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Le jackpot d’Arnaud Lagardère

À quelques mois de la prise de contrôle du groupe Lagardère par Vivendi, son PDG a vu ses émoluments exploser grâce au relèvement de son bonus et aux dividendes.

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JULIEN DE ROSA / AFP

Avant de céder le contrôle de sa société à Vivendi, Arnaud Lagardère se refait une santé financière. Le PDG du groupe éponyme a vu son salaire bondir de 21,9 % par rapport à 2021, à 3,5 millions d’euros, quand celui des salariés a, lui, en moyenne baissé de 17,75 %, apprend-on dans un document financier consulté par l’Informé. « Son salaire fixe est resté stable à 1,14 million d’euros, montant inchangé depuis 14 ans », a précisé un porte-parole de la société.

Cette culbute est due à une hausse du bonus variable dont le montant passe de 1,7 à 2,28 millions d’euros. Un bond rendu possible par un nouveau dispositif décidé par le conseil d’administration l’année dernière et approuvé lors de l’assemblée générale du 22 avril 2022. Il prévoit que la part variable du salaire du PDG peut désormais atteindre deux fois le salaire fixe (1,14 million d’euros), contre 1,5 fois auparavant. Et ce n’est pas la seule bonne nouvelle pour le sexagénaire. Il touchera aussi en avril plus de 20 millions d’euros de dividendes, 2,6 fois plus qu’en 2021, grâce aux meilleures performances enregistrées après la crise du Covid.

Cette augmentation s’est décidée dans un contexte particulier, marqué par le rapprochement avec Vivendi. La société contrôlée par la famille Bolloré a lancé une OPA début 2022 qui lui a permis de monter à 57,7 % du capital de Lagardère. Elle attend maintenant le feu vert de Bruxelles, prévu d’ici mai, pour pouvoir exercer les droits de vote correspondants. Pour obtenir cet aval, elle doit d’abord céder son groupe d’édition Editis au milliardaire Daniel Kretinsky et, éventuellement, vendre une partie de ses magazines people, par exemple Gala ou Voici afin de conserver Paris Match, aujourd’hui dans le giron de Lagardère. Dans les deux cas, il s’agit de corriger le poids trop important qu’aurait détenu le nouvel ensemble.

Renégociation de la dette

Arnaud Lagardère s’est laissé la possibilité de céder sa participation au conglomérat dirigé par Yannick Bolloré. Lors du lancement de l’OPA, il avait indiqué dans un document déposé à l’AMF « qu’il apporterait les actions Lagardère qu’il détient à l’offre subsidiaire » . En pratique, cela signifie qu’il a la possibilité de céder ses actions jusqu’en décembre 2023 au prix de 24,10 euros par action. Mais il a toujours officiellement déclaré qu’il voulait rester actionnaire, et a même acheté une poignée de titres supplémentaires ces derniers mois.

Pourtant, vendre ses parts serait un bon moyen pour lui de rembourser ses prêts. Il est très lourdement endetté à titre personnel à hauteur de 215 millions d’euros à la fin 2019. Pour l’essentiel, ses créances étaient constituées d’un emprunt de 164 millions d’euros auprès du Crédit Agricole, garanti par des titres de son groupe. L’an dernier, cette dette a été renégociée, selon les documents consultés par l’Informé. Exit le Crédit agricole. C’est désormais BNP Paribas qui a prêté 162 millions d’euros, via un financement complexe : un contrat d’échange (swap) et une vente à terme indexés sur l’action et le cours de l’action Lagardère, indique une déclaration à l’AMF. En garantie, la banque a nanti 7,73 % des actions détenues par le dirigeant, soit les deux tiers de sa participation.

Ce n’est pas la première fois qu’Arnaud Lagardère s’appuie sur cet établissement. En 2008, BNP Paribas avait déjà accordé un crédit de 20 millions de dollars sur vingt ans pour financer l’achat d’une villa dans les Hamptons (États-Unis). Dotée de huit chambres, neuf salles de bains, une piscine, un jacuzzi et un court de tennis, la demeure avait été achetée pour 19 millions de dollars, sans apport personnel et uniquement grâce à ce prêt, garanti à la fois par une hypothèque sur le bien et la caution personnelle d’Arnaud Lagardère. Un des voisins dans ce quartier huppé est Loyd Craig Blankfein, l’ancien patron de Goldman Sachs…

En février dernier, Arnaud Lagardère était revenu sur la prise de contrôle de son groupe par Vincent Bolloré. « Certes, nous nous sommes redressés, mais à l’époque j’étais très endetté et nous avions au capital le fonds Amber qui voulait nous démanteler, a-t-il expliqué au Figaro. Mon rôle en tant que président-directeur général était de faire avancer l’entreprise, qui avait à l’époque un genou à terre suite à la pandémie. Vincent Bolloré a fait partie des personnes qui ont toujours été là pour moi depuis le décès de mon père Jean-Luc Lagardère. »

L’héritier a d’ailleurs publié un message sur Instagram le 14 mars pour les vingt ans de sa mort : « 20 ans déjà que tu me manques, 20 ans déjà que tu n’es plus là sans être vraiment parti, 20 ans déjà que je te parle sans que tu puisses me répondre, 20 ans déjà que je t’aime sans pouvoir te le dire, 20 ans déjà... Que Dieu te préserve »

En revanche, l’unique fils de Jean-Luc s’est bien gardé de rappeler comment il a dilapidé son héritage : il s’est attelé à démanteler, à coups de cessions, l’empire construit patiemment par le capitaine d’industrie. En 20 ans, le chiffre d’affaires et l’effectif du groupe Lagardère ont été divisés par deux.