirs. Interrogée par Konbini, la star du groupe Gims liait alors les complications rencontrées par le collectif à leur ancien producteur Badiri Diakite (alias Dawala), fondateur du label Wati B qui « attaque tout le monde en justice, qui met des bâtons dans les roues ». Malgré une ultime tournée, l’album Le retour des rois ne verra finalement jamais le jour, et depuis, Gims (Gandhi Djuna de son vrai nom) et Dawala n’hésitent pas à se lancer des piques par interviews interposées.
Mais l’interprète de Bella n’est pas le seul à connaître des ennuis avec le producteur : son petit frère Dadju lui aussi est en conflit ouvert avec son ancien label. Le 24 avril dernier, la Cour d’appel de Paris a condamné l’artiste à verser 10 000 euros à la société Wati B. Une bien maigre victoire pour le label de Dawala, qui réclamait plus d’un million d’euros au chanteur.
Pour tout comprendre à l’affaire, il faut remonter à 2012 : le label Wati B Prod conclut alors un contrat avec le prometteur Dadju, prévoyant l’enregistrement de deux albums. Les disques ne sortent finalement pas mais un autre projet émerge autour de Dadju : en 2013, il forme le groupe The Shin Sekaï avec son ami Abou Tall, toujours sous la houlette de Wati B. Après deux mixtapes (compilations), un album et plusieurs tubes comme le célèbre Du berceau au linceul, le duo se sépare en 2016, ses membres annonçant se lancer en solo. Dadju crée alors son propre label indépendant, Amaterasu Prod, pour commercialiser son premier album. Il en confie la licence à Universal Music France. En 2017, le chanteur sort finalement son premier opus Gentleman 2.0. Véritable succès commercial, l’album est certifié disque de diamant (soit 500 000 exemplaires vendus) un an plus tard, et explose avec des titres comme Reine, Bob Marley ou encore Ma Fierté.
Mais ce succès n’est pas du goût de Dawala, qui saisit en juin 2018 les prud’hommes pour faire condamner son ancien protégé. Il lui reproche d’avoir « rompu les contrats d’artiste du 30 mai 2012 et 1er juin 2013 de façon anticipée et injustifiée ». Et la justice lui donne raison le 17 janvier 2020, estimant qu’en effet, Dadju a « violé ses obligations contractuelles et son obligation de loyauté ». Insatisfait des réparations allouées, Wati B Prod fait appel de la décision et réclame alors 795 000 euros à l’artiste à titre de provisions « en réparation du préjudice subi du fait du gain manqué de produire un album solo », 250 000 euros « en réparation de son préjudice subi du fait des investissements non rentabilisés », 80 000 euros en réparation de son préjudice d’image, ainsi que 10 000 euros de frais de justice. Soit un total de 1 135 000 euros.
Dans un revirement total, la Cour d’appel a estimé le 24 avril dernier que le label avait « fait preuve d’inertie et d’immobilisme » à l’égard de la carrière solo de Dadju, justifiant ainsi la rupture de son contrat précédent et son lancement en indépendant. D’abord, le juge a estimé que « le droit de préférence » liant l’artiste au label dans le contrat solo de 2012, si tant est qu’il était valable, aurait pris fin en 2016, soit un an avant la sortie de Gentleman 2.0. Ensuite, au sujet du contrat en duo de The Shin Sekaï, la juridiction a considéré la clause de préférence comme nulle, puisqu’elle n’était assortie d’aucune contrepartie financière et portait atteinte « au principe fondamental constitutionnel et européen de l’atteinte au libre choix par le salarié de son employeur et du libre exercice d’une activité professionnelle ». « Aujourd’hui, cette clause n’existe quasiment plus dans les contrats, l’industrie du disque l’a pratiquement bannie, avance Me Laurence Goldgrab, avocate de Dadju. On ne peut pas bloquer un artiste sans rien en retour ! »
La juridiction a toutefois accordé une maigre consolation au label fondé par Dawala, en condamnant Dadju à lui verser 10 000 euros au titre du préjudice d’image, suite à une vidéo publiée sur les réseaux sociaux dans laquelle il l’aurait « critiqué ouvertement sur les réseaux sociaux ». La séquence est encore disponible sur Youtube (voir ci-dessous.) La société Wati B est aujourd’hui pilotée par Sony Music France, avec qui Dawala collabore depuis des années. La major est même propriétaire de l’ensemble de son catalogue depuis le 30 avril dernier.
Ce n’est pas la première fois que le producteur s’attaque à Dadju : en 2022, une autre de ses sociétés, Wati B Editions, lui reprochait la résiliation abusive du contrat de préférence éditoriale qui les liait et réclamait 130 000 euros. Le producteur a ici aussi été débouté par le tribunal en septembre dernier, et a même été condamné à verser 1 000 euros de dommages et intérêts à son ex-poulain. Contactés, Sony, Dawala et son avocat n’avaient pas répondu à nos sollicitations à la publication de cet article.
La masterclass de la discorde
Trouver son équilibre alimentaire avec Michel Cymes, mettre en pratique sa résilience avec Boris Cyrulnik ou écouter Marc Levy expliquer comment écrire un livre dont vous serez fier ? C’est possible avec MentorShow : contre un abonnement mensuel à 12 euros, la plateforme propose sur son site de suivre une quarantaine de « masterclass » dispensées par diverses personnalités. Selon nos informations, Dadju a bien failli faire son entrée dans le catalogue du site… mais c’était sans compter sur la brouille survenue entre les deux parties.
Selon un contrat conclu en avril 2021, Dadju et MentorShow devaient cocréer un cours, le premier empochant en contrepartie une rémunération de 125 000 euros, avec une tranche de 15 % payable à la signature du contrat. Mais malgré les relances de la plateforme, Dadju ne tient pas ses engagements, et ne se rend pas disponible auprès des équipes de l’entreprise pour préparer sa masterclass. Ce qui n’empêche pas le chanteur d’envoyer une facture à la société en juin 2021 pour réclamer le paiement de la première tranche de sa rémunération. Une requête rejetée par MentorShow, qui invoque l’exception d’inexécution : puisque Dadju n’a pas rempli sa part du contrat, ils ne le feront pas non plus. Mécontent, l’artiste assigne la société en janvier dernier et lui réclame 22 500 euros. Le 5 avril dernier, le tribunal de commerce a finalement considéré les contestations de MentorShow réelles et sérieuses, et a dit qu’il n’y avait pas lieu à référé. Le chanteur a encore la possibilité de poursuivre l’entreprise au fond.