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Le nouveau cadeau du gouvernement à Vinci et Bouygues, les actionnaires du Stade de France

Alors que la Fifa s’intéresse à l’enceinte, l’Informé dévoile les aides perçues par le consortium pour compenser la baisse d’activité liée au Covid en 2020 et 2021.

Plusieurs rencontres se sont jouées au Stade de France sans spectateurs, comme ici le match de football France-Finlande en novembre 2020
Plusieurs rencontres se sont jouées au Stade de France sans spectateurs, comme ici le match de football France-Finlande en novembre 2020 STEPHANE ALLAMAN / DPPI via AFP

Vinci et Bouygues peuvent remercier une nouvelle fois l’État. Car selon nos informations, les deux actionnaires du consortium du Stade de France (CSDF) ont touché près de 27 millions d’euros au titre de la compensation de la perte d’activité liée à la crise sanitaire du Covid. De fait, en raison des restrictions draconiennes d’organisation des grands rassemblements (rencontres sportives, concerts), l’enceinte de Saint-Denis n’a accueilli que 12 manifestations en 2020 (contre 19 un an plus tôt), dont 8 sans public, et 2 avec une jauge limitée à 5000 spectateurs, pour une capacité de 80 000 places en temps normal. En 2021, 8 manifestations seulement se sont tenues, dont la moitié à huis clos. De quoi représenter un manque à gagner certain pour les exploitants du stade. Heureusement pour eux, l’Etat s’est montré généreux en leur versant 13,9 millions de compensations pour l’année 2020, et 12,9 millions pour 2021. Contacté par l’Informé, le Ministère de l’Économie et des Finances confirme ces montants et indique qu’ils correspondent à des dispositions prévues dans le contrat de concession entre le consortium et l’Etat, « en cas de survenance d’un événement constitutif de force majeure ». Des dispositions salutaires pour les comptes du CSDF. L’indemnité de 13,9 millions d’euros a par exemple permis à l’entreprise de dégager un bénéfice avant impôts de 7,9 millions d’euros pour son exercice 2021, en lieu et place d’une perte de près de 6 millions, toujours selon nos informations.

L’Etat a souvent mis la main à la poche pour le Stade de France

Ces aides liées au Covid s’ajoutent à la longue liste des subventions publiques perçues par la société depuis sa création en 1995. Cette année-là, l’Etat signait un contrat avec le CSDF (composé à l’époque de la SGE, Dumez, et Bouygues). À charge pour ce dernier de construire l’enceinte sportive dionysienne en un temps record, puisqu’il faut alors être prêt en 1998. En échange, les pouvoirs publics, qui financent déjà une grande partie du coût du stade, accordent une concession de gestion et d’exploitation d’une durée de 30 ans. Et la rédaction du contrat a été particulièrement intéressante pour les actionnaires du consortium. L’Etat s’est ainsi engagé à verser une « Indemnité pour Absence de Club résident » (IACR) annuelle sur toute la durée du contrat. Mais comme aucun club, de football ou autre, n’a souhaité faire de Saint-Denis son stade d’attache, le ministère des Sports a au total déboursé 114 millions d’euros d’IACR entre 1998 et 2012. La rentabilité du stade, meilleure qu’espérée, permettra une renégociation et l’arrêt du versement de l’indemnité, avec toutefois l’engagement des fédérations françaises de Football et de Rugby d’organiser un nombre minimum de matchs à Saint-Denis tous les ans.

