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Continuer la lectureLa veuve du dessinateur Tignous échoue à faire payer Charlie Hebdo
Chloé Verlhac réclamait à la société éditrice du journal près d’1,7 million d’euros pour contrefaçon de droits d’auteur.
Mise à jour : le 28 mars 2025, la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement de première instance, et débouté Chloé Verlhac
« Ils ont fait comme ils ont pu, et je pense qu’ils n’ont pas toujours bien fait ». Ce 7 janvier 2020 sur France Inter, cinq ans jour pour jour après les attentats de Charlie Hebdo, Chloé Verlhac ne cachait pas une certaine amertume à l’encontre des rescapés du journal satirique. La veuve du caricaturiste Tignous, décédé lors de l’attaque, reproche notamment à l’équipe de Charlie la publication de neuf dessins de son mari dans le numéro 1178, paru le 14 janvier 2015, dédié à l’attentat terroriste. L’affaire a été portée au tribunal judiciaire mais selon nos informations, la plaignante vient d’être déboutée : elle n’obtiendra rien du million et demi qu’elle demandait.
Dans le détail, Chloé Verlhac accusait Les Éditions rotatives, société éditrice de Charlie Hebdo, de contrefaçon de droits d’auteur, pour avoir utilisé les œuvres de son époux, après son décès, et donc sans autorisation. Rien ne démontrait, selon elle, que ces neuf dessins avaient été remis par Tignous de son vrai nom Bernard Verlhac à Charlie Hebdo dans le cadre de ses activités salariées, puisqu’il collaborait aussi avec d’autres publications, Marianne notamment.
« Des décisions ont été prises quant à la gestion du journal, du travail des morts et comment on leur a rendu hommage. C’est ça que je ne pardonne pas », estimait Chloé Verlhac dans son livre ‘Si tu meurs je te tue’ (Plon) paru en 2020. Lors de sa promotion, elle a d’ailleurs pointé les manquements des survivants de Charlie à son égard et notamment ceux de Laurent Sourisseau, dit « Riss » directeur de la rédaction. Elle leur reproche, entre autres, d’avoir trop vite parlé d’argent, tout en finissant par ne pas lui en donner suffisamment.
En réparation, elle réclamait, au total, 1,675 million d’euros, aux Éditions rotatives, dont 1,535 million d’euros au titre de préjudice patrimonial pour elle, leurs deux enfants, Solal et Sarah-Lou ainsi que ses deux premiers enfants issus d’un précédent mariage avec Rose Mariani de Corte, Marie et Jeanne.
Mais face à elle, les arguements de la société éditrice ont pesé. La structure a pu soutenir que six des neuf dessins en cause avaient déjà été publiés dans Charlie Hebdo entre octobre 2008 et juillet 2013. Quant aux trois caricatures restantes, non publiées au préalable, leur reproduction a été considérée justifiée. Certes Chloé Verlhac détient, via sa société Les Petites Teignes, la gestion des droits d’auteur de Tignous depuis 2017. Mais les Éditions rotatives ont bénéficié de l’exception permettant la reproduction « dans un but exclusif d’information immédiate et en relation directe avec cette dernière ».
La justice a donc conclu que dans ces différents cas de figure, la publication des dessins de Bernard Verlhac ne constituait pas de contrefaçon de droits d’auteur, et que les demandes indemnitaires de sa famille étaient infondées. L’avocate des Éditions rotatives n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. La direction de Charlie Hebdo ainsi que Chloé Verlhac et ses avocats n’ont pas répondu à nos sollicitations.