Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Médias - Culture

La fin sans fin de Blizzard Entertainment France

L’éditeur des célèbres jeux vidéo Diablo, Starcraft ou Hearthstone a réussi à faire valider par le Conseil d’État son plan social et la fermeture de son bureau en France. Mais les derniers salariés ne comptent pas se laisser faire. La bataille intervient quelques mois après son rachat par Microsoft pour 69 milliards de dollars.

Photo
Zuma / Zuma/ABACA

Bien triste fin d’année chez l’éditeur de jeux vidéo Blizzard Entertainment France. Alors que le créateur des célèbres titres Starcraft, World of Warcraft ou Overwatch vient d’être racheté par Microsoft pour la bagatelle de 69 milliards de dollars, sa filiale tricolore va fermer. Selon une décision repérée par le journaliste Vincent Granier et épluchée par l’Informé, le Conseil d’État a validé le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) ce 19 décembre, la fin d’un long processus débuté en 2021. À cette époque, le groupe américain décide de licencier plus de 285 personnes et de fermer sa société pour des raisons économiques.  « Nous nous occupions de la traduction et du doublage des jeux dans six langues européennes ainsi que du contrôle qualité, précise un salarié. Mais on a estimé que notre activité n’était pas suffisamment rentable et qu’elle pouvait être transférée à des prestataires extérieurs ». Pourtant, cette année-là, la structure déclarait un chiffre d’affaires de 373 millions d’euros, certes en baisse de 16 %, mais assorti d’un bénéfice de 55,1 millions d’euros, en hausse de plus de 100 % ! De quoi énerver les syndicats.

Ces derniers ont décidé de saisir la justice : ils estiment que le PSE a été modifié par l’employeur après son adoption par le Comité social et économique (CSE), sans concertation ni nouveau vote. Les changements portent sur les préventions des risques psychosociaux encourus par « l’équipe de transition devant rester en fonction jusqu’à la fermeture du site de Versailles ». Cette équipe est partie au fil du temps tandis que les élus du personnel et des délégués syndicaux, eux, sont toujours là. Ces salariés protégés ne peuvent être licenciés qu’après l’aval de l’inspection du travail. Or, celle-ci a refusé de le faire car la raison économique du licenciement n’était pas valide. « Dans un premier temps, le tribunal administratif a confirmé le plan social qui a ensuite été invalidé par la cour d’appel en avril 2022, explique Mehdi Bouzaida, avocat des élus de Blizzard Entertainment France. Aujourd’hui, le Conseil d’État a jugé que la cour d’appel s’était trompée et a finalement validé le PSE, une décision très insatisfaisante pour nous. »

L’affaire n’est pas terminée pour autant. Car de nouvelles élections professionnelles devaient être organisées par Blizzard Entertainment après la fin du mandat des élus ce 20 décembre. Or, rien n’a été fait. « Nous venons d’adresser un courrier recommandé à la direction pour leur rappeler leurs obligations, note Mehdi Bouzaida. Les élus conservent encore une protection résiduelle de 6 mois à un an après la fin de leurs mandats. Nous craignons que Blizzard attende la fin de ce délai pour pouvoir licencier plus facilement les derniers salariés français. »

Sans réponse d’ici le 20 janvier, des démarches légales seraient engagées pour délit d’entrave. Il faut dire que la structure, désormais installée en Angleterre, est elle-même en cours de réorganisation après le rachat par Microsoft. « Notre interlocuteur au CSE, Dylan Berthier, vice-président et responsable des ressources humaines en Europe, a quitté ses fonctions en novembre », indique une source. Le PDG d’Activision Blizzard, Robert Kotick, quittera ses fonctions le 29 décembre, il vient d’adresser un mail d’au revoir cette semaine à tous les salariés et sera remplacé par Matt Booty, venu de Microsoft.

Ces événements surviennent au moment où Blizzard connaît des résultats records grâce à la sortie en juin de Diablo IV. En moins d’une semaine, le titre a généré plus de 666 millions de dollars de chiffre d’affaires dans le monde, du jamais vu dans l’histoire de la société. Sur les six premiers mois de l’année, l’entreprise - avant d’être acquise par Microsoft - a annoncé un chiffre d’affaires de 1,5 milliard de dollars contre 675 millions de dollars au premier semestre 2022. Contactée, la direction du groupe n’a pas répondu à nos sollicitations au moment où nous publions.