Si le ministère des Sports a ainsi pu économiser pas moins de 5% de son budget annuel avec la disparition de l’IACR, les deux fédérations ont eu l’impression, avec le recul, de se faire avoir. La FFR avait d’ailleurs porté l’affaire en justice pour « déséquilibre significatif » vis-à-vis de la nouvelle convention conclue avec le consortium. L’ex-président de la FFF Noël Le Graët, qui vient de démissionner de son poste, indiquait lui en 2021 « Nous sommes en contrat (avec le Stade de France) jusqu’en 2024, mais c’est un contrat que je ne renouvellerai jamais de ma vie (…) On a signé ce contrat parce qu’il fallait un stade pour la Coupe du monde 1998, mais cela suffit. On a assez payé. Nous ne renouvellerons ce contrat qu’à des conditions économiques acceptables pour la FFF ». Le consortium avait également prévu, dès la signature du contrat de concession, une autre disposition très favorable, qui limitait considérablement les risques. Jugez plutôt : en cas de déficit, elle prévoyait que l’Etat éponge les pertes. Ce point, pourtant reconnu comme illégal en 1996, avait été imposé dans l’urgence par une loi ad hoc. Que ne ferait-on pas pour disposer d’un écrin pour une Coupe du monde. Cette clause, supprimée en 2013, n’aura jamais été activée.

Sur la durée de la concession, nul doute que le Stade de France s’est révélé lucratif pour ses actionnaires, notamment durant les douze premières années, avec une rentabilité quatre fois supérieure à la prévision d’origine. Certes, le CSDF a l’obligation de partager (un peu) ses gains. Selon un document que nous avons consulté, il doit ainsi reverser à l’Etat une partie des bénéfices distribuables, dès lors que le taux de rentabilité interne, un indicateur financier courant dans la finance, atteint 10%. Ce pourboire a représenté 38 000 euros au bénéfice des pouvoirs publics en 2019, par exemple.

Dans un rapport publié en novembre 2018 au sujet du contrat de concession et du devenir du stade, la Cour des comptes n’a pas été tendre. Si elle notait que le recours à la concession pour la conception, la construction et la maintenance de l’ouvrage s’est révélé pertinent, en revanche « la question de l’exploitation courante du Stade de France (…) a été traitée comme une question secondaire, ce qui s’est révélé coûteux pour l’État ». Jugeant ce régime de concession mal conçu et en permanence contesté, la Cour des comptes a également estimé que ces défauts originels ont entraîné « de multiples tensions et contentieux entre le gestionnaire de l’infrastructure, les fédérations sportives et l’État concédant, notamment en raison de résultats très supérieurs aux prévisions d’origine et faute d’une redistribution équitable des profits entre les partenaires ».

La vente du stade fait partie des options dans un futur proche

En additionnant toutes les aides, la Cour des comptes avait calculé que les fonds publics avaient représenté 778 millions d’euros sur les 950 millions qu’aura coûté le Stade de France entre 1995 et 2018 ! Une somme faramineuse à laquelle il faut donc désormais ajouter les 27 millions de compensations liées au Covid. Contacté par l’Informé, le consortium n’a pas souhaité répondre à nos questions. Signé en 1995, le contrat de concession arrivera à son terme en 2025, date à laquelle l’Etat disposera de plusieurs options, comme la mise en place d’une nouvelle concession, ou la cession pure et simple de l’enceinte. L’Équipe a d’ailleurs révélé ce mercredi l’intérêt de la FIFA pour une possible acquisition du stade.

174 millions versés à ce jour pour compenser les pertes de billetterie et de restauration du sport professionnel

En plus des prêts garantis par l’Etat, le gouvernement a mis en place en 2020 et 2021 une aide envers le secteur sportif professionnel afin de compenser partiellement les pertes d'exploitation de billetterie et de restauration (décret n° 2020-1571 , prolongé par le décret n° 2021-1108). Ce dispositif de compensation a été mis sur pied pour les clubs et fédérations sportives ou encore les ligues professionnelles (LFP et LNR), ainsi que les associations sportives (clubs professionnels).
A ce titre, le Consortium du Stade de France ne fait pas partie de la liste des bénéficiaires. Le ministère des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques a bénéficié d’une enveloppe de 207 millions d’euros pour ces aides, dont 174 millions ont été consommées à ce jour. Un montant qui n’est pas définitif, Bercy nous précisant que certaines entités ont pu bénéficier de trop perçus (les demandes de remboursement sont en cours), tandis que d’autres doivent toucher le solde des acomptes perçus à ce jour.